Tour de France: Comment l'organisation distribue les chambres d'hôtel

CYCLISME Pendant trois semaines, toutes les équipes sont obligés d'alterner hôtels de luxe et auberges de campagne pour garantir un principe d'équité...

Francois Launay

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Hôtel la Cour du Corbeau à Strasbourg. (Illustration)
Hôtel la Cour du Corbeau à Strasbourg. (Illustration) — G. VARELA / 20 MINUTES

Au World Trade Center d’Arras, pas de tours jumelles, juste un hôtel Mercure quatre étoiles qui a accueilli mardi deux équipes du Tour (Bretagne-Séché, IAM) avant le départ de la cinquième étape jusqu’à Amiens. Les coureurs partis, le personnel de l’établissement peut enfin respirer. Car accueillir le Tour de France n’est pas de tout repos et doit obéir à certaines règles. Si les organisateurs veillent à ce qu’elles soient à peu près les mêmes pour tout le monde, chaque équipe y va en fait de ses petits arrangements.

Arras, capitale du monde. - F.Launay/20 Minutes

 

1. Un cahier des charges à respecter. Accueillir des équipes du Tour, ça se mérite. Retenus dix mois avant par ASO, l’organisateur de la compétition, avant même que le parcours ne soit rendu public, les hôtels doivent respecter scrupuleusement un cahier des charges de cinq pages édité par la société.

En ce qui concerne la précision du cahier des charges - F.Launay/20 Minutes

20 kilos de glaçons, 4 prises de 16 ampères…

« Il faut par exemple avoir 20 kg de glaçons pour les kinés de chaque équipe. Autre particularité, on doit aussi prévoir des alimentations électriques et quatre prises de 16 ampères et des alimentations d’eau pour les camions. Les équipes préfèrent aussi souvent privatiser un étage pour y loger leurs coureurs. C’est un peu inhabituel pour nous, mais ce n’est pas compliqué à gérer. Tout est prévu à l’avance. C’est très rodé », explique Cyrille Longuet, le directeur du Mercure d’Arras.

2. Le principe d’équité. N’allez pas imaginer que Les Sky de Chris Froome enchaînent les quatre étoiles pendant que les Bretagne-Séché séjournent dans des hôtels de passe. Sur le Tour, tout le monde est logé à la même enseigne. « On fait attention à ce qu’il y ait une équité entre les 22 équipes. Il y a un cumul du nombre d’étoiles qui se fait sur l’ensemble du Tour. Ça tourne en permanence. Il n’y a pas de privilège. Qu’on soit une équipe réputée ou non, tout le monde aura le même nombre d’étoiles à l’arrivée à Paris. C’est la même chose pour la distance par rapport à la ville départ et/ou d’arrivée. Si une équipe loge loin de la ligne un jour, elle sera tout près le lendemain. Ça évite les injustices », explique Thierry Gouvenou, directeur des épreuves ASO.

Luxe quatre étoiles sur le Tour - F.Launay/20 Minutes

« L’impression de retomber chez les grands-parents »

Si les équipes n’ont pas leur mot à dire sur le choix des hôtels, entièrement géré par ASO, elles n’oublient pas de se plaindre quand le confort n’est pas au rendez-vous. « Il y a des régions où le choix est restreint. Parfois, on a l’impression de retomber chez les grands-parents avec la vieille tapisserie, la tringle à rideaux qui se casse la figure, le filet d’eau qui coule lentement. Ce sont des choses qu’on a tous vécues », sourit Gouvenou.

3. Les petits arrrangements entre amis. On l’a vu, pour le choix des hôtels, la règle doit être respectée par tous. Par contre, c’est open bar pour les repas du soir. La majorité des équipes viennent ainsi avec leurs propres cuisiniers qui établissent une liste de courses aux hôtels. « Au niveau des aliments, il y a là aussi un cahier des charges à respecter. On nous demande par exemple des céréales spéciales sans sucre ajouté. Ce sont souvent des plats diététiques que l’on n’a pas forcément en stock et qu’on achète pour l’occasion », développe Cyrille Longuet.

Un petit déjeuner aux petits oignons - F.Launay/20 Minutes

 

Le camion restaurant d’Europcar

D’autre équipes vont encore plus loin. Depuis huit ans, l’équipe Europcar a ainsi son propre camion-restaurant ambulant dans lequel les coureurs prennent leur petit déjeuner et dînent tous les soirs. « On s’en sert cent jours par an. On est le seul sport qui dépense 6500 à 8000 calories par jour pendant 21 jours. L’apport calorique et nutritionnel est évident. On a décidé de marier à l’extrême le sport et la santé. On est la seule équipe au monde à faire ça. Certains ont leur propre cuisine mais pas leur restaurant, à l’exception de Sky qui vient juste d’en acheter un », assure Jean-René Bernaudeau, directeur sportif de l’équipe française.

4 Un avenir de plus en plus perso ? Si certaines équipes commencent à avoir leur propre restaurant, les hôtels ne sont pas concernés, enfin pas encore. Sur le dernier Tour d’Italie, les Sky (encore eux) avaient décidé de faire dormir leur leader Richie Porte dans un motor-home. Une expérience qui a depuis été officiellement interdite par la fédération internationale (UCI).

« Je vois bien le Tour de France dans dix ans avec des paddocks sur place pour optimiser le temps », espère Jean-René Bernaudeau

Mais l’idée a fait des émules, notamment chez Jean-René Bernaudeau qui n’y voit que des avantages. « Au fond de moi, j’aimerais bien loger mes coureurs dans une sorte de bus itinérant. Je pense qu’on sera obligé d’y passer. Garantir la récupération est prioritaire et le vélo a vraiment évolué. Aujourd’hui, ça coûte cher mais je pense qu’il y a moyen de discuter avec l’UCI. Je vois bien le Tour de France dans dix ans avec des paddocks sur place pour optimiser le temps », assure le directeur sportif. Dommage pour l’âme et le côté pittoresque du Tour avec ses hôtels de campagne et ses couvertures qui grattent la peau.