JO 2016: «On voit beaucoup d'Américains», comment le quartier historique de la prostitution de Rio vit ses Jeux

JEUX OLYMPIQUES Quartier mal famé de Rio, Vila Mimosa est le lieu de travail de milliers de prostituées de Rio...

Romain Baheux

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Une prostituée à Vila Mimosa.
Une prostituée à Vila Mimosa. — Felipe Dana/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Rio,

Vila Mimosa. Le nom évoque une maison de retraite au Lavandou. La réalité est bien plus glauque. Historique quartier de la prostitution de Rio tournant jour et nuit, il déploie ses étroites rues pavées à proximité du Maracana, où Teddy Riner a ouvert le cortège tricolore lors de la cérémonie d’ouverture des JO. Quelques minutes de marche depuis la mythique enceinte, vous voici à Vila Mimosa et ses bordels.

De l’extérieur, l’établissement ressemble juste à un bar miteux. A l’intérieur, les femmes à moitié dénudées et les préservatifs disposés dans un petit saladier derrière le comptoir ne laissent aucune place au doute. Au fond, l’une des prostituées s’applique à scotcher au mur une affiche en portugais détaillant les tarifs : 60 reais le bain avec deux filles. Soit environ 15 euros, pas très loin « des soldes » évoquées par nos confrères du Daily Mail.

Vila Mimosa, l'historique quartier de la prostitution de Rio.
Vila Mimosa, l'historique quartier de la prostitution de Rio. - 20 Minutes

« C’est un plan à trois. Sans le bain, on passe à 50. » On se retourne, surpris d’entendre parler anglais dans un pays où il n’est pas toujours aisé de se faire comprendre. « Tu n’es pas le premier, faut bien qu’on se fasse comprendre », lâche la jeune fille. Pour 30 reais, elle propose de nous amener dans l’une des petites chambres de l’étage. Pour la petite interview, ça se négocie avec un demi.

« Il faut oser venir ici »

« Ouais, on voit plus d’étrangers avec les Jeux, explique celle qui nous dit de l’appeler Maria, sirotant sa bouteille de Skol, la bière trouvable partout au Brésil. Ici, on croise beaucoup d’Américains surtout. Enfin, je pense vu la manière dont ils parlent. Sinon, quelqu’un est venu avec un survêtement de l’Argentine. Il nous a dit qu’il connaissait un membre de leur délégation… Bon après, ils paient normalement eux. Pas comme certains Européens qui râlent sur le prix. »

 									Des prostitués de la Vila Mimosa, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 25 mai 2011.
Des prostitués de la Vila Mimosa, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 25 mai 2011. - Felipe Dana / AP / Sipa

Le temps des filles est compté. Maria nous quitte, après quelques détails sur les demandes sexuelles de certains touristes, pour aller se tordre autour d’une barre de strip-tease. On s’apprête à démarcher une autre prostituée mais le regard du videur, pas friand à l’idée d’une simple discussion, nous incite à déguerpir. Plus loin dans la rue, on engage la conversation avec Julio, occupé à faire frire des beignets de poulet dans sa cuisine ambulante. « En espagnol, l’anglais je n’y arrive vraiment pas. »

Va pour l’espagnol et un beignet de poulet. « Franchement, il ne faut pas croire qu’énormément d’étrangers viennent voir des prostitués, nous explique-t-il. Oui, il y en a et on les voit vite car on se connaît tous dans cette rue. Maintenant, il faut oser venir jusqu’ici… » Loin des policiers et des sites olympiques quadrillés. A Vila Mimosa.