Pour le meilleur surfeur français, l’attaque de requin va être « difficile à oublier »

SURF Maxime Huscenot a assisté à la scène en direct…

Propos recueillis par Guilhem Richaud

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L'Australien Mick Fanning a été attaqué alors qu'il allait prendre une vague en finale d'une compétition.
L'Australien Mick Fanning a été attaqué alors qu'il allait prendre une vague en finale d'une compétition. — AP/SIPA

Originaire de La Réunion, Maxime Huscenot, le meilleur surfeur français du moment, a appris à se méfier des requins. Mais comme beaucoup de ses adversaires, il a été choqué par ce qui est arrivé à Mick Fanning, dimanche en Afrique du Sud. Lorsque son « ami », qu’il côtoie régulièrement lors des compétitions, a été attaqué, il a eu « froid dans le dos ».

Avez-vous vu les images de l’attaque  lors de la finale de la compétition en Afrique du Sud ?

Oui en direct à la télévision. Ça fait particulièrement froid dans le dos. J’ai eu la frayeur de ma vie. C’est la première fois que je vois ça. Il y a beaucoup de sécurité autour d’une compétition de surf. D’ordinaire, les requins ne se risquent pas à venir si proche des côtes quand il y a autant de monde.

Vous allez y penser lorsque vous allez remonter sur la planche ?

C’est certain. Plusieurs de mes amis sont morts dans des attaques de requins depuis quatre ans. Plusieurs autres ont perdu des membres. A chaque fois que j’entends ce genre de choses, j’y repense. Cette attaque est tellement marquante qu’elle va être difficile à oublier. Je m’en souviendrais toute ma vie, je vais avoir du mal à m’en débarrasser.

Maxime Huscenot est le meilleur surfeur français. - Victor Decolongon / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Sur une compétition, il y a pourtant beaucoup de sécurité…

Oui et non. On l’a vu sur les images, où les secours interviennent très vite. On a beaucoup de moyens d’interventions en cas d’accident, mais peu pour les prévoir. C’est un peu comme en Formule 1, les médecins ne peuvent intervenir qu’après un crash.

Vous venez de La Réunion. Vous avez été sensibilisé depuis tout petit au danger des requins ?

On sait qu’il y a des spots dans le monde qui sont plus exposés que d’autres. Qu’il y a peu de chance d’être attaqué à Biarritz, mais qu’à La Réunion, en Australie ou en Afrique du Sud, c’est parfois très risqué. A La Réunion, on nous apprend très jeune à ne pas surfer sur les plages de sable noir où l’eau est plus trouble, ce qui en fait des lieux propices aux attaques. Le problème, c’est que depuis quelques années, il n’y a plus de logiques aux attaques. On nous avait dit qu’ils n’attaquaient jamais quand il y avait beaucoup de monde, et une eau très claire. Ce qui s’est passé en Afrique du Sud prouve que c’est faux.

Pourquoi ces changements dans le comportement du requin ?

Déjà il faut savoir que tous les requins ne sont pas dangereux. Il y a trois espèces à craindre, le bouledogue, le blanc et le tigre. Je crois qu’on paye les actions de l’homme sur l’océan. On surpêche, donc on lui prend sa nourriture. Il est obligé de prendre plus de risques et de se rapprocher des côtes pour trouver du poisson. Et en parallèle, comme on a protégé le requin pendant des années, il s’est reproduit. Et désormais il prolifère et se sédentarise, attiré par l’homme.

Comment lutter alors ?

A l’échelle mondiale, il faudrait réévaluer la surpêche. On pourrait aussi faire en des petites chasses lorsque des animaux se rapprochent trop des côtes. Sur les plages, on a besoin de protégé une zone qui fait à peu près 300 m dans la mer. On pourrait systématiser l’installation de filets dans les zones à risque, ou envoyer des ondes pour les repousser.