01:58
Dopage: Mais pourquoi le tennis est-il toujours accusé de cacher ses tricheurs?
TENNIS•Roselyne Bachelot a accusé Rafael Nadal d'avoir été suspendu en secret...Romain Baheux
Si un jour on nous avait annoncé ce clash, on aurait eu beaucoup de mal à y croire. Pourtant, Rafael Nadal a bien consacré une partie de sa conférence de presse après son entrée en lice au tournoi d’Indian Wells à parler de Roselyne Bachelot. Pas spécialement pour saluer son bilan lorsqu’elle occupait le ministère des Sports. « Je vais la poursuivre en justice et je vais à l’avenir poursuivre tous ceux qui feront des commentaires similaires », a lâché le tennisman espagnol.
Son tort ? Avoir lâché dans l’émission Le Grand 8 que le nonuple vainqueur de Roland-Garros avait feint une blessure pour dissimuler un contrôle antidopage positif et la suspension en découlant entre 2012 et 2013. « On ne révèle pas les contrôles positifs, ni les sanctions données dans le tennis », avait poursuivi l’ancienne ministre. Une théorie qu’elle est loin d’être la seule à défendre, comme le prouve une simple recherche Google avec « tennis » et « suspension ».
En clair : on accuse l’ATP ou la WTA de vouloir préserver ses éléments vedettes, ceux qui font que les télévisions et les sponsors investissent dans ce sport, des tourments des conséquences du dopage. Tu es positif ? On va te punir mais on camouflera la chose. En 2010, le retour de Justine Hénin deux ans après sa première retraite sportive, soit la durée d’une suspension, avait colporté son lot de rumeurs. Marion Bartoli, retirée subitement quelques jours après son sacre à Wimbledon en 2013, ou Robin Söderling, finaliste à Roland-Garros en 2009, ont aussi eu droit à leur passage dans la catégorie « retraite bizarre ».
André Agassi, le cas qui crée la parano
Mais si beaucoup d’absences sont désormais regardées d’un œil suspect, c’est en partie à cause des révélations d’André Agassi. Dans son autobiographie, l’Américain expliquait comment l’ATP avait fermé les yeux sur son contrôle positif à la crystal-meth en 1997. En 2013, la gestion du cas Marin Cilic avait aussi été critiquée ; le Croate avait prétexté une blessure au genou alors qu’il était dans l’attente de l’échantillon B après un contrôle positif. Il avait fallu attendre trois mois pour connaître la véritable raison de son retrait du gazon britannique.
« Il y a des contraintes administratives à respecter, on ne peut pas tout publier avant que cela soit avéré, explique Eric Winogradsky, ancien entraîneur de Jo-Wilfried Tsonga. Maintenant, il faut arrêter avec ces supputations qui attaquent la probité des sportifs. Ce qui est important à voir, c’est une seule chose : a-t-on un contrôle positif ? Si oui, OK. Sinon, c’est inacceptable de s’en prendre à quelqu’un. »
« Maintenant, tout le monde a intérêt à faire péter le truc, estime Patrice Hagelauer, ancien directeur technique national. Dans le cas de Maria Sharapova (contrôlée positive au meldonium à l’Open d’Australie), on a vu qu’on n’avait pas hésité à déballer l’histoire. » Dans la foulée de ses révélations, l’ancienne numéro 1 mondiale a été provisoirement suspendue. « On voit que le système fonctionne », abonde Winogradsky. On aimerait quand même bien connaître l’identité de ce tennisman espagnol, condamné à payer une simple amende après un contrôle positif, de l’aveu même de l’ex-président de la fédération ibérique. Et ça, ça n’est pas Roselyne Bachelot qui le lâche.


















