VIDEO. Megève: «Mon corps n’était que souffrance»… La MB Race est-elle bien la course de VTT la plus dure au monde?

CYCLISME Avec ses 140 km et ses 7.000 m de dénivelé positif face au Mont-Blanc, la MB Race, qui part samedi (6 heures) de Megève, se présente comme « la course de VTT la plus difficile au monde »…

Jérémy Laugier

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Les deux dernières éditions de la MB Race ont été marquées par des conditions climatiques assez extrêmes.
Les deux dernières éditions de la MB Race ont été marquées par des conditions climatiques assez extrêmes. — Kinaphoto
  • 1.200 coureurs vont tenter de boucler à VTT samedi (6 heures) la redoutable MB Race (140 km et 7.000 m de dénivelé positif).
  • Plus long marathon dans le cadre de la Coupe du monde de VTT, cette course autour de Megève (Haute-Savoie), est-elle bien « la plus difficile » comme elle le prétend ?

« La course de VTT la plus difficile au monde. » Ce titre prestigieux accompagne un peu partout la MB Race depuis neuf ans. Mais est-ce une formule choc de com' afin de booster l’épreuve partant de Megève samedi (à 6 heures) ou un véritable constat validé par les coureurs ? Avec 140  km et 7.000 m de dénivelé positif dès son lancement en 2010, cette course ultra détonne dans l'univers du VTT.

Il n’y a ainsi eu qu’un seul finisher sur la première édition en 2010, ce qui pose méchamment les bases. Et encore, Vincent Hazout, président et fondateur de la MB Racel, avait initialement prévu une course de 200 km et 10.000 m de D +. « Je rêvais d’un grand rendez-vous de VTT en voyant les ultra-trailers de l’UTMB se lancer dans un effort surhumain au cœur d’un environnement magnifique, explique celui-ci. J’avais vraiment envie de créer une course hors norme. »

Moins de 8 % de « finishers » en moyenne

Se rapprochant surtout du Grand Raid à Verbier (Suisse), qui propose 125 km et 5.000 m de dénivelé positif, la MB Race a mis sept ans à convaincre l’UCI d’intégrer son épreuve phare au calendrier de la Coupe du monde de VTT marathon. Et pour cause : elle présente la plus longue distance jamais parcourue en Coupe du monde sur une seule journée. La victoire finale se joue entre 9 et 10 heures d’épreuve, contre maximum 6 heures sur les autres étapes de la Coupe du monde.

« On a fini par réussir à faire changer le règlement UCI, ce n’est pas rien », apprécie Vincent Hazout, qui cite la Leadville 100, course de 161 km dans le Colorado déjà remportée par un certain Lance Armstrong, comme rare course plus longue à la journée dans le monde (avec un dénivelé positif moindre). Parmi les 1.200 inscrits, une vingtaine de nationalités sont désormais représentées, dont quelques pros ou semi-pros. Les coureurs peuvent choisir de bifurquer sur la version 70 km (à Megève) ou 100 km (à Combloux). En moyenne, moins de 8 % des participants vont au bout des 140 km, à l’image des 71 finishers lors de l’édition 2017. Et seulement 300 au total en huit éditions.

« Je ne m’étais jamais senti aussi vivant »

« La Transvésubienne (70 km, 2.500 D + mais surtout 4.000 D- autour de Nice) est selon moi plus infernale techniquement, souligne Antoine Socquet, qui s’est déjà hissé sur le podium à Megève et qui est impliqué dans l’organisation. Mais la MB Race est vraiment la course la plus difficile au monde, personne ne nous a encore contredit là-dessus. Et encore, j’ai personnellement l’avantage de savoir où je vais. Il y a de quoi se décourager quand on ne connaît pas du tout le parcours. » Vainqueur de l’édition 2013, Arnaud Rapillard résume le sentiment qui habite tous ces barjots : « La MB Race est d’abord un défi contre soi-même avant d’être une course ».

La tentation de lâcher prise après 70 ou 100 bornes est forcément présente. Recordman du nombre d’éditions bouclées, Fred Azzolin s’emballe en se remémorant ses participations : « Mon corps n’était que souffrance et pourtant je pleurais de bonheur. J’avais beau pédaler comme un automate, je ne m’étais jamais senti aussi vivant. J’ai à chaque fois franchi la ligne dans un état second ».

« Tu vas forcément passer par toutes les émotions le jour J »

Une sensation que vivent la plupart des finishers, comme le Lyonnais Laurent Barral-Cadiere, qui a préféré s’arrêter à deux reprises à 100 km avant de finir les 140 bornes en 14 heures lors de sa dernière tentative. « Même si tu es très bien préparé, avec six mois très intenses, tu vas forcément passer par toutes les émotions le jour J et connaître un coup de fringale à un moment, explique ce plombier et coureur amateur de 33 ans. Pendant un mois après la MB Race, j’étais exténué et je suis à peine remonté sur un vélo. Les longues distances me dégoûtaient. »

Et finalement, les 1.200 vaillants prenant le départ à 6 heures ont-ils la possibilité d’apprécier ce cadre idyllique, face à la chaîne du Mont-Blanc ? « On profite souvent du lever de soleil au début, confie Antoine Socquet. Mais pour ce qui est du reste de la course, on en profite davantage de rétrospectivement que pendant la journée, en raison de tous les efforts. Mais si on revient systématiquement, c’est qu’on a conscience du super cadre une fois l’effort passé. »

Après tout, celui-ci sera « déjà » presque oublié pour les derniers finishers, qui boucleront samedi « le Graal » de la version 140 autour des 16 heures d’épreuve.