JO 2018: Précurseur sur le pas de tir, ultra professionnel… Pourquoi le biathlon peut remercier Bjoerndalen

JEUX OLYMPIQUES La légende du biathlon, Ole Einar Bjoerndalen, n'a pas réussi à se qualifier pour ses derniers Jeux olympiques...

William Pereira

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Le biathlon a bien changé avec Ole-Einar
Le biathlon a bien changé avec Ole-Einar — SIPA (montage WP)

De notre envoyé spécial à Pyeongchang (Corée du Sud),

L’homme a beau se sentir aussi immortel que les dieux de l’Olympe, il n’est pas éternel. Demandez à Ole-Einar Bjoerndalen. Après avoir passé les dix dernières années de sa vie sportive à narguer le temps qui passe en gagnant des courses et en raflant l’or à Sotchi à 40 piges, le Norvégien a fini par s’incliner devant la toute-puissance de Chronos. Si bien que le 15 janvier dernier, la sentence est tombée : pénalisé par un début de saison décevant, le cannibale n’a pas été retenu par l’équipe de Norvège de biathlon pour les Jeux olympiques de Pyeongchang. Il y a un an encore, ce scénario était difficilement envisageable : le meilleur biathlète de tous les temps récoltait une 45e médaille – le bronze – aux Mondiaux d’Hochfilzen et envoyait quelque part un message qui pouvait ressembler à « je suis pas cramé, à l’année prochaine ». Sauf que non.

>> A lire aussi : JO 2018: Ouf! La légende Bjoerndalen sera bien à Pyeongchang (comme entraîneur du Bélarus)

55 heures consécutives de Bjoernalen à la télé norvégienne

Pour les néophytes de la discipline et les autres qui se demandent qui peut bien être ce « Olé Nanard », faisons une pause sur l’autoroute du dithyrambe et observons le palmarès de déglingo du patron.

  • Six gros globes de cristal (record co-détenu avec Martin Fourcade)
  • Vingt médailles d’or aux Mondiaux de biathlon (record)
  • Huit médailles d’or aux JO dont un 100 % à Salt Lake City en 2002 (record)
  • Et même une victoire en Coupe du monde de ski de fond
     

Autant vous dire que Bjoerndalen est une légende parmi les légendes du ski nordique en Scandinavie. La chaîne de TV norvégienne NRK 2 a retransmis début février et sans interruption ses 96 succès en Coupe du monde et le Premier ministre Erna Solberg est même venu lui rendre hommage pendant ce marathon télévisuel de 55 heures. Johnny Hallydesque.

Ce n’est pas à nous de dire si un tel spectacle est mérité ou pas, mais le biathlon, y compris français, devrait se sentir redevable envers OEB. Et on ne dit pas ça pour sa défaite au sprint sur la poursuite des JO 2006 face à Vincent Defrasne. Dans son bouquin Mon rêve d’or et de neige, Martin Fourcade est le premier à dire combien son ex-idole a œuvré pour la réputation de ce sport aujourd’hui si populaire. « En 2006, en gagnant une épreuve de ski de fond, Ole Einar met fin à l’éternel débat sur le niveau à ski des biathlètes. » Il a gagné a lui seul le respect des fondeurs pour le biathlon.

« L’équivalent d’un Federer ou d’un Nadal »

« C’est un immense champion qui a, de par sa rivalité avec Raphaël Poirée, permis au biathlon d’exister. Dans les années 1990, on en parlait très peu de cette discipline. Lui il a participé complètement à ça, à le rendre plus spectaculaire avec un tir plus rapide. Avant les balles au pas de tir, c’était une minute. Aujourd’hui, c’est 23 secondes. D’un point de vue télévisuel ça change tout. Il a changé la donne, il a apporté énormément au biathlon », affirme, admiratif, l’ancien fondeur et non moins connaisseur en biathlon, Vincent Vittoz.

Bjoerndalen a changé la face de ce sport et Alexis Bœuf, qui l’a connu sur le circuit avant de se poser en cabine en tant que consultant pour La chaîne L’Equipe, ne dit pas le contraire :

« Quand il a commencé il y a 20 ans, le biathlon c’était un sport avec du matériel et des formats de course qui ont évolué, et lui a toujours réussi à évoluer. Quand il a commencé le biathlon, on skiait vite mais on passait du temps au tir. Et Ole, il essayait toujours d’améliorer quelque chose ».

Les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes mais celles qui s’adaptent, disait Darwin. Bjoerndalen, lui, n’a pas choisi : il a décidé d’être à la fois le meilleur et le plus visionnaire. Son carabinier, Clément Jacquelin (et frère d’Emilien), confirme : « Ole-Einar, à l’époque de Poirée, il écrasait aussi sa discipline, il a fait le grand chelem à Salt Lake City, mais c’était quelqu’un de connu pour toujours vouloir aller de l’avant et avoir un temps d’avance. C’est là-dessus qu’il m’a marqué et je l’ai retrouvé dans la conception des produits. Un Bjoerndalen, dans le sens où il ne se met pas de limites, il ose penser très grand. C’est-à-dire qu’il va s’entourer des meilleurs que ce soit pour les skis, la carabine, etc. »

Ou pour se faire construire un centre d’entraînement ambulant dernier cri, temple du stakhanovisme à la Bjoerndalen dont Martin Fourcade a toujours été admiratif. « Il nous a apporté à tous beaucoup de professionnalisme et on lui doit une bonne part de la médiatisation dont nous bénéficions aujourd’hui », écrit le Français.

« C’est… L’équivalent pour les sports d’hiver de Federer ou Nadal [Alexis Bœuf parle aussi d’un « Federer du biathlon »]. C’est une longévité monstrueuse. Il va échouer à 44 ans, certes il a peut-être fait une année de trop mais encore l’année dernière il est médaillé à 43 ans. Il nous a fallu un Raphaël Poirée et un Martin Fourcade pour résister. Lui il l’a fait tout seul pendant 25 ans. On va dire qu’il a remonté ces 25 ans où nous en France on a eu une succession de grands champions. Lui il les a tous connus, tous affrontés. De par ça, c’est, pff… », se lance, admiratif, Vincent Vittoz.

Bjoerndalen sera aux JO… Avec la Biélorussie

Mais le sport est cruel. S’il sait rendre hommage aux légendes du passé, il ne tolère pas le déclin des athlètes en activité. Seul le présent compte, même quand vous êtes le cannibale. « C’est dommage qu’il finisse pas sur un relais où il n’était pas très loin d’être dedans », estime l’ancien fondeur français, qui voit néanmoins dans cette fin inexorable un moyen pour le Norvégien d’entrevoir le début d’une nouvelle vie. « À certains moments on s’est dit, enfin moi je me disais : "ça serait peut-être bien qu’il arrête ne serait-ce que pour connaître autre chose, pour avoir d’autres expériences". »

A priori, ce n’est pas trop dans ses projets : Ole-Einar Bjoerndalen est en Corée du Sud avec l’équipe de Biélorussie afin de prêter main-forte à son épouse, la redoutable biathlète Dacha Domratcheva. « L’énorme expérience de Bjoerndalen sera utile pour toute l’équipe », se félicite-t-on du côté de la fédé. Vingt-six ans sur le circuit, ça peut être utile, oui.