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Avant de (peut-être) légaliser le MMA, l’Etat a essayé de le mettre K.-O.

Antigang, coups bas et manque de courage… Avant de (peut-être) légaliser le MMA, l’Etat a tout fait pour le mettre K.-O.

ARTS MARTIAUX MIXTESLes gouvernements précédents n’ont jamais osé s’attaquer à la question de la légalisation du MMA…
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • La France est l’un des derniers pays au monde à refuser les compétitions officielles de MMA.
  • Les gouvernements précédents n’ont jamais osé s’attaquer véritablement à ce problème.
  • Le nouveau gouvernement et la ministre des sports Laura Flessel pourraient bien mettre fin à cela dans les mois (semaines ?) à venir.

«Une histoire de fou… On a eu l’impression d’être dans un film, un très mauvais film, on était tétanisé parce que c’était une véritable opération d’antigang. Tout ça pour un petit gala sportif de MMA ». C’est avec une voix encore marquée par des souvenirs vieux de deux ans que Jean-François Billon, le créateur du Gladiator Fighting Arena, la première ligue de pancrace de France (une variante du MMA dont les règles de combat sont plus strictes), nous raconte l’incroyable soirée du 9 décembre 2016.

On rembobine. Alors qu’il est tout heureux d’organiser chez lui, à Rouen, « un beau gala pour promouvoir la beauté de notre sport », Jean-François Billon voit débarquer « une centaine de fonctionnaires de police qui arrive ensemble pour une opération coup de poing. Une opération multiple : antidrogue, administration fiscale, RG, droit du travail, la totale. Il y avait même des personnes du ministère de l’environnement ! »

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Alors qu’il avait obtenu toutes les autorisations nécessaires, dont celle du préfet de la région, et qu’il avait reçu le soutien du service des sports de la mairie rouennaise. « L’ordre vient forcément de très haut, parce que pour faire déplacer autant de monde… », réfléchit Billon.

Un mauvais scénario pour un mauvais film

L’Etat avait donc visiblement décidé de se la jouer cow-boy du far-west. Mais avant de tenter de comprendre le pourquoi d’un tel déploiement de force, on va s’attarder un peu sur le déroulé de ce très mauvais polar.

>> Fouilles minutieuses, boulevards bloqués : « Ils ont bloqué les boulevards avec les douanes, les mitraillettes, les chiens. Ils ont fouillé la voiture de tous les spectateurs, du médecin, du traiteur qu’on avait pris pour la soirée. C’était hallucinant. »

>> Fuite du public : « Vous imaginez, quand des gamins de clubs viennent avec leurs parents pour assister à un gala censé être professionnel et carré, et qu’on voie ça, ça surprend, ça choque. Du coup la plupart des gens ont fait demi-tour et on a perdu la moitié de nos spectateurs… »

>> Fouille au corps : « Après avoir contrôlé nos papiers, notre caisse, on est passés au contrôle des athlètes, ils ont retourné le vestiaire et fouillé tous les sacs. Ils ont fait se déshabiller tous les athlètes, on avait des combats féminins, ils ont fait mettre les quatre filles en sous-vêtements. Les RG ont ensuite vérifié qu’il n’y avait pas de paris clandestins. Non, mais… Des paris clandestins (il souffle)… »

>> Rouen Parano : « L’ambiance était très tendue, le procureur était très agressif dans ses propos. Il y avait dix médecins de contrôle antidopage protégés par dix mecs de la Bac. La parano était telle qu’ils ont empêché un coach de Nice qui avait deux champions avec lui ce soir-là de sortir leur chercher des bouteilles d’eau. On lui a dit « non, tu ne sors pas du vestiaire ». Il a fini par demander s’il était en garde à vue tellement c’était dingue. Ça fait peur. »

La cavalerie pour… deux gélules coupe-faim

A l’arrivée, tout était en règle. Ah non, pardon, les médecins ont trouvé deux comprimés dans le sac d’un combattant chilien qui ne se battait pas ce soir-là.

« « Le procureur a voulu l’embarquer ! Ils ont fini par l’entendre au commissariat, se désole Jean-François Billon. Il était venu pour entraîner sa femme qui combattait une championne française, ses parents avaient fait le déplacement depuis le Chili rien que pour l’occasion. J’avais honte, vous n’imaginez pas à quel point… Il s’est avéré que ses pilules étaient des coupe-faim autorisés en France sous ordonnance et qui sont en vente libre au Chili. C’est la seule chose qu’ils ont trouvée. Vous voyez, un vrai trafic international ! » »

Si l’on a voulu accorder autant d’espace au récit de Jean-François Billon, c’est qu’à lui seul il dit tout de la manière dont l’État français perçoit les Arts Martiaux Mixtes (MMA) depuis de nombreuses années. Notre pays est l’un des trois derniers au monde (avec la Norvège et la Thaïlande) à en interdire la pratique en compétitions et il a longtemps œuvré pour que sa légalisation ne voie jamais le jour. Mais les choses sont peut-être en train de changer, comme nous l’avons révélé dans un précédent article.

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Il n’empêche, jusqu’ici, la machine étatique a tout fait pour mettre K.-O. le MMA.

Un coup bas

Quelques mois avant « la descente à Rouen » (tiens, on a trouvé le titre du très mauvais film), le premier ministre de l’époque, Manuel Valls, avait commandité un rapport sur le MMA qu’il avait confié au député Patrick Vignal et au sénateur Jacques Grosperrin, deux spécialistes des arts martiaux (judo), afin de faire un état des lieux de cette pratique en France. Le problème, c’est qu’après avoir effectué un travail titanesque de plus de 170 heures d’auditions de spécialistes et avant d’avoir eu le temps de rendre leurs conclusions (favorables à la légalisation et l’encadrement de ce sport en France), un arrêté ministériel paraissait dans le journal officiel pour réitérer l’interdiction pure et simple des compétitions de MMA en France.

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Le timing de cet arrêté, publié une semaine avant la remise du rapport, laisse songeur.

A commencer par Jacques Grosperrin : « Je ne crois pas au hasard du calendrier, je crois qu’ils nous ont fait un mauvais coup, tout simplement. J’ai trouvé ça inélégant pour toutes les personnes que Patrick Vignal et moi-même avions auditionnées et qui avaient mis beaucoup d’espoir dans notre travail. On va dire les choses comme elles sont, j’avais trouvé cela proprement scandaleux, ce n’était pas digne d’un exécutif politique de missionner des parlementaires pour ensuite publier ça. »

Patrick Vignal non plus n’avait pas goûté à cette manœuvre sournoise : « A l’époque, Thierry Braillard (ministre des Sports) m’avait dit "oui mais c’est l’administration qui a fait ça, je n’ai pas vu le coup partir". Je m’en foutais, j’avais trouvé ça moche. »

« Il faut du courage »

Le problème c’est qu’aucun ministre des sports n’a encore osé affronter le problème à bras-le-corps. Jacques Grosperrin parle de « peur » de leur part. Personne ne veut être celui qui restera dans l’histoire comme celui qui a légalisé un sport dont l’image véhiculée au grand public donne à voir des mecs qui se tartinent de gnons dans une cage (un octogone, en réalité) en mode sauvage. Sauf que la réalité du MMA est bien différente. C’est d’ailleurs ce que tend à démontrer le rapport.

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Jacques Grosperrin n’était lui-même pas un partisan du MMA avant de travailler en profondeur sur le sujet. « J’avais une image très négative du MMA, avoue-t-il. C’est l’image de violence qui était véhiculée partout mais je me suis rendu compte que c’est une activité très éducative, avec des valeurs, que c’est un vrai sport à part entière. Le MMA mérite complètement sa place dans le paysage sportif français. »

« « Jusqu’à maintenant, les gouvernements précédents, pour des raisons bassement politiques, n’avaient pas voulu prendre cette question au sérieux et l’ont mise sous le tapis, dénonce Vignal. Quand on fait de la politique il faut du courage sinon on reste à la maison. » »

Du courage, il espère bien que Laura Flessel, qui a un peu tâté le MMA durant sa jeunesse, en aura. Et si Grosperrin craint « qu’elle risque de faire comme les autres ministres, à savoir ne pas prendre les décisions courageuses qui pourraient régler un sujet de santé public », Patrick Vignal se veut beaucoup plus confiant :

« Au judo, quand vous lâchez la manche de l’autre vous tombez, et quand vous tombez vous perdez. Nous on ne lâchera pas la manche. Je sais qu’on va y arriver parce que les indicateurs sont au vert. On n’arrête pas la mer avec des châteaux de sable. Je crois en Emmanuel Macron. Je lui en ai parlé pendant sa campagne car il avait des gardes du corps qui pratiquaient le MMA. Il sait que je défends ça et je suis sûr qu’il va oser ou au moins essayer. Et lors de mon entretien avec Laura Flessel, j’ai vu la compétitrice en elle et je pense très sincèrement qu’elle fera évoluer les choses. Ce que n’ont pas osé les autres, elle, elle va le faire. Je prends les paris ! »

Alors, madame la ministre des Sports, pari tenu ?