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Si vous n’avez rien compris à l’affaire des matchs truqués

Si vous n’avez rien compris à l’affaire des matchs truqués

QUESTIONS/REPONSES – L’UEFA a ouvert une enquête avec Europol sur ce nouveau fléau du foot. Décryptage…
Stéphane Alliès

Stéphane Alliès

Après le dopage, la corruption, le racisme et la violence, voici qu’émergerait un nouveau fléau : celui des matchs truqués, consécutifs au succès croissant des paris en ligne. L’UEFA, l’Union européenne du football, a ouvert une enquête sur 15 matchs, en collaboraion avec Europol. «Dans la plupart des cas, il s'agit juste de suspicion, estime William Gaillard, conseiller du président de l’UEFA Michel Platini. Il y a juste pour l'instant un match où il y a vraiment enquête. C'est un match de second tour d'Intertoto joué dans l'été. Ce n'était pas un match décisif pour la suite de cette compétition. Il y a 14 autres matches pour lesquels notre instance de discipline a des soupçons et cela concerne seulement des tours préliminaires de compétitions entre clubs».


Comment ça se passe concrètement?

Pourtant, selon un rapport de l’UEFA que s’est procuré l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, «quatre matchs importants de coupe européenne» pourraient avoir été manipulés cet été. Y sont aussi détaillés en guise d’exemple la nature des soupçons. Ainsi, durant le match entre les Serbes de Bezanija et les Albanais de Besa Kavajë, a priori largement à l’avantage des ex-Yougoslaves, les entreprises de paris en ligne ont enregistré à la mi-temps un nombre de paris fort élevé en faveur d’un résultat très serré (victoire serbe d’un but, nul, ou défaite). La rencontre s’est terminée sur un 2-2, avec une égalisation albanaise à la dernière minute. Le montant des gains s’est élevé à 1,5 million d’euros.


Pourquoi la mafia chinoise est-elle soupçonnée?

Suspects numéros un et citées dans le rapport, les triades chinoises, qui avaient déjà fait parler d’elles en ruinant, au propre comme au figuré, le championnat belge (voir le dossier de la Voix du Nord sur le sujet). Personnage clé du dossier: Ye Sheyun, mystérieux chinois propriétaire d’un club finlandais (l’AC Alliansi) qui s’est intéressé à la «Jupiler Ligue» au début des années 2000 et aurait truqué une vingtaine de matchs. Interrogé par les enquêteurs belges notamment sur un match Saint-Trond - La Louvière, sur lequel 600.000 euros avaient été pariés en divers endroits du monde, il sera laissé libre. Avant de disparaître dans la nature. Un procès pénal pourrait avoir lieu l’an prochain.


Quel moyen l’UEFA a-t-elle mis en œuvre?

Conscient du problème, Michel Platini a récemment déclaré: «Nous savons qu'à Hong Kong, Singapour ou ailleurs en Asie, vous pouvez avoir un seul pari de 10 millions de dollars sur un match qui se finit à 4-4. On arrive à la fin du match, c'est 2-2 et puis il y a quatre penalties, et ça finit 4-4. Nous étions au courant de ces affaires car nous possédons un système d'alerte en amont». Mis en place le 1er juillet par la Fifa, «Early warning System GnbH» oblige les sociétés de paris à signaler d’éventuelles anomalies ou irrégularités. Selon les termes de Marco Villiger, en charge du dossier à la Fifa, jeudi dans «L’Equipe»: «si nous décelons un danger, nous pouvons intervenir en avertissant les équipes concernées que leur match sera sous surveillance ou en changeant l’arbitre».


Comment truquer un match?

D’après Jean-Damien Vicq, avocat nancéien ayant défendu le dossier des joueurs messins en 2005 (voir plus bas), «Ça ne passe jamais par les clubs, mais par l’entourage d’un ou plusieurs joueurs. Généralement, il s’agit d’un pseudo-agent qui demande à lever le pied, pas forcément contre de l’argent, mais plutôt contre l’assurance d’un transfert ou d’un avantage en nature. Mais je suis sceptique sur l’hypothèse de grands matchs truqués, car ce genre de pratiques n’intervient d’habitude que sur des petits matchs, où plusieurs petites sommes sont pariées. Si les mises sont trop importantes, les sociétés de paris bloquent généralement les transactions»…


La France peut-elle être concernée?

Pour l’heure, une seule affaire de match truqué — pour cause de paris — a agité le championnat de L1. Une affaire qui s’est depuis dégonflée. Celle d’un Metz-Lyon gagné 0-4 par l’OL en 2005. Un joueur grenat avait alors été suspecté d’avoir été contacté pour lever le pied lors du match. Comme l’affaire a éclaté en même temps que celle du championnat belge et Metz étant à quelques encablures de la frontière, la rumeur est paru crédible. Deux noms ont été avancés dans la presse, avant que l’affaire ne soit classée sans suite, faute de preuves. Selon Me Vicq, «le championnat est encore préservé, car la mafia chinoise préfère miser pour l’instant sur des matchs obscurs de championnats des pays de l’Est».