Coupe du monde 2018: «Je me suis laissée tomber», on a parlé à la supportrice qui a feint un malaise pour qualifier le Panama

FOOTBALL Elida de Mitchell est devenue une star dans son pays après avoir «aidé» à la première qualification du Panama pour la Coupe du monde…

Julien Laloye

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Hernan Torres et Elida de Mitchell.
Hernan Torres et Elida de Mitchell. — D.R/20 minutes

De notre envoyé spécial à Moscou,

Presque une semaine qu’on vous rebat les oreilles avec les supporters péruviens, qui ont déménagé Lima à Moscou pour suivre leurs idoles. Des histoires à dormir debout : le gars qui a pris 25 kilos pour acheter une place handicapée, celui qui a vendu son appart pour se payer le trajet, et ainsi de suite. Impressionnant ? Il y a mieux ailleurs. J’ai nommé Elida de Mitchell, une mamie panaméenne devenue une sommité au pays depuis le match de la qualification historique du Panama au Mondial.

On rembobine : Panama-Costa Rica en octobre. Les Canaleros doivent l’emporter pour être barragistes, selon toutes les probabilités. Hernan Torres, le défenseur reconverti attaquant dans les dernières secondes, plante le but vainqueur à la 88e. De leur côté, les Etats-Unis perdent un match qu’ils n’auraient jamais dû perdre et voilà le Panama en première classe pour la Russie. Et là, coup de génie d’Elida, qui court jusqu’au rond central et qui feint l’évanouissement à deux reprises pour faire passer les trois minutes de temps additionnel un peu plus vite. Elle y gagne un surnom (« la tia del mundial », la tata du Mondial) et une reconnaissance infinie de ses compatriotes. D’ailleurs, elle a été invitée par un média local à venir assister au match contre la Belgique, lundi à Sotchi. On l'appelle sur le chemin de l'aéroport.  Elle nous (rererere)raconte l’exploit de bonne grâce.

«Ce que je l’ai fait ce jour-là, je l’ai fait parce que je me suis laissée emporter par l’émotion. Le but de Torres, les Etats-Unis menés, je ne sais pas ce qui m’a pris. Deux hommes sont rentrés sur la pelouse avant, mais c’étaient des hommes jeunes donc ils ont été sortis sans ménagement. Moi je suis une grand-mère, ils n’ont pas osé ! En fait,  je suis tombé à cause d’une douleur au tibia. Mais ce n’était pas bien grave, alors le policier qui s’est approché de moi m’a dit : "Maintenant que tu es là, si tu veux que ça serve à quelque chose, fait semblant d’avoir un malaise". Un joueur est venu me voir pour me demander si j'allais bien Je lui ai "laisse moi ici on est en train de se qualifier bon sang". Je voulais juste gagner du temps alors je me suis laissée tomber».

 

Est-ce qu’on peut mieux incarner la passion d’un peuple pour un sport qui ne lui a pas beaucoup souri jusque là ? Elida se souvient de ses larmes intarissables en 2013, quand deux buts américains dans les arrêts de jeu avaient condamné le Panama alors qu’il sentait déjà l’odeur des plages de Rio. « Cette fois toutes les planètes se sont alignées, explique Elinda, on a même marqué un but qui n’était pas valable pour égaliser. Au Panama, tout le monde l’appelle " le but fantôme ", en hommage à Amilcar, parce que c’est lui qui l’a marqué depuis tout là-haut ». Amilcar Henriquez, joueur majeur des Canaleros jusqu’en avril 2017, quand il est mitraillé devant sa maison par une douzaine de balles d’AK 47. Une vendetta d’un gang de Panama City décrètent les autorités, sans aller plus loin.

Elida de Mitchell poursuivie par deux policiers lors du match qualificatif contre le Costa Rica.
Elida de Mitchell poursuivie par deux policiers lors du match qualificatif contre le Costa Rica. - D.R/20 minutes

Une équipe qui joue pour Amilcar Henriquez

Un an plus tard, il est encore dans toutes les mémoires d’un pays qui n’est pas redescendu de son nuage. « Le lendemain de la qualification, le président a décidé que ce serait un jour férié, tout le monde avait fait la fête, personne n’était en état de travailler ».  Elinda profite de son quart d’heure de gloire sans en perdre une miette. Elle a pu rencontrer tous les joueurs avant leur départ pour la Russie, et elle nous envoie une tonne de photos avec chacun d’entre eux. Evidemment, on se sent obligés de lui demander ce qu’elle a prévu si jamais le Panama venait à danser sur la Belgique, même si les chances sont faibles.

« Ahah, tout le monde me demande, mais je ne suis pas folle, je n’ai pas envie de finir dans une prison russe. Et puis encore une fois, c’était totalement spontané parce que l’émotion ce jour-là était incroyable ». Un truc dont elle est sûre quand même: il risque de pleuvoir des larmes au moment de l’hymne national. Et pas que sur les joues des supporters. « Certains joueurs m’ont dit que rien que d’y penser, ils avaient déjà l’œil un peu humide. Je pense qu’ils vont avoir du mal à se retenir. Vous vous rendez compte, le Panama va jouer une Coupe du monde ! ». Impossible de manquer ça, alors.