Coupe du monde de rugby: Hamon, torgnoles et Syrie, c'est le XV de France parlementaire

RUGBY Le Mondial des députés et sénateurs se dispute en ce moment en Angleterre...

Romain Baheux

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Le XV de France parlementaire contre le pays de Galles le 15 septembre 2015.
Le XV de France parlementaire contre le pays de Galles le 15 septembre 2015. — 20 Minutes/DR

De notre envoyé spécial à Londres (Angleterre),

« On est surtout prêts pour la troisième mi-temps, on verra bien pour les deux premières. » L’auteur de cette phrase s’appelle Philippe Folliot et dispute une Coupe du monde de rugby en Angleterre avec les Bleus. Rassurez-vous, il ne sera pas titularisé par Philippe Saint-André contre l’Italie, sauf catastrophe. Si le député du Tarn (UDI) a franchi la Manche, c’est pour aller transpirer avec ses partenaires du XV de France parlementaire dans leur Mondial à eux.

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Le parallèle s’arrête là. Pour voir les Bleus de l’Assemblée nationale et du Sénat se frotter au pays de Galles mardi, il fallait bien prendre le train direction Twickenham, mais s’arrêter avant la mythique enceinte, à Richmond. Dans le petit stade de cette ville de l’ouest londonien, on tombe nez à nez avec Benoît Hamon, en short et crampons vissés, prêt à aller occuper l’aile droite des Bleus. « Au moins dans cette position, on ne peut qu’aller vers la gauche », se marre l’un des frondeurs du Parti socialiste.

L’ex-ministre n’est que l’un des trois députés présents sur la feuille de match. Après avoir participé à la défaite inaugurale contre l’Argentine, plusieurs élus ont dû remiser les crampons pour retrouver l’Hémicycle et le débat sur l’intervention militaire en Syrie. Le reste du XV se compose d’employés du Sénat de l’Assemblée, les cadres de l’équipe. « Plus il y a de parlementaires, moins elle est forte car on n’est souvent pas très jeunes », explique Philippe Folliot.

Pour éviter qu’un fougueux stagiaire ne traverse le terrain comme une balle au milieu d’élus peu affûtés, les règles ont d’ailleurs été adaptées : interdiction de faire plus de quinze mètres balle en mains, pas de jeu au pied en dehors des 22 m, un match disputé en quart-temps de quinze minutes et pas de non-parlementaires de moins de 35 ans.

Patriotes jusqu’au bout des pompes/DR

Que les puristes se calment, on distribue quand même quelques torgnoles. Sur l’un de ses seuls ballons, Hamon se prend d’ailleurs une bonne cravate. « J’espère que vous l’avez filmé, vous avez vu ce qu’il m’a fait », nous apostrophe-t-il. Après un autre accrochage rugueux, les traditionnels « voyous » et des « C’est pas l’esprit » fusent depuis le camp tricolore.

A bout, l’un des Français est exclu pour un gnon. « Ils n’arrêtent pas de parler, ils discutent toutes les décisions. Ça se voit que ce sont des politiciens », s’agace l’un des arbitres. Si les Bleus encaissent trois essais et se prennent un 19-5 dans les dents, la victoire leur revient finalement sur tapis vert, les Gallois ayant aligné des joueurs trop jeunes.

Sous la douche, la politique avec un grand P est assez peu évoquée. « On parle chiffons, des petites histoires de l’Hémicycle, mais on ne se lance jamais dans de grands débats de fond, glisse Jean-Frédéric Poisson (Les Républicains). Mais oui, ça arrive de se chambrer sur certains sujets. » « Ça crée une complicité par la suite, on s’amuse entre nous à l’Assemblée », poursuit Germinal Peiro (PS).

Le long de la main-courante, on tient bien à faire savoir que le Mondial ne coûtera rien aux contribuables. « Chacun a payé 700 euros pour le voyage, le reste est financé par nos sponsors, souligne Patrice Petriarte, secrétaire général du XV tricolore. Pour les maillots, on s’est même battu pour avoir du made in France. »

Pas dit que ça suffise à arrêter les All Blacks, prochain adversaire des Bleus jeudi dans un match décisif pour le titre mondial. « Il y a quatre ans, ils nous avaient battus chez eux en finale, comme dans la vraie Coupe du monde, se souvient Philippe Folliot. Sauf que nous, on s’était pris 44-0. »