Ryder Cup 2018: Dix-sept trous d’avance pour l’Europe sur les foursomes, mais il s’est passé quoi là ?

GOLF Les hommes de Thomas Bjorn, au pied du mur le vendredi matin, ont balayé les Américains dans la deuxième session de matchs et mènent (5-3)…

J.L.

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McIllroy et Poulter ont une nouvelle fois brillé en Ryder Cup.
McIllroy et Poulter ont une nouvelle fois brillé en Ryder Cup. — FRANCK FIFE / AFP

Une roustade historique et même presque gênante pour la glorieuse nation américaine. Un temps menée 3-0 lors des double «fourball » du matin (chaque joueur joue sa balle, le meilleur remporte le trou), l’Europe a totalement renversé la vapeur lors de la session d’après-midi, durant laquelle chaque joueur joue la balle de l’autre. 4-0 et 17 coups d’avance cumulés, ce qui revient grosso modo à voir l’Allemagne en foutre sept au Brésil chez lui en Coupe du monde [pour vous situer la portée de l’humiliation). Quelques explications de ce retournement de situation à chaud.

Le retour des tauliers Ian Poulter et Sergio Garcia

Etonnamment laissé au repos lors des matchs du matin, le duo Poulter-Garcia, véritable âme de l’équipe européenne depuis deux décennies a changé la face de la première journée. L’Espagnol, à la rue sur le circuit cette saison (sept cutts manqués sur les 15 tournois du PGA Tour qu’il a disputés), a retrouvé son niveau comme par magie sur son premier coup tapé en Ryder Cup. Sergio a ajouté un 23e point à son compteur dans l’épreuve, ce qui le conforte dans sa position de meilleur joueur de l’épreuve présent sur le Golf National.

Quand à Poulter, que dire de plus ? On a eu la chance de suivre la partie de l’Anglais « inside the ropes », comme on dit au royaume de la Ryder Cup, et son interaction avec le public a encore été un délice à chaque arrivée sur le green et ce chant bien connu depuis l’Euro 2016 dans une autre version (« USA is terrified, Ian poulter is on fire »). Le bonhome a réussi à réanimer le fantôme de McIllroy, pas une mince performance vue la pauvreté du jeu de l’Irlandais dans la matinée. Ian aux platines

« Je n’ai rien eu à dire à Rory, il était assez frustré ce matin avec sa défaite, je n’avais pas à en rajouter, juste aller sur le parcours, et jouer tous les deux. On a toujours eu de la réussite quand on a été alignés ensemble. Je ne suis pas sûr de l’impact que le score de l’après-midi peut avoir sur la suite du week-end. Nos adversaires doivent se demander ce qu’il s’est passé. »

La gestion parfaite des rookies

Il y a deux ans à Hazeltine, l’Europe avait en partie sombré en raison de la noyade collective de ses rookies, qui n’avaient pas tous pu participer aux doubles du vendredi et ainsi prendre la mesure de l’évènement. Thomas Bjorn tenait absolument à concerner tout le monde le premier jour, quitte à flinguer un ou deux points à l’avance.

Le pari a été largement gagnant, puisque pour une défaite prévisible (celle du duo Casey-Hetton), l’Europe s’est déniché un joueur prometteur de Ryder Cup​. L’Anglais Fleetwood, tellement brillant avec Molinari le matin, qu’il a été reconduit avec l’Italien l’après-midi pour une démonstration tout aussi convaincante. Il fallait avoir des cojones grosses comme ça pour planter ces deux birdies sous le nez de Tiger à 3-0 pour les Ricains sur le trou n°15 lors des fourballs.

Autre trouvaille au moins pour cette édition, le Suédois Alex Noren, vainqueur de l’Open de France sur ce même parcours au mois de juin. Thomas Bjorn avait vu venir l’avion de loin : « Il adore le Golf National, et la façon dont il a joué toute la semaine à l’entraînement me faisait penser que j’avais eu raison de le sélectionner. L’aligner avec Sergio Garcia tombait sous le sens ».

La méforme des cadres américains

Monstrueux sur le papier, les Américains ont été lâchés par les vieux de la vieille. Sans faire offense à Phil Mickelson, qui dispute tout de même sa 12e Ryder Cup, on peut avancer que le gaucher ventre de l’Oncle Sam ne traverse pas la passe la plus joyeuse de sa carrière. Il n’a rien pu faire pour aider le jeune Dechambeau, et voir les deux hommes sept coups derrière après seulement neuf trous nous a fait un peu de peine, franchement.

Tiger Woods, quant à lui, était bien loin de marcher sur l’eau comme la semaine dernière à Atlanta. Visiblement fatigué par l’enchaînement des dernières semaines, le Tigre, qui n’est plus tout jeune (42 ans), s’est égaré après cinq trous et on ne l’a plus vu sortir la tête de l’eau. Il n’a d’ailleurs pas été choisi pour jouer l’après-midi, et avec lui c’est toujours pareil : il donne l’impression d’être tout seul dans sa frustration presque proverbiale dans l’épreuve. Et chacune de ses défaites ne fait que renforcer le moral des Européens. C’est encore ce qui s’est passé vendredi.