Des participants au marathon de Pyongyang (Corée du Nord), en avril 2014.
Des participants au marathon de Pyongyang (Corée du Nord), en avril 2014. — /NEWSCOM/SIPA

MARATHON

VIDEO. Corée du Nord: Tiens, et si on allait courir le marathon de Pyongyang?

Dimanche, la Corée du Nord de Kim Jong-Un organise un marathon ouvert aux coureurs amateurs étrangers pour la deuxième année de suite…

Vous avez déjà du mal à vous motiver pour le marathon de Paris? Les personnes citées tout au long de ce papier vont vous paraître totalement dingues. Parce qu’en plus de se torturer les cuisses sur 42km, elles ont décidé de le faire dans la capitale du pays le plus fermé du monde, la Corée du Nord. 800 étrangers se préparent à avaler le bitume de Pyongyang: «On y va plus pour l’événement et le fun de courir dans l’endroit le plus hermétique au monde», explique Nathalie Armengol, de l’agence «Experience North Korea», basée à Shanghai, une des trois seules autorisées à faire entrer des Occidentaux au pays de Kim Jong-un.

(Affiche promotionnelle de l'agence Experience North Korea)

Elle-même l’a couru l’an passé, en mesurant bien sa chance, alors que l’épreuve était pour la première fois ouverte aux amateurs étrangers. «Là-bas, c’est un événement, presque comme si c’était des Jeux olympiques. Avant de démarrer le marathon, on défile dans le stade. Il y a 50.000 Coréens, on a la chair de poule. Pour eux, voir autant d’étrangers c’est hallucinant, eux-mêmes se demandent pourquoi on vient», reprend Nathalie Armengol. Un Français, Casimir de Hauteclocque, a lui aussi pris part  à l’événement, et en a même profité pour ramener quelques images (il a aussi consigné ses impressions en ligne par ici). Aujourd'hui, il se souvient «des enfants d'à peine un mètre qui faisaient 10km en moins de 50 minutes».

Avec une Go-Pro attachée à la ceinture, il a carrément filmé la totalité de son semi-marathon dans les rues de Pyongyang. «On sent que pour ceux qui qui ont la chance de pouvoir (devoir?) y assister c'est un évènement de divertissement somme toute assez rare. Les habitants qui ont la chance de pouvoir être à Pyongyang étaient chaleureux et contents de voir des gens inhabituels» explique celui qui était étudiant à l'époque.  Vous êtes tenté? Pour participer à cette version running des aventures de Dennis Rodman, comptez 1.095 euros pour un trip all-inclusive avec vol Pékin-Pyongyang en Tupolev du 11 au 14 avril. Compris dans le package: la visite de la Tour Juche, un détour par la place Kim-Il-sung, et un coup d’œil à la frontière avec la Corée du Sud, la fameuse DMZ.

La zone démilitarisée à la frontière entre les deux Corée (ici côté Corée du Sud), en septembre 2013. - JACQUELYN MARTIN / POOL / AFP

On allait oublier quelques petits détails: On parle bien d’une dynastie stalinienne, qui internerait 120.000 opposants politiques dans ses prisons, tout en développant un programme nucléaire, et où la grande famine de 1997 a provoqué entre 1,5 et 3 millions de morts (sur 9,5 millions d’habitants). Alors y faire du business en amenant des touristes-sportifs, il y a de quoi interpeller. «Pour moi sincèrement, faire du tourisme là-bas c’est une façon d’ouvrir le pays, promet Nathalie Armengol. Si vous regardez la Chine il y a 30 ans c’était pareil. Les gens oublient vite: nous étrangers, on allait dans des hôtels spécifiques et c’est aussi le tourisme qui a permis l'ouverture». Kim Jong-un avait-il cela en tête il y a un mois quand il a prétexté la menace du virus Ebola pour interdire les étrangers? En même temps, il avait tout de même placé le pays tout entier en quarantaine.

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un quelque part en Corée du Nord, le 20 mars 2015. - KNS / KCNA / AFP

Les officiels ont finalement changé d’avis, et les touristes-marathoniens vont tout de même pouvoir débarquer. Sous bonne escorte, comme lorsqu'une équipe de Vice avait tourné son fabuleux documentaire Le Royaume de l'absurde. Nathalie Armengol: «Par exemple, on ne peut pas mettre de grosses pubs, aucune marque ne doit être mise en valeur. Et vous êtes partout avec un guide. Si le matin vous voulez vous entraîner c’est possible, mais il faut me prévenir pour qu’il y ait un guide qui court avec vous. On ne peut pas se balader tout seul». Les photos des travailleurs ou des policiers sont par exemple interdites, à moins de demander (très) gentiment.

(Nathalie Armengol et un soldat nord-coréen, en 2014)

Le tout est de rester assez ouvert d’esprit. «Il ne faut pas leur dire «vous ne voyez pas que ce que vous faites c’est hyper mal?». Chacun vit différemment, on a la chance d’être né où on est né, mais eux, ils ne connaissent pas ce qu’on vit nous», assure Nathalie Armengol. Et a priori, vous ne risquez pas de finir dans une geôle (ou pire). «A moins de vraiment faire le mariole, le pire que peut risquer un étranger (occidental qui plus est) est de se faire expulser du pays avant le terme du voyage», écrit Casimir de Hauteclocque dans son carnet de voyage. Avec ou sans les cloques contractées sur le marathon?