Coupe du monde 2018: «Ambassadeur», héros d'un biopic… Au Costa Rica, Keylor Navas est bien plus qu'un gardien

FOOTBALL Le gardien du Real Madrid et du Costa Rica est une idole dans son pays…

Nicolas Stival

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Keylor Navas, le gardien du Costa Rica, avec des fans, à l’occasion du match amical contre l’Ecosse à Glasgow, le 23 mars 2018.
Keylor Navas, le gardien du Costa Rica, avec des fans, à l’occasion du match amical contre l’Ecosse à Glasgow, le 23 mars 2018. — S. Wallace / Shutterstock / Sipa
  • Les Costariciens considèrent le portier de la sélection comme un ambassadeur de leur pays d’Amérique centrale.
  • Navas a fait l’objet d’un biopic pour retracer son parcours, de son enfance très pauvre dans le sud du Costa Rica jusqu’au Real Madrid.

Ce vendredi, Keylor Navas jouera un peu plus qu’un match de Coupe du monde, face au Brésil. Le gardien du Costa Rica (31 ans) affrontera à distance celui qui est présenté comme son potentiel successeur au Real Madrid, le portier de la Roma Alisson Becker (25 ans).

Pourtant, quoi qu’il arrive à Saint-Pétersbourg, rien ne pourra altérer l’incroyable popularité de Navas parmi les quelque cinq millions de Ticos, le surnom des habitants de ce petit pays d’Amérique centrale. « Ici, le foot est le sport national par excellence, lance le Français Vincent Varenne, organisateur de voyages au Costa Rica depuis 2011. Les joueurs de la sélection sont admirés de tous, et encore plus Navas qui évolue dans l’un des clubs les plus prestigieux du monde. »

Keylor Navas présente le biopic
Keylor Navas présente le biopic "Hombre de fe" à Cannes, le 13 mai 2018. - S.LEBLANC/20MINUTES

En 2014, l’ancien gardien du Deportivo Saprissa, le club local le plus titré, avait été le héros de la « Sele », quart de finaliste du Mondial brésilien, le meilleur résultat de son histoire. Mais il a pris encore une autre dimension en rejoignant le Real, avec lequel il a déjà gagné les trois dernières Ligues des champions et une Liga.

Au point de faire l’objet – chose rarissime pour un footballeur en activité — d’un biopic à la gloire de ce fervent chrétien, Hombre de fe (Homme de foi), présenté au dernier Festival de Cannes.

Navas, Google et le tourisme

« Keylor a placé le Costa Rica sur la carte du monde, souligne Walter Herrera, responsable des sports à La República, l’un des principaux quotidiens costariciens. Grâce à lui, beaucoup de gens nous cherchent sur Google et se rendent compte que nous sommes un pays parfait pour l’écotourisme. Nous avons un ambassadeur qui, au lieu de s’habiller d’un costume, utilise ses gants pour porter très haut le nom du Costa Rica. »

Et du côté de l’ambassade à Paris, qu’en dit-on, justement ? Manuel Morales Ovares, ministre-conseiller, acquiesce.

« Oui, c’est un ambassadeur. Il a ainsi fait adopter à ses coéquipiers du Real Madrid et à son entraîneur l’expression costaricienne par excellence : "Pura Vida". C’est celle qu’a utilisée Zinédine Zidane lors de ses premières déclarations après le dernier titre du Real. En 2016, déjà, il avait été la figure principale d’une campagne touristique destinée au marché espagnol, intitulée "le gardien le plus heureux du monde" ».

Et les doutes exprimés par de nombreux observateurs de la Maison Blanche à la moindre baisse de performance du portier ne font qu’augmenter sa cote de popularité, selon Walter Herrera. « Sa manière d’être hors du terrain, sa façon de lutter contre une presse internationale qui le critique malgré ses bonnes performances et contre la xénophobie de beaucoup d’Espagnols, sa persévérance et son humilité lui ont attiré l’affection de tout un pays. »

Bref, Navas et le Costa Rica, c’est parfois « toi et moi contre le monde entier », pour reprendre Claude François. Sauf que le gardien n’a rien à voir avec le « strass et paillettes » de « Cloclo ».

Pas un « papa de los tomates »

« Même s’il est incontestablement adulé et respecté, Keylor Navas reste une personne discrète et humble, témoigne Christophe Baron, avocat français installé dans la capitale San José. Il est complètement à l’opposé du "star-system". Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que les Ticos ont précisément ce trait de caractère : quelle que soit l’importance de leur poste ou de leurs fonctions, ils ne se croient jamais "papa de los tomates", c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la grosse tête. »

« Keylor Navas représente le succès obtenu à partir de deux ingrédients : la discipline de travail et la modestie », ajoute le ministre-conseiller Manuel Morales Ovares. Voici justement le message véhiculé par Hombre de Fe, sorti au Costa Rica fin 2017, et en Espagne début juin. Une oeuvre parrainée par l’office de tourisme de la «Suisse d'Amérique centrale».

« C’est un très bon film, qu’environ 200.000 personnes sont allées voir au cinéma », observe Walter Herrera. Rapporté à la population costaricienne, c’est comme si 2,7 millions de Français avaient pris leur ticket pour un très hypothétique Hugo Lloris, une histoire niçoise.

La foi chevillée au corps

Un résultat plus qu’honorable dans un pays où « les blockbusters gringos sont les films les plus vus et appréciés », témoigne l’avocat Christophe Baron. Dans ce biopic, où le gardien est joué à l’âge adulte par l’acteur colombien Matt Márquez (vu dans la série Pretty Little Liars), on suit l’ascension sportive et sociale d’un enfant extrêmement pauvre du canton de Pérez Zeledón, au sud du pays, qui s’appuie sur son talent et sur sa foi ardente pour s’élever.

Deux caractéristiques dont Keylor Navas, très bon contre la Serbie malgré la défaite (0-1), aura bien besoin face au Brésil de Neymar ce vendredi. Sous peine de rentrer au bercail bien plus tôt qu’il y a quatre ans.