Vendée Globe: «Il va me falloir du temps pour m'en remettre», l'abandon, c'est aussi un déchirement pour l'équipe à terre

VOILE Tanguy de Lamotte rentre aux Sables d'Olonne après dix jours de course. Et il n'y a pas que lui qui le vit mal...

B.V.

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Tanguy de Lamotte le 23 septembre
Tanguy de Lamotte le 23 septembre — DAMIEN MEYER / AFP

Dans ces cas-là, les communiqués de presse qui arrivent dans nos boîtes mails sont aussi froids que le magnum double peanut butter qui traîne au fond de votre congel’. L’histoire y est en général la même : le skipper a eu « une avarie », va tenter de se dérouter vers la prochaine île venue afin de constater les dégâts et tenter une réparation miraculeuse. C’est lapidaire, sans âme, presque anodin. Et terriblement éloigné de la valse de sentiments qui étreint ceux qui l’ont écrit.

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Comme toute l’équipe autour de Tanguy de Lamotte et de son fier destrier Iniatives Cœur, Lucie Hardy connait des nuits difficiles depuis que ledit fier destrier a cassé sa tête de mât samedi. Réparations impossibles, retour aux Sables d’Olonne. « Le premier soir j’avoue que je n’étais pas bien, explique l’attachée de presse du projet. J’en ai vécu des communications de crise, mais des comme ça…. Je crois qu’il va me falloir un peu de temps avant que la déception ne s’efface. »

Tanguy de Lamotte et son équipe
Tanguy de Lamotte et son équipe - Rémi Blomme

Cette aventure, ils la préparent depuis quatre ans. La voir s’arrêter au bout de six jours, c’est un déchirement. « Au début, j’étais complètement incrédule, poursuit le team manager du bateau David Sineau. Je me disais "c’est pas possible", j’ai pas bien lu le message. Il y a un sentiment d’injustice, de culpabilité un peu, car on ne comprend pas d’où est venu le problème. Et très vite, on se met à essayer de trouver des solutions pour qu’il soit en sécurité, qu’il puisse réparer. »

« Si on n’accepte pas l’abandon, on ne vient pas »

Ainsi va la vie de l’équipe à terre. Si loin, si impuissante. « On communique par iMessage, continue-t-il. Dès qu’il y a un message on regarde tout de suite… Et si on reçoit un appel avec le téléphone satellite du bateau, c’est qu’on sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Vous savez, sur le Vendée Globe, il y a historiquement 50 % d’abandons. Si on ne l’accepte pas, on ne vient pas. »

Lucie Hardy : « La peur de l’accident est quelque chose avec laquelle on vit, oui. Je me souviens il y a quatre ans, j’avais fait des cauchemars une nuit où ils avaient repassé Titanic à la télé. C’est un traumatisme énorme. Louis Burton est passé dans la même zone où Tanguy a cassé son mât et son équipe n’a pas dormi de la nuit. Voilà, c’est la fin d’une belle mais trop courte histoire. J’essaie de me rassurer comme je peux en me disant que j’aurai un peu de temps pour moi pendant les fêtes, que je vais pouvoir remettre mon portable en mode avion, mais là c’est dur. Ce projet, j’y suis terriblement attaché. C’est la première fois de ma carrière où j’ai le sentiment d’être vraiment utile. »

Parce que la voile est aussi une affaire de sponsors. Ceux du bateau de Tanguy de Lamotte sont d’ailleurs un peu particuliers : Initiatives et K-Line donnent 2 euros à chaque nouveau fan Facebook pour permettre de payer à des enfants africains une opération du cœur – il est aussi possible de faire des dons directs en envoyant « DON » au 92109. Et qu’un abandon prématuré est aussi une mauvaise nouvelle pour ceux qui financent.

Tanguy de Lamotte avec une fille opérée du coeur grâce à l'association
Tanguy de Lamotte avec une fille opérée du coeur grâce à l'association - LF Communication

« La perte de visibilité est difficilement quantifiable, estime Franck Vallée, directeur d’Initiatives. Quelle perception les gens se font-ils d’un abandon ? Si j’en crois les réseaux sociaux, on reçoit depuis quelques jours beaucoup de soutien, beaucoup d’amour. On vient juste de passer la barre des 500.000 fans sur Facebook et l’on est proche d’avoir obtenu les dons pour sauver les 30 enfants qu’on visait au départ. »

C’est aussi pour ça que le skipper continue d’envoyer des vidéos et de faire partager son retour. Parce que sa course n’est pas finie, mais aussi parce qu’il sait qu’il bénéficie pour quelque temps de la visibilité du « premier abandon ». Après tout, 20 Minutes aurait-il parlé d’Initiatives-cœur s’il n’avait pas été le plus précoce à quitter la course ? Oui, mais pour évoquer l’échange entre son skipper Tanguy de Lamotte et l’astronaute Thomas Pesquet, qui doit s’envoler jeudi pour six mois dans l’espace. L’un en mer, l’autre dans l’espace, les deux hommes auraient dû entrer en contact à seulement 240km de distance. Une jolie histoire tombée à l’eau avec son mât. C’est cruel. Et c’est sûrement aussi pour ça que la voile nous fascine autant.