FC Nantes-Amiens: «Je n'ai pas les caractéristiques recherchées pour la L1», reconnaît Charrier

INTERVIEW Charly Charrier, milieu de terrain vendéen d'Amiens qui affronte les Canaris ce mercredi soir, fréquente l'élite pour la première fois à 31 ans...

David Phelippeau

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Charly Charrier, balle au pied, en janvier 2006, face à l'OM de Benoît Cheyrou.
Charly Charrier, balle au pied, en janvier 2006, face à l'OM de Benoît Cheyrou. — VILLALONGA KARINE/SIPA
  • Charly Charrier a évolué dans trois grands clubs en Vendée : La Roche, le Poiré-sur-Vie et Luçon.
  • A seulement 31 ans, il découvre enfin la Ligue 1 avec Amiens.
  • En fin de carrière, il se voit boucler la boucle en rejoignant le club dans lequel il a débuté : le FC des Achards.

Des choix de carrière assumés et réfléchis. Charly Charrier, originaire de Vendée, va affronter le FC Nantes mercredi soir avec son club d’Amiens. Ce milieu de terrain fin techniquement, qui a débuté le foot dans le petit club des Achards (entre les Sables d’Olonne et la Roche-sur-Yon), connaît cette saison pour la première fois la Ligue 1 à… 31 ans. Par le passé, il a pourtant eu l’opportunité de la fréquenter, mais il a choisi d’autres options. Par amour du jeu et sans doute un peu de sa Vendée natale (il a évolué à La Roche, Le Poiré et Luçon). Entretien.

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Le souvenir impérissable de la montée avec Amiens en mai dernier. « Il y a le scénario qui fait que tout le monde s’en rappellera [accession acquise à la dernière seconde de l’ultime match]. Je suis sur le banc de touche quand Emmanuel Bourgaud marque… On sait tout ce qu’il se passe. Quelqu’un a un portable et voit les résultats sur les autres pelouses. On sait que si on marque, on monte en Ligue 1. C’est la fin du temps additionnel, il y a 1 partout. Il nous faut gagner. Sur un dernier coup franc, notre gardien est monté. Il reste dix secondes [en réalité, le temps additionnel est fini]. Quand il marque, tout le monde explose. On sort du banc et on court devant notre public. On a presque forcé l’arbitre à arrêter le match (rires). Si la balle tape le poteau ou n’est pas cadrée, l’arbitre arrête derrière et on ne monte pas. En termes d’émotion, c’est l’un des plus beaux moments de ma carrière. C’est l’aboutissement d’une saison qui se joue à rien. Il y a eu cette fête ensuite avec notre public. On a commencé la saison, il y avait 4.000 à 5.000 spectateurs dans le stade à domicile, et là, ce soir-là, à Reims, ils étaient 7.000 ou 8.000 ! »

Pourquoi ne pas avoir pu découvrir la Ligue 1 avant ? « Moi, à la base, je voulais être pro. J’ai réussi à l’être. Après, je voulais la Ligue 1, mais ce n’était pas la Ligue 1 à tout prix car sinon je l’aurais fait lors de l’accession de  Guingamp dans l’élite [il monte avec En Avant en 2013, mais quitte finalement le club] en grattant deux ou trois matchs. Moi, ce que je veux avant tout c’est être épanoui sur le terrain. Etre bien dans un collectif. Maintenant que j’ai découvert l’élite avec Amiens, c’est une vraie satisfaction. Je suis néanmoins conscient que je n’ai pas les caractéristiques recherchées par les clubs de L1 et L2 et National. Quand je regarde les matchs de l’élite, je vois énormément de duels. Les clubs recherchent de la vitesse, de l’impact athlétique. On ne va pas se mentir, moi, ce ne sont pas mes caractéristiques. Moi, je n’ai jamais été un joueur rapide. A part fuir le pays, tu es obligé de t’adapter. En Espagne, ce qu’on recherche c’est un joueur technique. Qu’il soit grand ou petit. Mon plus grand regret d’ailleurs est de ne pas avoir pu m’exporter en Espagne. J’aurais adoré tenter une aventure là-bas pour voir si c’est vraiment comme je pense… Si ça se trouve, je me plante complètement. »

Pourquoi en 2013 avoir fait le choix de ne pas goûter à l’élite avec Guingamp ? « Quand je monte en L1 avec Guingamp [en 2013], il y a des clubs de L2 qui s’intéressent à moi, j’ai la chance d’avoir le choix. Mais, je sais que quand je résilie avec Guingamp, je vais retourner à Luçon [National]. Beaucoup me prennent pour un fou. J’ai alors cette étiquette de joueur vendéen qui ne veut pas s’exporter ailleurs que dans le 85 et qui ne réussira pas en dehors de son département. Je choisis de revenir pour gagner du temps dans mon intégration, pour être épanoui et parce qu’il y a une identité de jeu là-bas. »

Une vision romantique du foot non ? « Je n’aime pas me donner cette image de mec hors foot. Mais, je n’ai peut-être pas la même vision que beaucoup de joueurs qui veulent à tout prix avoir une ligne L1 sur leur CV. Moi, j’ai toujours recherché le projet de jeu. Si j’avais voulu gagner plus d’argent à un moment donné, je n’aurais pas choisi de retourner en Vendée en 2013. Il n’y a rien qui ne pouvait rivaliser avec ce que j’allais connaître avec Luçon. C’est cette expérience là-bas qui me permet d’être là où je suis maintenant. C’est-à-dire de connaître enfin la L1 à 31 ans. »

Charly Charrier (à gauche) face à Blaise Matuidi cet été.
Charly Charrier (à gauche) face à Blaise Matuidi cet été. - CHINE NOUVELLE/SIPA

Une fin de carrière tournée vers le 85. « J’ai toujours eu deux projets pour ma fin de carrière. Mon premier, c’est d’aider à monter un club vendéen dans l’élite [L2 au moins] avec des ambitions et des investissements. Ça a failli arriver [ la fusion entre Luçon et La Roche a échoué en 2016]. J’ai toujours eu ça dans un coin de ma tête. Je ne suis pas Jésus, mais j’aimerais qu’on me donne les cartes en tant que joueur de monter ce fameux club du 85 pour aller très haut. A 33 ans, je me vois en Vendée, c’est une certitude. Mon deuxième, c’est de finir aux Achards [son premier club]. Dès que j’ai l’occasion d’y retourner, j’y retourne. Je suis de très près leur résultat de DRH chaque week-end. Je connais encore beaucoup de monde là-bas. Et j’ai prévu d’y terminer ma carrière. Je ferai en sorte d’y revenir en étant dans un bon état pour bien boucler la boucle. »