Joueur pro, le coup de poker de leur vie

POKER Ils peuvent s'offrir des revenus à faire pâlir d'envie nos ministres, ou connaître des fins de mois difficiles...

Franck Crudo

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Manuel Bevand.
Manuel Bevand. — S. POUZET / 20 MINUTES

Internet est leur terrain de jeu et leur gagne-pain. Ils peuvent s'offrir des revenus à faire pâlir d'envie nos ministres, ou connaître des fins de mois difficiles. Ils travaillent dix heures par jours ou... par semaine. Avec l'explosion du jeu on line, ils sont plus d'une centaine à vivre aujourd'hui du poker, en France.

Parmi eux, Manuel Bevand, 31 ans. Cet ancien concepteur de jeux vidéo a quitté son travail il y a deux ans. «Mon boulot commençait à me prendre la tête, j'avais envie d'une année sabbatique. Et quand j'ai réalisé que je gagnais plus au poker qu'au bureau, j'ai franchi le pas.» «Manub», c'est son pseudo sur Internet, «travaille» environ trois à quatre heures par jour. Il n'hésite pas à jouer sur dix tables et à affronter une soixantaine de joueurs en simultané, histoire de maximiser ses gains.

Discret sur ses revenus

Inutile d'en demander plus, Manuel préfère rester discret sur ses revenus, comme la plupart de ses «collègues». Tout juste évoque-t-il les 70.000 $ qu'il a remportés lors d'un tournoi online, l'an dernier. «Mon plus gros gain à ce jour.» «Manub» a depuis écrit un livre (Poker: passer pro) et cherche un sponsor pour participer au circuit professionnel. «Comme d'autres, j'ai des rêves de gloire et souhaite me frotter aux meilleurs joueurs du monde», confesse-t-il.

Un rêve que vit désormais Arnaud Mattern. Agé de 28 ans, cet ancien pro de backgammon (champion de France en 2006) est depuis septembre dernier sponsorisé par Winamax, un site de poker en ligne très présent sur le marché français. «Winamax me paie les déplacements et les frais d'inscription aux grands tournois internationaux. En échange, je joue sur le site et publie des vidéos où je donne des conseils.»

Un échange fructueux puisqu'en décembre dernier, Arnaud a raflé la mise à l'EPT* de Prague et empoché 550.000 €. Basé à Londres - en Grande-Bretagne les revenus liés au poker sont déclarés mais non-imposables -, Arnaud joue peu («dix à douze heures par semaine»), mais joue gros. Sur Internet, il lui arrive même de «s'asseoir» à des tables où le tapis moyen est de 20.000 $, «si on y trouve des fishs*», précise-t-il.

« Pour durer dans ce métier, il faut être bon aux cartes et dans sa tête »

«Il me fallait un métier où je gagne bien ma vie et où j'ai une liberté totale, confie Arnaud Mattern. Je me rase quand je veux, je n'ai pas de patron, je voyage tout le temps. La semaine dernière, j'étais aux Bahamas. Dans quelques semaines, il y a un gros tournoi à Monte-Carlo. Je ne suis pas à plaindre...

«Il y a 10 à 20 % des joueurs de poker qui gagnent de l'argent, estime Georges Djen, directeur de la rédaction du magazine Live Poker. Mais seulement 1% d'entre eux réussissent à très bien en vivre.» Car tous ne mènent pas le même train de vie. «Travailler plus pour ne pas gagner plus, c'est un peu ma devise», plaisante Thierry Tregaro, alias «Kipik». Cet ancien publicitaire de 37 ans vit depuis deux ans de sa passion. Tant bien que mal. «Comme je n'ai pas la bankroll* suffisante, je joue à des petites tables. Je suis obligé de travailler dix à douze heures par jour pour générer un revenu mensuel moyen de 1.500 €. Il y a même certains mois où je perd de l'argent. »

Benjamin Gallen, journaliste, côtoie les professionnels sur le circuit international. Il connaît bien les risques du métier: «Etre pro, c'est avoir une grande liberté et gagner beaucoup d'argent pour les meilleurs d'entre eux. Mais il y a aussi beaucoup d'instabilité. Les joueurs ne peuvent pas savoir à la fin du mois combien ils vont gagner, et s'ils vont gagner. Pour durer dans ce métier, il faut être bon aux cartes, mais surtout dans sa tête. Car le poker est un jeu de stratégie et de psychologie où la chance joue un rôle important sur le court terme.» Et puis, il y a aussi le regard des autres. «Avec les filles, ce n'est pas toujours facile, sourit Manuel Bevand. Joueur de poker, c'est sexy, mais aussi moins rassurant qu'avocat ou médecin.» Même avec une paire d'as en main?

Lexique

* Bankroll: La somme d'argent globale dont dispose un pro pour jouer au poker.

* EPT: Le sigle de l'European Poker Tour, un circuit de gros tournois se déroulant essentiellement sur le Vieux Continent. L'inscription pour ces épreuves coûte entre 5.000€ et 10.000€.

* Fish: Poisson en anglais. Dans le langage du poker, il s'agit d'un joueur faible. Très recherché par les pros, apparentés, eux, à des «sharks» (requins).

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