Dante: «Il faut être calme et réaliste car dans le football, tout va très vite»

INTERVIEW Le défenseur central et international brésilien Dante s'est livré pour «20 Minutes»...

Propos recueillis par William Pereira
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A gauche Balotelli, à droite, Dante
A gauche Balotelli, à droite, Dante — VALERY HACHE / AFP

A Nice, on a beaucoup parlé de Mario Balotelli, un peu de Younes Belhanda et sans doute moins de Dante. Pourtant, du haut de ses 33 ans et fort d’une Ligue des champions remportée en 2013 avec le Bayern, le Brésilien est l’un des hommes les plus importants de l’effectif du Gym, aujourd’hui troisième de Ligue 1. De son rôle auprès des jeunes à l’analyse du projet niçois en passant par Mario Balotelli, le défenseur central des Aiglons s’est confié sans retenue à 20 Minutes.

Si on t’avait dit à ton arrivée à Nice l’été dernier : « Dante, au printemps 2017, l’OGC Nice sera sur le podium de Ligue 1 et jouera peut-être la Ligue des champions l’année suivante », qu’est-ce que tu aurais répondu ?

(Il sourit) Je t’aurais dit que je n’y crois pas trop mais que je travaillerais dur pour cela… Mais c’est sûr que quand je suis arrivé ce n’était pas évident de juger tout de suite de ça. Mais avec cette saison, je suis très fier de cette équipe.

Dante a toujours le sourire
Dante a toujours le sourire - WILDBILD / AFP

Comment tu décrirais le projet niçois ?

Je pense que c’est un beau projet. Il y a ce stade, bientôt le nouveau centre d’entraînement, des gens qui connaissent le foot et des supporters qui aiment beaucoup ce sport. Je crois qu’on est en train de progresser. Mais il faut être calme et réaliste car dans le foot tout va très vite. Quand je suis arrivé ici, le président m’a dit que l’objectif était de se stabiliser tous les ans dans la première partie de tableau sur le moyen terme. Comme ça, à chaque bonne saison comme l’année dernière ou cette année, on va attraper les places européennes. Maintenant il faut croiser les doigts pour qu’on perde pas trop de joueurs au mercato et que d’autres viennent nous renforcer.

Parlons de toi. A ton arrivée, beaucoup de gens ont dit que tu étais sur le déclin, que tu n’étais plus au top et que tu n’étais pas la recrue qu’il fallait. Comment tu l’as reçu ?

Les gens qui disaient ça ne me connaissent pas. Quand je suis heureux je suis capable de beaucoup de choses. Je me connais moi et c’est ça que je suis venu chercher à Nice, je connaissais l’entraîneur et j’aimais bien son jeu. Ici la ville, le cadre, pff… on est dans l’un des plus beaux endroits au monde.


Pour un Brésilien, c’est vrai ta carrière européenne n’était pas très ensoleillée. Lille, la Belgique, l’Allemagne… Ça fait du bien de retrouver un peu de soleil non ?

Oui, c’est comme je te l’ai dit. Il me manquait quelque chose. Je voulais passer à autre chose. En Allemagne, ça faisait huit ans là-bas… J’ai déjà fait pas mal de choses là-bas. Je voulais retrouver un peu de beau jeu mais aussi une autre culture, d’autres gens, d’autres pays. Ça m’a fait du bien de venir ici.

« Malang [Sarr], dès que je suis arrivé je lui ai dit : " laisse la pression pour moi. Joue au foot comme tu sais le faire, garde cette joie de jouer sur le terrain, c’est tout." »

Pour en revenir à Nice, qu’est-ce qui explique que vous soyez à ce niveau cette année ?

C’est surtout grâce au collectif. On profite du travail effectué l’année dernière, on continue sur une allure très positive et puis un nouveau coach qui arrive avec de bonnes idées, des nouveaux joueurs qui arrivent et apportent un plus… Cyprien il fait une saison énorme, t’as aussi Belhanda, t’as Balotelli qui est un joueur de classe mondiale. Ça fait du bien. Il y a aussi des jeunes joueurs qui font du très bon boulot. C’est un tout.

Tactiquement et techniquement, quels sont les points forts de cette équipe niçoise ?

Tactiquement, je dirais que c’est une équipe qui sait bien se positionner par rapport au ballon. Et puis techniquement le coach nous fait beaucoup travailler, il nous fait des séances qui nécessitent beaucoup de concentration et d’application. Grâce à cela, il y a pas mal de gars qui ont bien progressé.

Qu’est-ce que tu apportes aux jeunes en tant que joueur d’expérience qui a gagné une Ligue des champions et disputé une demi-finale de Coupe du monde ?

C’est difficile à dire, c’est difficile de parler de moi-même. J’essaye de leur parler, de leur montrer l’intensité que doit avoir une équipe qui veut arriver à un certain niveau et qui veut s’améliorer. Je ne vais pas leur apprendre à jouer au foot parce qu’il y a beaucoup de très bons joueurs ici. Par contre je peux leur donner des signaux de par mon comportement. Par exemple il y a des entraînements où je suis fatigué comme eux mais où je continue pour leur montrer qu’il faut aller jusqu’au bout de l’effort. C’est ce que j’ai appris au niveau international… Il faut aller au bout de ses efforts.


Concrètement comment tu fais pour que malgré ce contexte de pression lié au classement, les jeunes autour de toi se sentent bien ? Malang Sarr, quand il arrive, il donne l’impression de jouer dans le jardin de sa maison…

Pour Malang, dès que je suis arrivé je lui ai dit : « Laisse la pression pour moi. Joue au foot comme tu sais le faire, garde cette joie de jouer au foot sur le terrain, c’est tout. Ta seule pression c’est de faire attention à ce qu’on te demande au niveau collectif et à rester concentrer. » J’essaye un peu de transmettre ça à chaque joueur qui arrive pour qu’ils se lâchent. Pour le reste ce que je leur dis c’est de faire ce qu’ils savent faire et de ne pas chercher à en faire trop. Mais attention, il ne faut pas non plus qu’ils soient petits bras. En gros « fais des erreurs, mais en faisant ce que tu sais faire ».

« J’ai ma personnalité. Sur le terrain je veux toujours plus, plus, plus parfois trop. Mais en dehors, la base c’est de rigoler. »

En dehors tu es aussi très respecté pour ton hygiène de vie irréprochable. C’est quoi ta routine ?

Je fais en sorte de bien me préparer avant les entraînements, les matchs. Je fais attention à mon menu. Je sais qu’avant un entraînement plus intense j’ai le droit de manger certaines choses que je ne mange pas quand c’est plus calme. Je dors tous les jours entre dix et onze heures. J’essaye de pas perdre trop de nuits parce que ça fait des dégâts. Le repos… Le repos c’est important.

C’est drôle parce que nous on a le cliché du Brésilien pas professionnel qui passe son temps à faire la fête. Que penses-tu de ce cliché ?

C’est parce que de par le passé il y a eu de mauvais exemples. Mais il ne faut pas généraliser, il y a aussi des exemples contraires. Par exemple, Cafu n’aurait pas fait la même carrière s’il n’avait pas été professionnel. Roberto Carlos, Dunga, pareil. Mais il y a eu une petite génération qui s’est un peu laissée aller. Mais c’est clair qu’au Brésil on a une culture qui fait qu’on aime bien danser, s’amuser et rigoler…

On a beaucoup parlé de ton rôle paternel au sein du vestiaire des Aiglons. Mais tu arrives à te marrer de temps en temps ?

Bien sûr, je plaisante. Ça fait partie de la chose. Les gens qui veulent donner l’exemple ne peuvent pas rester tout le temps carrés. Il faut savoir exiger des choses des gens mais aussi se relaxer. J’ai ma personnalité. Sur le terrain je veux toujours plus, plus, plus parfois trop. Mais en dehors, la base c’est de rigoler. Même pour ton corps c’est meilleur. Quand tu es heureux, que tu ris, ton corps répond plus vite.

La musique aussi non ?

Oui bien sûr…

Il paraît que tu joues du banjo et de la guitare

(Sourire gêné) Oui de temps en temps. Un dimanche par mois on va dire.


Tu gardes le niveau ?

Ça va, j’avais appris à en jouer auparavant, j’ai gardé quelques notes en tête.

Tu en joues tout seul ou dans le vestiaire ?

(Il rit) Non ! Pas dans le vestiaire on n’a pas le temps. Peut-être qu’à la fin de la saison quand on aura le temps et que les joueurs se réuniront on fera un bon petit truc.

« Pour un Brésilien, un billet de bus ça coûte cher. Surtout que quand les gens sont au chômage, ils ne perçoivent rien. »

Il y a une autre anecdote sympa sur toi. Notamment une avec une Nintendo 64 grâce à laquelle tu as pu commencer ta carrière…

Je l’avais vendue pour acheter un billet de bus pour faire un essai quand j’étais plus jeune. Au Brésil c’est pas facile. Moi j’habitais avec ma mère, avec ma sœur… Mes parents s’étaient séparés et papa habitait dans une autre ville. Il nous a toujours aidés mais par moments c’était plus difficile. Pour un Brésilien, un billet de bus ça coûte cher. Surtout que quand les gens sont au chômage, ils ne perçoivent rien. J’ai donc pris mes responsabilités, j’ai vendu la console et je suis parti.


Toi tu étais originaire de Bahia, dans le nord du pays, et tu es allé jusqu’où en bus ?

Jusqu’au Parana. Déjà jusqu’à São Paulo c’est 36 heures de route. Après ça tu dois encore avoir 16 heures. Je devais avoir 15 ou 16 ans… J’étais jeune mais il y avait le type qui voulait me recruter qui nous a accompagné, trois autres garçons et moi.

Et le plus drôle dans cette histoire de Nintendo 64, c’est que tu avais déjà beaucoup travaillé pour l’avoir…

Oui, mes parents me donnaient de l’argent pour que je prenne le bus jusqu’à l’école et moi je me levais plus tôt et partais à pied pour garder cet argent de côté. Au bout de trois mois j’ai réussi à l’acheter. C’est quelque chose qui me faisait vraiment plaisir.

C’est fou cette histoire parce que c’est ce qui a lancé ta carrière…

(Il sourit) Oui, chaque joueur à son histoire. Ça prouve que parfois, les choses ne tiennent à pas grand-chose dans la vie et qu’il faut toujours faire des efforts pour y arriver.