Florence Arthaud: «La mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau», les extraits de ses mémoires posthumes

DRAME Avant de périr d’une manière tragique, la navigatrice avait terminé ses mémoires…

Bertrand Volpilhac

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Florence Arthaud, en 1997, à Arcachon.
Florence Arthaud, en 1997, à Arcachon. — BLUMBERG/SIPA

Cette nuit, la mer est noire. C’est le titre du dernier livre de Florence Arthaud (Editions Arthaud, sortie le 19 mars). Des mémoires terminés quelques jours avant que la navigatrice ne perde la vie dans un crash d’hélicoptère en Argentine, sur le tournage de l’émission Dropped. Le Parisien s’est procuré les meilleures feuilles de ce manuscrit. Un récit émouvant d’une vie mouvementée, débuté dans la nuit du 29 au 30 octobre 2011, lorsqu’elle pense mourir après avoir basculé de son bateau dans l’eau glaciale.

«J'ai basculé en une fraction de seconde, écrit Arthaud. Je suis dans l'eau. Il fait nuit noire. Je suis seule. Je tourne la tête en tous sens, instinctivement. Je vois mon bateau qui s'éloigne. (...) Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. Effacer toute trace de mon existence. M'engloutir.» Sauvée par un hélicoptère, elle revient avec recul sur cette nuit, et la vie en général. «La crainte de mourir est pour moi la seule vraie terreur. De quoi peut-on s'effrayer, sinon? De manquer un avion, un rendez-vous? De manquer d'argent? La vie est un cadeau, il faut la vivre pleinement et croire toujours en son destin.»

«Aucun homme ne m’a comblée autant que l’océan»

La navigatrice y avoue notamment être «être une femme comme les autres». «Oui, j’ai l’amour des activités simples, connues de toutes les femmes depuis des siècles. Fiancée de l’Atlantique, je le suis; j’aime et j’assume ce surnom. Il me plaît. Mais il plaît aussi à la petite fiancée de vivre sa vie de femme ordinaire! Elevée chez les bonnes sœurs, j’ai appris le tricot en même temps que la couture, le catéchisme et les bonnes manières. J’adorais tricoter!»

Fiancée de l’Atlantique, Arthaud explique d’ailleurs que sa relation avec la mer était passionnelle, presque fusionnelle. «J'ai mené une existence bien remplie, un peu tumultueuse, c'est vrai. Aucun homme ne m'a comblée autant que l'océan; c'est la mer qui me fait vibrer, l'océan qui m'emporte. La vie de couple ne m'a jamais fait rêver. J'aime trop ma liberté!»

Sur l’eau, Arthaud éprouvait d’ailleurs «un bien être mystique, pareil sans doute à celui que peuvent éprouver les moines. Habitée par une véritable paix intérieure, réconciliée avec le monde, je nageais dans le bonheur».