VIDEO. Euro féminin: Bon, il est passé où le joga bonito de l’équipe de France?

FOOTBALL Qualifiées pour les quarts de finale in extremis, les Bleues n’ont pas (re) trouvé la fluidité technique qui fait leur réputation…

Julien Laloye

— 

Camille Abily a qualifié la France grâce à son coup-franc contre la Suisse.
Camille Abily a qualifié la France grâce à son coup-franc contre la Suisse. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Les occasions manquées, on avait l’habitude. Les scénarios en montagne russe, aussi, c’est même ce qui le fait le charme de l’équipe de France féminine depuis qu’on la suit régulièrement. Par contre, les matchs chiants comme la pluie de juillet, le manque d’inspiration offensive, les envies de ronfler au quart d’heure de jeu, on n’était pas prêts.

Voici trois matchs qu’on s’infuse les Bleues à l’Euro, et le constat est de plus en plus sévère : le fond de jeu séduisant qui faisait toute notre force, et, parfois, notre naïveté, s’est fait la malle avec le compte épargne et les gosses.

>> A lire aussi: Euro féminin: Les Bleues arrachent la qualif'… Mais que ce fut dur!….

Et ce n’est pas la qualification pour les quarts de finale arrachée contre les Suisses en infériorité numérique, qui va nous consoler. C’était le minimum qu’on pouvait exiger de la troisième nation au classement Fifa, capable d’envoyer ses deux meilleurs représentants en finale de la Ligue des champions.

Moonwalk à Clairefontaine, il y a trois semaines de ça. Entretiens avec Eugénie Le Sommer et Gaëtane Thiney. On leur demande ce qui peut faire basculer les Bleues de la lose magnifique à la culture de la gagne. Réponses unanimes : le savoir-faire tactique d’Olivier Echouafni, trois niveaux de la mer au-dessus de ceux de Bruno Bini ou Philippe Bergeroo, si on a tout bien compris.

Le Sommer : « Il a apporté une nouvelle dynamique, des attentes dans le jeu plus précises. Il donne un langage commun à l’équipe, des orientations qui vont nous permettre de savoir ce que la copine va faire, où comment défendre collectivement face à telles équipes »

Thiney : « Il veut optimiser au mieux notre potentiel technique, notre capacité à nous trouver en une ou deux touches, développer notre culture technico-tactique pour se dépatouiller des équipes costaudes qu’on va rencontrer. On a besoin d’avoir un jeu collectif huilé pour créer des déséquilibres ».

Autant de bonnes intentions qui n’ont pas résisté au principe de réalité. Contre l’Islande, l’Autriche, ou la Suisse, trois nations de second rang dans la hiérarchie du foot féminin, l’équipe de France a souffert des mêmes faiblesses. Incapacité à mettre en difficulté des équipes regroupées, manque d’efficacité devant le but, et manque de profils assez variés pour proposer autre chose que des ballons ave maria dans la surface pour une tête de Wendy Renard ou un exploit d’Eugénie Le Sommer. Une impuissance qu’on a aussi fini par retrouver dans les mots d’Olivier Echouafni, qui semble se contenter de moins au fur et à mesure que la compétition avance. Trois matchs similaires dans l’esprit, et trois réactions très différentes.

Après la victoire contre l’Islande

« J’aimerais féliciter cette équipe islandaise qui a joué avec son cœur, ses atouts. Beaucoup d’observateurs ont été surpris de voir le niveau de cette équipe-là mais nous, on ne l’a pas été ».

Après le nul contre l’Autriche

« Quand je regarde le match, je n’ai pas une conception du foot comme (celle des) Autrichiens, c’est-à-dire le blocage, rester derrière, ne pas jouer. C’est ce qu’on a vécu face à l’Islande ».

Après la victoire contre la Suisse

« On a su pratiquer un jeu incroyablement bon, bien sûr, il y a eu quelques déchets, mais c’était logique avec une équipe suisse qui nous attendait encore une nouvelle fois. Et on s’en est très bien sortis, on n’a pas paniqué.

Résumons : on passe des félicitations à l’adversaire après un 32e de Coupe de France contre une CFA accrocheuse à faire péter le champagne comme si on jouait comme le Brésil 70. Camille Abily, de toutes les aventures tricolores depuis dix ans, reconnaît que le spectacle donne (un peu) mal à la tête : «Je ne sais pas si on joue mieux ou moins bien que lors des dernières compétitions. Par contre, ce qui est sûr, c’est que le niveau général du football féminin a évolué, c’est beaucoup plus homogène. Par le passé, notamment à l’époque de Bruno Bini (2007-2013), il y avait quand même beaucoup plus d’espaces, et on était moins attendues aussi ».

Une façon de nous dire qu’il est temps de faire le deuil des grands souvenirs, quand Louisa Necib n’était pas consultante sur France 2mais la numéro 10 des « Brésiliennes de l’Europe », et de composer avec ce qu’on nous propose. Une équipe moins belle à voir jouer, mais peut-être plus armée pour enfin claquer un titre ou s’en approcher. Car il faut leur reconnaître ça : aux Pays-Bas, les Bleues se découvrent des vertus morales qu’on ne leur soupçonnait plus.

  • Contre l’Islande, dans un match fermé qui puait le 0-0 à des kilomètres, elles s’arrachent pour gratter le penalty décisif à cinq minutes de la fin.
  • Contre l’Autriche, dans un match mal embarqué qui puait la défaite 1-0 à des kilomètres, elles parviennent à obtenir le match nul
  • Contre la Suisse, dans un match qui puait l’élimination à des kilomètres, à dix contre onze et avec un but de retard, elles reviennent sur leur seule occasion de la seconde période, un coup franc qui doit autant à la précision d’Abily qu’à la médiocrité de la gardienne helvète.

 

Voilà qui a tout de suite une autre allure, surtout ramené au bilan d’Olivier Echoufani, toujours invaincu depuis sa prise de fonction après une petite quinzaine de matchs. « Il fallait avoir le cœur costaud, disait-il après l’Autriche. Croyez-moi c’est une grande satisfaction, le scénario n’a pas été simple, mais on y a cru jusqu’au bout. Finalement, on s’aperçoit qu’à dix contre onze, on a été des vraies guerrières sur le terrain. Je leur avais dit à la mi-temps qu’on aurait une occasion sur coup de pied arrêté, et c’est ce qui est arrivé ».

Deuxième parenthèse à Clairefontaine. On est avec Elise Bussaglia, qui revient sur la défaite face au Canada en quarts de finale des JO. Les Bleues sont menées 1-0, et c’est comme si elles avaient déjà perdu dans leur tête. « On a l’impression qu’on n’avait pas les ressources pour inverser la tendance, qu’elles soient psychologiques, tactiques, techniques. C’était fini avant même que ce soit fini ».

C’est à l’aune de ce genre de déclaration qu’on mesure le chemin parcouru à l’Euro. Les Bleues jouent mal, peut-être, mais elles s’en foutent, elles ont assez régalé sans rien gagner pour mériter le droit de s’imaginer un destin de vainqueur à la portugaise. Laura Georges : « On a montré qu’on avait un cœur et un mental. C’est vrai qu’on est en manque de réussite, mais on arrive à se créer des opportunités, des situations. Le Portugal en 2016 est allé au bout en ne faisant que des matches nuls ». On prend aussi, pour ce que ça vaut.

>> Quart de finale à suivre en live comme à la maison dimanche soir, très certainement contre l’Angleterre.