Peu de buts, peu de passes dé... Décevant, Benzema peut-il encore se cacher derrière les espaces qu'il libère?

FOOTBALL L’argument « oui mais Benzema libère des espaces pour CR7 » commence à s’essouffler…

William Pereira

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Tout est soudain plus clair
Tout est soudain plus clair — Capture d'écran (Twitter)

Carlos Santillana s’y connaît en attaque. Entre 1971 et 1988, l’Espagnol a collé 289 cacahuètes avec le maillot du Real Madrid. C’est 101 de plus que Karim Benzema (188), dont on peut décemment dire qu’il n’a pas bâti ses belles stats sur l’exercice en cours : cinq buts en Liga, deux en Ligue des champions et une moyenne d’une frappe et demie par match. Pauvre. Comme ses deux dernières sorties.

  • Sur la pelouse de l’Allianz Stadium la semaine dernière, le Français n’a jamais frappé quand son équipe s’y est essayée 14 fois.
  • Samedi en Liga contre l’Atlético, son fantôme a remplacé CR7 dans la dernière demi-heure de jeu, gagnant le droit de se faire copieusement siffler.


La vieille théorie des espaces libérés pour Ronaldo

« Il souffre, lui aussi aimerait marquer plus et être mieux », a confié mardi Zizou en conférence de presse d’avant Real-Juve. Bref, son niveau est insuffisant. Mais Santillana demande, dans El Pais, de regarder au-delà des chiffres :

Ce n’est pas un attaquant classique dans la surface comme je l’étais ou un tireur comme Cristiano. On demande des buts à un numéro neuf, mais Benzema a un autre type de football. Il cherche les diagonales, sur ses appels de balle, il libère des espaces pour Cristiano Ronaldo. »

ON ARRÊTE TOUT. Pause. La libération des espaces, c’est le credo des défenseurs de la Benz. Preuve en est qu’Armand Garrido, mentor du loustic au centre de formation de l’OL et contacté par 20 Minutes, est également adepte du discours (« la paire Ronaldo-Benzema est mise en place par rapport à la complémentarité des joueurs. Karim par ses déplacements attire des défenseurs au bénéfice de Ronaldo »).

Santillana et Garrido ne sont pas seuls. Des internautes espagnols ont récemment réussi à pondre une analyse démontrant comment un déplacement du Français contre le PSG avait débouché sur l’ouverture du score de Ronaldo au Parc des Princes, omettant de signaler le festival d’Asensio, l’appel supersonique de Lucas Vazquez et la détente NBA de CR7.

Manque d’initiative, manque de confiance

Il faut admettre que l’argument est à la base recevable. Seulement, il s’est mué avec le temps en réponse automatique aux déboires de l’ex-international bleu. Est-il toujours acceptable ? « J’ai l’impression que l’argument du jeu sans ballon, c’est de la caricature », analyse Christophe Kuchly, journaliste coauteur de Comment regarder un match de foot. Caricatural, et bientôt obsolète. « En ce moment, Benzema est moins "respecté" par les défenses car moins efficace. Donc les défenseurs hésitent moins à le laisser libre pour faire des prises à deux sur Cristiano Ronaldo, par exemple. » Kuchly extrapole pour qui ne comprend pas la logique du propos.

Moi qui ne sais pas jouer au foot, si tu me mets sur un terrain en attaque sur un match niveau Ligue des champions et que je crée des fausses pistes ça ne va pas servir à grand-chose vu que les défenseurs ne se focaliseront pas sur moi. »

Autrement dit, il faut que Benzema propose autre chose, dribble, frappe, marque et passe afin de garder un pouvoir de dissuasion auprès des défenses qui n’ont aujourd’hui d’yeux que pour la machine Ronaldo​. « En ce moment, Benzema, s’il reçoit le ballon dos au but, tu t’attends pas à ce qu’il se retourne et élimine. Est-ce un manque de confiance ? », s’interroge le journaliste. Garrido ne voit que ça.

« La baisse de confiance, ce n’est pas la première fois que ça se produit, chez les jeunes ça lui était déjà arrivé. Pour bien s’exprimer il faut qu’il soit bien dans sa tête. Dès le moment où il est en confiance, il se met à essayer des choses de plus en plus difficiles. Zidane avait réussi à lui redonner confiance et là ça va peut-être moins bien mais je ne me fais pas de souci, ça reviendra. »

En attendant, Karim créé, donc des espaces pour Cristiano. Qui s’en délecte, à en croire Mundo Deportivo, dont une journaliste témoignait la semaine passée d’une scène dans l’avion de retour de Turin, où le Portugais remerciait son coéquipier pour son travail sur l’ouverture du score contre la Juve. Et on comprend pourquoi après visionnage dudit but : Benzema occupe Barzagli et met Chiellini en échec. Personne n’est en position d’attaquer CR7 qui jaillit. But, 1-0.

Un stage sur le banc pour s’aérer l’esprit ?

Une question subsiste. Parler autant de jeu sans ballon en évoquant l’attaquant d’une équipe capable de flanquer une raclée à n’importe quel rival n’est-ce pas, par définition, inquiétant ? Christophe Kuchly :

Au Barça, Suarez aussi il les fait les fausses pistes pour Messi… Un Mertens à Naples il est capable de mettre 25/30 buts par saison et de libérer des espaces pour Insigne et Callejon. Mais le fait de pouvoir prendre le ballon et éliminer des joueurs éclipse cet aspect de leur jeu. Si on se focalise autant sur le jeu sans ballon de Benzema, c’est que son jeu avec ballon est moins impressionnant. »

À y revoir ses plus beaux fail de la saison, c’est le moins que l’on puisse dire. Si Zidane n’était pas coach, le Benz serait probablement sur le banc. D’après une information de l’hebdomadaire Don Balon, Gareth Bale s’impatienterait d’ailleurs de ne pas voir Zizou prendre ses responsabilités vis-à-vis de son compatriote en mettant plus souvent le Gallois sur le terrain à son détriment. Et pour Santillana, ça ne serait pas forcément une punition. « Quand le ballon ne rentrait pas, j’allais sur le banc et ne faisais rien. On me laissait me reposer, me vider l’esprit et me débarrasser de l’anxiété. C’est le seul remède. » Mais pas sûr que ça libère des espaces pour Cristiano Ronaldo.