Poudre magique, sang de poulet et mage mystérieux, portrait d'un Loulou Nicollin un poil superstitieux

FOOTBALL Entre passion et superstition, Loulou Nicollin aura toujours tout donné pour le MHSC...

Aymeric Le Gall

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Louis Nicollin
Louis Nicollin — Jérôme Diesnis / Maxele Presse
  • Décédé jeudi soir, Louis Nicollin aimait son club plus que tout, au point de tenter parfois des choses bizarres pour voir son équipe gagner
  • En Coupe UEFA en 1996, le président de Montpellier a fait appel aux services d'un mage mystérieux contre le Sporting Portugal
  • Le résultat ne fut pas au rendez-vous mais l'histoire vaut quand même le détour

Loulou s’en est allé. Avec la disparition tragique du célèbre président montpelliérain, c’est une page entière de l’histoire du foot français qui se tourne et, avec elle, une flopée d’anecdotes aussi savoureuses que complètement délirantes qui s’en vont. L’une d’elles nous a été contée par le journaliste Erik Bielderman jeudi soir sur le plateau de l’Equipe du soir. On a voulu creuser un peu pour en savoir plus et on n’a pas été déçu du voyage.

Plusieurs fois durant sa longue carrière de président, Loulou s’est laissé aller à la superstition, par curiosité, par croyance, pour se marrer, probablement un peu de tout ça à la fois. Comme en ce soir du 24 septembre 1996, lors d’un 32e de final retour de Coupe UEFA au Portugal entre Montpellier et le Sporting.

Après un match nul (1-1) obtenu à l’aller, les hommes de Michel Mézy avaient bon espoir de se qualifier pour le prochain tour, mais leur président décida qu’un petit coup de pouce extérieur ne serait pas de trop. C’est comme ça que Nicollin est entré en contact avec un mystérieux personnage qu’on appellera « le mage ».

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Maillots jaunes et poudre blanche

La veille du match, le bonhomme conseille à Loulou de faire jouer son équipe en jaune afin de lui assurer un succès à coup sûr. Bonne poire, le président décide alors de faire fabriquer à la hâte un jeu de maillots jaunes afin de respecter les vœux du gourou. « On n’a pas trop compris pourquoi on nous demandait de porter ça, se souvient Laurent Robert, 21 ans à l’époque. On l’a su bien après mais sur le coup ils nous ont juste dit de les porter et qu’on allait gagner le match. Bon… »

« Je me souviens ce soir-là que mêmes les dirigeants avaient mis une écharpe jaune autour du cou (rires) ! », se marre Kader Ferhaoui, autre joueur montpelliérain de l’époque.

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Mais le mage ne s’est pas arrêté là. « Je me souviens aussi de le voir mettre quelque chose sur le point de pénalty avant le match (rires), une sorte de poudre, poursuit la patte gauche du MHSC. Sur le coup je ne me suis pas trop posé de questions, je me demandais juste ce qu’il faisait… »

Il maraboutait, voilà tout. Assurant à Nicollin que son équipe bénéficierait d’un péno pendant le match, le visionnaire a (presque) visé juste. Presque, parce que si l’arbitre a effectivement sifflé péno à l’endroit même où la mage avait épandu sa poudre magique, ce sont les Portugais qui en ont bénéficié ! Pour une victoire finale un but à zéro…

A la fin de la rencontre, au lieu de la jouer profil bas, le mage préfère la ramener. « Il a expliqué à Louis Nicollin et Michel Mézy qu’on n’avait pas gagné parce qu’un joueur qui ne devait pas jouer avait été titularisé, il disait que c’était lui le chat noir. C’est là que Michel Mézy s’est énervé », rembobine Ferhaoui.

Plus zen, Loulou préfère en rire. Bielderman déroule la blague : « J’étais avec Nicollin à l’aéroport et il se marrait, il disait ‘je me suis fait embourber, il m’a pris quinze patates…’, alors que Mézy, lui, cherchait le mage partout dans l’aéroport pour lui casser la gueule. »

Guy Roux et le mage

On a bien essayé de mettre la main sur ce fameux mage mais, manque de bol, la bestiole est décédée depuis. Ce qui est sûr, c’est qu’avant d’offrir aux Montpelliérains ses services divinatoires (ou charlatanesques, c’est selon), celui-ci avait déjà officié pour le RC Lens, le FC Nantes, l’AJ Auxerre ou encore l’équipe de basket de Limoges.

Guy Roux se souvient parfaitement du bonhomme : « Il était un peu illuminé, rigole-t-il. Je me suis évidemment demandé si ce n’était pas une sorte de charlatan mais comme on a eu les résultats qu’il nous avait promis (l’AJA réalisa le doublé coupe-championnat, ndlr), je suis obligé de reconnaître aujourd’hui qu’il était bon (rires) ! »

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L’histoire de Montpellier, Guy Roux en a entendu parler. Mieux, il nous en apprend un peu plus à ce sujet.

Il paraît que le mage avait recommandé aux épouses des joueurs de mettre des sous-vêtements jaunes. Du coup, les magasins de prêt-à-porter de Montpellier avaient été dévalisés !

Un obsédé du jaune, donc ? « Il disait que c’était sa couleur fétiche parce qu’il avait été champion de France avec l’équipe de Basket de Limoges, qui jouait en jaune, et avec le FC Nantes. Il m’avait aussi demandé qu’on joue en jaune mais je lui avais répondu que c’était impossible, que notre couleur, le bleu, était divine, que c’était l’abbé Deschamps qui l’avait choisie parce que c’était la couleur de la vierge. Du coup on avait quand même mis le gardien en jaune. »

Le sang de poulet plus efficace que les maillots jaunes

Des craquages comme celui-là, Loulou Nicollin en a connu d’autres, avec plus de réussite. Dans un ancien numéro de France Football, le président en lâche une belle.

Un jour, Daniel Xuereb me dit "Si on veut gagner, il faut faire venir le sorcier du Sénégal. Borelli (ancien président du PSG, ndlr) va vous donner le numéro." On fait venir le sorcier, on le paie, il dit "Je veux un poulet." On lui donne son poulet. On est à la collation, à 17 heures, le poulet sur la table, les gars tout autour. Il dit : "Tous ceux qui seront tachés de sang, vous pourrez jouer et vous gagnerez, les autres dehors, vous ne jouerez pas !" Et rac, avec un sabre, il coupe la tête du poulet qui continue de courir dans tous les sens. Le sang jaillissait de partout. On a gagné 3-0.

Des histoires comme ça, le roi des poubelles de Montpellier en a à la pelle (ou plutôt en avait. Merde, on ne s’y fait pas…). Dommage qu’il ne soit plus là pour nous les raconter de vive voix…