Coussin de Benzema : Mais c’est quoi le délire des footeux avec Louis Vuitton ?

FOOTBALL Le joueur de L1 qui n’a pas sa valise Vuitton a-t-il raté sa vie ?

Julien Laloye avec R.B.

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Benzema et le faux coussin de la discorde.
Benzema et le faux coussin de la discorde. — Instagram K.B.

L’histoire retiendra peut-être que Karim Benzema a dit adieu à sa carrière en équipe de France à cause d’un coussin Vuitton. Pour ceux qui n’ont pas suivi, c’est comme ça que l’intermédiaire véreux qui a mis la main sur la vidéo cochonne de Valbuena a abordé l’attaquant des Bleus dans un restaurant madrilène. Le cadeau a suffi à le faire rester à table, le mal était fait.

 

Une anecdote qui nous inspire deux commentaires. Le premier ? Benzema aurait pu au moins prendre le temps de regarder, cela lui aurait évité les ennuis : on voit clairement sur une photo postée par le joueur lui-même que le fameux coussin est un faux grossier. Le deuxième ? Pour se présenter à un footeux, on amène un Vuitton comme on amènerait une bonne bouteille de vin chez les amis un vendredi soir.

 

Il faut voir la file indienne de valises à roulettes siglées du célèbre maroquinier qui nous passent sous le nez les soirs de zone mixte, après les matchs. Ça fait toujours sourire le suiveur, mais après tout la moitié des journalistes parisiens ont une barbe de hipster norvégien et personne ne leur dit rien. D’ailleurs, le phénomène Vuitton a pris avant celui des hipsters. Fin des années 90, nous apprend Kaba Diawara, ancien joueur d’Arsenal, de l’OM et du PSG, entre autres. « Quand je suis arrivé en Angleterre, il fallait se démarquer. Ça correspondait au moment où je franchissais un cap en termes de salaire, tu arrives à Londres, il y avait des champions du monde… Ce sont des beaux produits, de qualité avec une bonne image de marque ».

Mario, jamais sans sa sacoche

A l’époque, Gianni Bruno, attaquant d’Evian passé par Lille et Bastia, regarde les soirées Champions League devant sa télé. Et il a des étoiles dans les yeux en comptant le nombre de baise-en-ville Vuitton à la sortie du bus. « Tu vois les joueurs avec ça et tu as envie de faire pareil une fois que tu deviens pro. C’est l’un des premiers cadeaux que je me suis offert quand je suis devenu professionnel. En fait, ça marque un peu le passage dans le monde pro, c’est classe et c’est pratique pour prendre tes affaires de toilettes ».

« La trousse de toilette, c’est le passage obligatoire dans le vestiaire, nous explique un autre, connaisseur presque charnel de la marque. Soit une Vuitton, soit une Gucci. » Le bonhomme joue en L1 et il a toute la panoplie LVMH : Valise, sac de voyage, portefeuille, étui à montre (oui, étui à montre). Mais sobre, hein. « Je prends la collection noir et gris, et je ne les utilise que dans un cadre privé, jamais quand je représente le club, comme certains qui viennent en conférence de presse avec leur sacoche ».

Je vous dis pas le prix de la trousse, c’est indécent/crédits LV.

Des dirigeants ont d’ailleurs affecté quelques scrupules sur le sujet. Un joueur en sac Vuitton, il n’y a pas mieux pour entretenir le cliché du footeux bling bling déconnecté de la réalité. Toifilou Maoulida s’était fait sérieusement rabrouer par Gervais Martel pour avoir exposé sa collection de bagages de luxe sur les réseaux sociaux quand la situation du club invitait pour le moins à de la retenue. A Rennes, on avait un temps interdit les sacs Vuitton en raison des abus, même si ce n’était pas pour une question de rivalité mesquine entre PPR et LVMH, précise l’ancien manager Pierre Dréossi. « On avait simplement demandé aux joueurs de venir au stade avec les produits de Puma, l’équipementier de l’époque. Rien de plus normal ».

Il faut dire que la course à l’échalote devient vite incontrôlable au sein du groupe. Kaba Diawara encore : « Dans le vestiaire, ça peut un peu devenir la course. Si l’un ramène un produit de la nouvelle collection, les autres veulent vite l’avoir. C’est un peu comme dans une cour de récréation. Pour Vuitton, c’est un très bon coup de pub puisqu’ils sont filmés quand les joueurs arrivent au stade sans avoir à payer ». LVMH, qui a l’habitude de promouvoir un luxe discret, est-elle si friande de cette publicité gratuite ? La marque ne s’est jamais associée aux sportifs directement, en dehors d’une publicité classieuse réunissant Zidane, Pelé, et Maradona, avant la Coupe du monde 2010.

« Pelé, ce n’est pas franchement le commun des mortels, nous glisse un proche collaborateur de la marque. LVMH n’a pas de lien particulier avec le foot, après que les footballeurs aient envie d’acheter les produits Vuitton… J’ai envie de vous dire qu’on ne choisit pas ses clients. Mais pourquoi pas. Ce sont des gens qui voyagent beaucoup, et le petit bagage Vuitton, c’est hypermaniable et très pratique à faire rouler. Mais à ma connaissance, on n’offre jamais la marchandise ». Ce que nous confirme notre taupe L § V, vous savez, celui à l’étui de montre. « Des coupe-file pour les expositions ou les soirées privées, oui. Mais je n’ai jamais entendu un joueur dire que Vuitton lui avait envoyé un sac à main ou autre chose. Chacun va s’acheter le sien ». Sauf Karim Benzema, qui préfère se les faire offrir.