AS Saint-Etienne: On a tenté de décrypter la semaine noire des Verts avec deux anciens coéquipiers de Julien Sablé

FOOTBALL Herita Ilunga et Fousseni Diawara ont bien connu dans les années 2000 à Saint-Etienne Julien Sablé, qui va vivre une drôle de première sur le banc ce vendredi (19 heures) à Lille...

A Saint-Etienne, Jérémy Laugier

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Julien Sablé, ici à droite lors de sa première séance d'entraînement avec son groupe mercredi après-midi à L'Etrat.
Julien Sablé, ici à droite lors de sa première séance d'entraînement avec son groupe mercredi après-midi à L'Etrat. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Moins de deux semaines après un derby désastreux (0-5), l'ASSE se présente ce vendredi (19 heures) à Lille avec un nouvel entraîneur Julien Sablé, qui a remplacé « dans l’urgence » Oscar Garcia.
  • « 20 Minutes » s’est penché avec Herita Ilunga et Fousseni Diawara sur la démission inattendue du coach catalan, sur les responsabilités des dirigeants stéphanois et sur le choix de leur ancien partenaire Julien Sablé.

« Je vous remercie, c’était super pour une première, je vais m’en rappeler. » Julien Sablé a trouvé la bonne formule jeudi pour quitter sa conférence de présentation devant la presse, qui s’est parfois révélée assez baroque au côté de Roland Romeyer. Avant de vivre son premier match en tant qu’entraîneur dans un match professionnel ce vendredi (19 heures) à Lille, l’ancien capitaine des Verts (37 ans) a vécu trois jours assez , comme toute l’ASSE.

20 Minutes tente de décrypter ce changement d’entraîneur assez surprenant avec deux anciens joueurs stéphanois, Herita Ilunga et Fousseni Diawara, qui ont très bien connu Julien Sablé dans le Forez.

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Comment ont-ils vécu le départ d’Oscar Garcia ?

Après avoir annoncé ses envies de départs mardi à Roland Romeyer, Oscar Garcia a vu sa démission (« sans indemnité ») officialisée par l’ASSE mercredi en fin d’après-midi. Un scénario pour le moins imprévu pour un entraîneur arrivé cinq mois plus tôt, sous contrat jusqu’en 2019 et actuellement sixième en Ligue 1. « J’ai été un peu surpris, mais oui et non en fait car ce derby (0-5) a fait beaucoup de mal au club, estime Fousseni Diawara. Je pense qu’Oscar Garcia a été très affecté, d’autant que le contenu des autres matchs était vraiment inquiétant. » Conscient que le coach catalan « déplorait le fait de ne pas maîtriser le recrutement », Herita Ilunga avait été prévenu avant même le derby par un agent qu’Oscar Garcia devrait « vite démissionner car il en avait ras le bol du fonctionnement en interne ».

« Sur le coup, je ne l’ai cru qu’à moitié, confie l’ancien défenseur stéphanois [de 2003 à 2007]. J’avais placé beaucoup d’espoir en cet entraîneur en raison de son CV, de sa grosse personnalité et de l’identité de jeu qu’il voulait apporter au club. Lors des années Galtier, il nous manquait ce côté spectaculaire qui caractérise l’histoire des Verts. Mais peut-être qu’il est arrivé un peu trop tôt dans l’évolution de Saint-Etienne. » L’ex-international malien Fousseni Diawara va dans ce sens :

« Il a un peu payé sa communication car il avait vendu un projet avec une équipe évoluant haut et jouant au ballon. L’ASSE a un peu été le tube de l’été mais Oscar Garcia n’a pas réussi à mettre en place ce qu’il voulait avec cette équipe. Peut-être car les joueurs n’avaient pas les qualités suffisantes pour appliquer son projet. »

Comprennent-ils la colère des supporters contre les dirigeants ?

Une semaine avant le départ d’Oscar Garcia, l’après-derby avait notamment été marqué par une banderole du kop sud stéphanois accrochée au centre d’entraînement de L’Etrat extrêmement agressive à l’encontre des joueurs et des dirigeants. Quelle est donc la part de responsabilité de Roland Romeyer, Bernard Caïazzo, Dominique Rocheteau et toute la direction de l’ASSE dans cette étrange situation ? « On a l’impression que rien n’est clair, souligne Herita Ilunga. Ce sont des personnes qui veulent le bien du club mais des choses interpellent, notamment car l’organigramme n’est pas très bien défini. L’épisode Oscar Garcia me donne l’impression d’un gros malentendu. Avait-il les joueurs qui convenaient pour son projet ? »

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Au vu du rendement très décevant des nouveaux joueurs, hormis Rémy Cabella (prêté sans option d’achat), la question du recrutement se pose forcément. « La cellule recrutement [dont le responsable est David Wantier] doit se remettre en question, lance Fousseni Diawara. Quand je vois que l’ASSE a investi près de 10 millions d’euros sur Loïs Diony [7,3 en fait], je me dis qu’en mettant un peu plus d’argent, on aurait pu par exemple avoir Ismaïla Sarr [acheté 17 M€ par Rennes] qui est un vrai crack. » L’ancien latéral des Verts (de 2000 à 2008) compte notamment sur Ilan, qui a intégré le secteur du recrutement des Verts, pour « faire des coups comme Bordeaux avec Malcom ».

L’actuel consultant sur la chaîne TL7 met également l’accent sur la formation : « L’ASSE doit davantage former pour progresser car elle n’a pas les moyens financiers des clubs de devant. J’espère que ce projet ne va pas être chamboulé après la nomination de Julien Sablé [directeur du centre de formation depuis juin] avec les pros ».

Toute la combativité de Julien Sablé en mode capitaine des Verts, ici lors d'un match face à Lens en avril 2006.
Toute la combativité de Julien Sablé en mode capitaine des Verts, ici lors d'un match face à Lens en avril 2006. - PHILIPPE MERLE / AFP

Sont-ils surpris de voir Julien Sablé aux commandes en Ligue 1 ?

« Ça me réjouit de voir mon ancien capitaine à la tête de cette équipe », nous a immédiatement glissé Herita Ilunga. Un enthousiasme partagé par Fousseni Diawara :

« Julien incarne parfaitement les valeurs de ce club. C’est peut-être venu un peu vite mais je ne m’inquiète pas pour son âge [37 ans]. Il va amener de la fraîcheur comme un jeune joueur peut le faire à ses débuts en pros. Il a le profil idéal et il a donné la moitié de sa vie à l’ASSE. Je le compare à Didier Deschamps, Claude Puel ou Antonio Conte car c’est un leader naturel. Joueur, il ne lâchait rien et il avait toujours le bon discours. C’était quasiment un second coach à l’époque au vu de sa capacité à fédérer. Les pros ont besoin de retrouver ses valeurs de don de soi. »

« Pour moi, c’est une évidence de le retrouver là, poursuit Herita Ilunga, consultant sur SFR Sport. Il a toujours eu une facilité de transmettre déconcertante. Tous ceux qui l’ont côtoyé savaient qu’il serait un jour entraîneur des pros à Saint-Etienne. » A commencer par un autre ancien partenaire de Julien Sablé dans le Chaudron, Jérémie Janot. L’actuel entraîneur des gardiens de l’AJ Auxerre ne pensait sans doute pas que sa prophétie datant de juin dernier serait aussi vite réalisée.

Tout comme Fousseni Diawara, Herita Ilunga lui souhaite d’être « bien plus qu’un choix en intérim » : « Il est la personne qui peut rassembler tout l’environnement du club, notamment pour faire en sorte que les supporters soient un peu plus patients. Ce n’est pas quelqu’un qui roule des mécaniques. Il est très pragmatique et en tant que capitaine, il avait l’habitude de nous relever après les nombreux derbies qu’on a perdus à l’époque ». Deux semaines après la désillusion (0-5) contre l’OL, ce dernier atout n’est sans doute pas de trop.

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