VIDEO. Biathlon: «J'aurais pu aller le voir, non?» L'émotion de l'entraîneur sans qui Martin Fourcade aurait tout lâché

EXCLU «20 MINUTES» Nous avons vécu le quatrième titre olympique de Martin Fourcade avec Denis Boissière, l'homme qui l'a convaincu de reprendre le biathlon... 

Jean Saint-Marc

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Martin Fourcade médaillé d'or, sous les yeux de son formateur de Font-Romeu.
Martin Fourcade médaillé d'or, sous les yeux de son formateur de Font-Romeu. — AFP
  • Avec sa victoire sur la mass-start de Pyeongchang, Martin Fourcade dépasse Jean-Claude Killy et devient quadruple champion olympique.
  • Un moment historique que nous avons vécu avec un de ses premiers entraîneurs, Denis Boissière.

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

J’y vais ou j’y vais pas ? Denis Boissière a cinquante balais, connaît la moitié du sport français et fait une tête de plus que tout le monde. Mais il n’ose pas. C’est impressionnant, un quadruple champion olympique. Le premier en France. Jean-Claude Killy, Tony Estanguet et leurs trois médailles d'or (chacun) sont battus. Tiens, justement, Tony Estanguet s’avance et fonce pour le selfie de rigueur avec un Fourcade épuisé.

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« Martin est vraiment crevé, je le laisse tranquille. Et puis Tony, c'est pour ses enfants ! » : Denis Boissière a tranché. Et puis Martin s’en va. « J’aurais pu y aller, non ? » souffle-t-il. Un peu, qu’il aurait pu. Sans lui, Martin Fourcade ne serait ni champion olympique, ni même biathlète. Mais Denis Boissière est un peu timide, et très modeste. Alors il s’éloigne. Et moi, je me sens tout con : évidemment, j’aurais dû l’inciter à aller serrer la main de son champion olympique.

Reprenons : Denis Boissière a entraîné Martin Fourcade à 17 ans. Et, surtout, il l’a convaincu de reprendre le biathlon quand il avait tout envoyé balader. « Je vais te dire la vérité : n’importe qui aurait fait ce que j’ai fait. Je ne suis personne, moi », répète-t-il. Un simple prof de sport, désormais formateur au CREPS Rhône-Alpes, après avoir remis à flot le comité de biathlon des Pyrénées et lancé Martin Fourcade dans le grand bain. « Tu vas te foutre de moi mais maintenant, je forme des « mushers », des mecs qui mènent des attelages avec des chiens ! »

« Allez, on fait comme si on avait le droit et on traverse ! »

Il raconte ça en trottinant tranquillement dans une côte du circuit de biathlon d’Alpensia. « Ça va, t’es sportif ? » a-il demandé avant le début de ce reportage. « Tu fais comme si j’étais pas là », qu’on lui a répondu. Alors il a fait. Et nous voilà en train de courir, un léger goût de sang dans la bouche. On n'a pas le droit de traverser la piste à cet endroit là. Mais en ayant l'air confiant, ça passe. Des bénévoles gueulent un coup. Trop tard, Denis Boissière a filé. « C’est royal ici, il n’y a que les coachs qui peuvent monter. » Il aime bien être aux premières loges : « Une fois que tu y as goûté, tu n’as plus envie de voir ça des tribunes. »

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Il est venu aux JO pour coacher Samir Azzimani, fondeur franco-marocain, premier athlète à enchaîner alpin et nordique, et donc, forcément, belle histoire médiatique. D’ailleurs, Denis Boissière aurait préféré que ce papier parle de Samir plutôt que de lui. Mais nous, c’est Martin Fourcade qui nous passionne. Il est en tête de course et il arrive dans notre virage. Un Facebook Live pour ses potes, un « allez Martin », et Denis Boissière repart, toujours au pas de course.

Et bim, les orteils de Denis Masseglia

Nouvelle incruste pour se glisser au plus près, cette fois dans la zone d’arrivée. Et nouvelle astuce : il grimpe sur la chaise abandonnée par un bénévole qui, comme tout le monde, préfère regarder le sprint incroyable entre Fourcade et Schempp. Diffusé en direct, évidemment, sur le compte Facebook de Denis Boissière. Avec les hurlements de Tessa Worley en fond.

« C’était dingue, ce final, je suis tellement heureuse pour Martin », exulte la skieuse, 7e du géant et 28e du super-G. Denis Boissière nous dit juste qu’il est « content pour Martin. » Il trébuche sur un autre Denis : Masseglia. « Y a pas de mal, aujourd’hui on peut me marcher sur les pieds », lâche, hilare, le patron de l’olympisme français. Qui n’hésitera pas, non plus, pour le selfie.