Alsace: Hartmannswillerkopf, Tête des Faux, casemates... Sur les traces encore visibles de la Première Guerre mondiale

HISTOIRE Pour lancer les commémorations du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre, Emmanuel Macron sera à Strasbourg (Bas-Rhin) ce dimanche. L’occasion d’aller voir les traces encore visibles du conflit en Alsace…

Bruno Poussard

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Vue d'ensemble sur le site du Hartmannswillerkopf, plus grosse bataille sur le front de montagne des Vosges lors de la Première Guerre mondiale.
Vue d'ensemble sur le site du Hartmannswillerkopf, plus grosse bataille sur le front de montagne des Vosges lors de la Première Guerre mondiale. — SIPA
  • Pour lancer une semaine de commémorations du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre, Emmanuel Macron sera à Strasbourg ce dimanche.
  • Avant le début de son road trip, 20 Minutes vous emmène, chaussures ou baskets aux pieds, à la découverte des vestiges de la Grande Guerre en Alsace.

Emmanuel Macron se (re)met en marche. De dimanche jusqu’au 11 novembre, d’un champ de bataille à l’autre, de l’Alsace jusqu’aux Hauts-de-France, le président s’apprête à commémorer pendant huit jours le centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale à travers onze départements, avant une rencontre avec de nombreux chefs d’Etats à Paris.

A huit jours du 11 novembre 2018, sa première étape aura lieu aux côtés du président allemand Frank-Walter Steinmeier devant un concert dans la cathédrale de Strasbourg (Bas-Rhin). Pas tout à fait sur la ligne de front en Alsace, pourtant. Alors, avant le début de son road trip, 20 Minutes vous emmène, chaussures aux pieds, à la découverte des vestiges visibles dans la région.

Dans un tunnel du Hartmannswillerkopf, côté allemand.
Dans un tunnel du Hartmannswillerkopf, côté allemand. - SIPA

Sur le Hartmannswillerkopf

Entre Vosges et Haut-Rhin, les hauteurs du massif ont été le théâtre de grandes batailles. Au Vieil Armand, la plus emblématique a fait 30.000 morts. Un Historial franco-allemand de la Grande Guerre y a ouvert en 2017, à côté d’un monument, de tranchées, de barbelés et autres installations déjà visités depuis des années via de nombreux sentiers.

A 965 mètres de haut à mi-chemin entre deux vallées dont il est un des tout premiers sommets, le Hartmannswillerkopf (son nom alsacien) surplombe aussi la plaine d’Alsace. Et la montagne offre de formidables vues. « Quand tout se dégage, celle sur les Alpes bernoises est assez folle », confirme Benoît Gandolfi, traileur distingué habitant en contrebas.

Entre beauté et histoire, le coureur est un habitué du coin. Où il passe « sur la pointe des pieds » pour s’entraîner. Ou pour emmener des élèves en tant que professeur d’EPS. « C’est un vrai livre ouvert sur tout ce qu’il s’est passé ici, commente-t-il. Récemment, j’ai discuté avec un guide du site, il me racontait qu’il retrouve encore souvent des munitions. »

Au mémorial du Linge

Connu des cyclistes amateurs de grimpettes un peu plus au nord, le Collet du Linge héberge un mémorial. Au-dessus d’Orbey (Haut-Rhin), le site a connu l’autre des « deux plus importantes batailles sur le front de montagne », selon le rappel de l’historien Philippe Jéhin. Elle a coûté la vie à 17.000 combattants, à l’image de cet Allemand dont le squelette vient d'être retrouvé.

Les combats ont surtout eu lieu à l’été 1915, vraiment peu après ceux du Vieil Armand. « Ces batailles duraient quelques jours ou semaines, précise l’enseignant alsacien. Les Français n’arrivaient pas à percer et une autre tentative se faisait un peu plus loin sur le front. Les Français espéraient arriver en Alsace par les Vosges mais les Allemands étaient bien en place. »

A la Tête des Faux, plus oubliée

Moins connu, ce champ de bataille au-dessus de Lapoutroie (Haut-Rhin), a fait un millier de victimes (fin 1914). Culminant à 1.208 mètres, la Tête des Faux est pourtant presque plus riche que les autres en termes de ruines. « C’est peut-être parce qu’il n’est pas sanctuarisé que ce lieu garde vraiment beaucoup de traces », estime d’ailleurs Philippe Jéhin.

Si les arbres ont absorbé des balles avec le temps, la forêt conserve entre autres stigmates des tranchées, d’anciens cimetières, l’arrivée d’un téléphérique allemand, des abris, une infirmerie, des traces d’obus, des galeries ou tunnels, des morceaux de ferrailles oubliées. Alors pour les découvrir, à vos chaussures de randonnée, des chemins existent.

Vers de nombreux bunkers cachés

Baskets aux pieds et cartes IGN en mains, si vous n’avez pas peur de crapahuter en forêt, d’autres nombreux lieux perchés recèlent de casemates (ou bunkers). Au-dessus de Wissembach derrière le col de Sainte-Marie, dans le Sundgau, ou dans le massif du Donon, par exemple. Tous les randonneurs du massif en connaissent forcément.

Habitué à y penser lorsqu’il court en toute liberté, Benoît Gandolfi aime beaucoup le massif de l’Ormont, près de Saint-Dié (Vosges) pour le « sentier pédagogique », la « tourelle encore en place » et les autres « vestiges remarquables ». Philippe Jéhin, lui, connaît bien les casemates qui surplombent Le Bonhomme (Haut-Rhin), offrant « un joli point de vue. »

Sur un chemin de fer pour munitions

Avec un autre coureur vosgien, Benoît Gandolfi l’a découvert en cherchant les montées les plus raides du massif. De 717 mètres à plus de 1.200 mètres d’altitude sur une pente à 25 % en pleine forêt depuis le Rudlin jusqu’au Gazon du Faing (Vosges), les deux traileurs sont tombés sur les restes d’un petit chemin de fer ascensionnel construit pendant l’été 1915.

« Il y en a eu plusieurs dans le massif, pour monter plus rapidement le ravitaillement et les munitions », explique Philippe Jéhin. Au Rudlin, les rails ont disparu, mais le couloir du plan incliné (aussi appellé funiculaire) est encore visible. « C’est plus facile à repérer en descendant, conseille le sportif. La végétation a repris ses droits, mais le dôme qui guidait les rails est encore là. »