Notes de frais exagérées, faux contrats de travail, salaires fictifs… mais que nous cache le taekwondo français ?

TAEKWONDO La Fédération française de taekwondo fait l'objet d'une enquête pour des illégalités financières...

R.R. avec AFP

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La Fédération française de taekwondo est accusée d'avoir multiplié les dérapages depuis plusieurs années.
La Fédération française de taekwondo est accusée d'avoir multiplié les dérapages depuis plusieurs années. — AFP PHOTO / JACK GUEZ

La Fédération française de taekwondo n’est pas dans de très beaux draps. Et c’est un euphémisme. Elle est accusée d’avoir multiplié les dérapages, voire carrément les illégalités depuis plusieurs années. L’AFP s’est en effet procuré les documents sur lesquels la justice et le ministère des Sports enquêtent depuis près de dix mois. La PJ de Lyon est depuis chargée de l’affaire.

Versements de salaires déguisés et aides au logement boostées

Alors qu’est-ce qu’on apprend dans ces documents ? Accrochez-vous bien. Tout d’abord que des versements de salaires déguisés auraient été versés, sous différentes formes, à plusieurs cadres techniques de la Fédération. Mention spéciale à l’entraîneur national Myriam Baverel, toujours en poste. Selon les documents consultés par l’AFP, elle aurait touché dès son embauche en 2009 une aide au logement de 800 euros. Pas mal, mais ce n’est pas tout. Cette aide aurait ensuite été revalorisée à 1 669 euros pour un loyer de 1 400 euros. Le tout sans validation du comité directeur et sur simple demande de Philippe Bouedo, alors directeur technique national.

28 000 euros de frais de portable sur un an

Mais Philippe Bouedo ne se serait pas arrêté là. Il aurait demandé un versement de 53 000 euros, sur quatre ans, à plusieurs ligues et clubs, a priori sans en informer le comité directeur. Il aurait aussi présenté une note de frais de portable de près de 28 000 euros en 2011 pour l’année. Plus c’est gros, plus ça passe, non ?

Faux contrats de travail 

La liste des infractions n’est pas finie. Des entraîneurs nationaux auraient réussi à doper un peu leurs revenus, 500 euros par mois tout de même, en se faisant rembourser des notes de frais kilométriques… fictifs. Certains d’entre eux habitant en plus à seulement à quelques centaines de mètres du centre d’entraînement national du Bois de Vincennes.
Des faux contrats de travail et bulletins de salaire auraient également été établis. Un « ancien athlète de premier plan » risque tout de même trois ans de prison si l’infraction est avérée.

Billets d’avion Paris-Las Vegas pour la femme du président

Poussé à la démission, a priori après la dénonciation de ces faits par certains membres du comité directeur, le président Roger Piarulli aurait semble-t-il lui aussi profité du système. Il aurait fait acheter par la Fédération deux billets d’avion, un Paris-Nice et un Paris-Las Vegas. Pour son épouse. Normal. Bon, Piarulli avait tout remboursé lors de sa démission. Sauf que sa rémunération pose aussi question. Il aurait ainsi fait revaloriser son salaire à la Fédé de 1 072 euros à… 3 250 euros par mois.

Plainte collective déposée en août

Contactées à plusieurs reprises par l’AFP, les personnes mises en cause n’ont pas souhaité réagir. Des dérives financières supposées qui ont en tout cas poussé l’ancien DTN adjoint Daniel Emelin à s’associer à la plainte collective déposée en août par treize membres de la Fédération. « C’était difficile de rester à la Fédération, dans la mesure où les personnes en place n’ont pas changé », a-t-il déclaré à l’AFP.

On attend maintenant de voir les résultats de l’enquête.

 

Droit de réponse de la Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées (FFTDA) envoyé le 24 mai

Mise en cause dans un article publié le 18 mai 2016 sur le site https://www.20minutes.fr sous le titre « Notes de frais exagérées, faux contrats de travail, salaires fictifs… mais que nous cache le taekwondo français ? », la Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées (FFTDA) tient à apporter les précisions suivantes :

La FFTDA n’a connaissance d’aucune procédure judiciaire qui viserait certaines de ses actes de ses actes de gouvernance passée.

La nouvelle équipe dirigeante de la FFTDA, installée depuis juillet 2015, est naturellement informée de l’existence de certains dysfonctionnements passés, qu’elle ne cautionne évidemment en rien. Elle est à la disposition de la Justice pour apporter son concours si cela se révélait nécessaire à une éventuelle enquête. En toute hypothèse, il n’a pas été attendu le tumulte médiatique de ces derniers jours pour remédier aux dysfonctionnements constatés.

En effet, la nouvelle équipe dirigeante, confirmée le 23 janvier 2016, s’est attachée à mettre en place un fonctionnement transparent, sain et conforme aux obligations de service public. Cela a abouti à de nouvelles dispositions concernant le cadrage budgétaire et à une restructuration des différents services fédéraux (fonctionnement, organisation, restructuration de la Direction Technique Nationale).

Le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, qui suit le dossier depuis juillet 2015 et a contrôlé l’effort de transparence affiché, a d’ailleurs fait part de son soutien total lors de la dernière convention d’objectif.

Cette clarification est importante pour éviter tout amalgame entre dysfonctionnements passés et restructuration en cours.