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Quand le Variété Club de France affrontait la première sélection palestinienne de l’histoire

Quand le Variété Club de France affrontait la première sélection palestinienne de l’histoire

FOOTBALLEn octobre 1993, une sélection menée par Michel Platini et Serge Blanco se lançait dans une tournée historique en Palestine et en Israël…
Julien Laloye

Julien Laloye

Dans le livre d’or du football palestinien, il restera évidemment, ce lundi 12 janvier 2014 et ce match contre le Japon, le premier de la sélection nationale dans une compétition officielle, la Coupe d’Asie. Mais la première page, un peu jaunie par le temps, remonte à bien plus loin, en octobre 1993. Le 8 octobre exactement, lorsque le Variété club de France de Platini, Noah et Blanco, rencontre à Jéricho la première sélection palestinienne de l’histoire (voir encadré). «Ils avaient joué en blanc et rouge, short vert et bas vert, se remémore Jacques Vendroux. Comme c’était la première fois qu’ils jouaient, la discussion avait pris trois heures avec l’entourage d’Arafat avant qu’on se mette d’accord!».

«Michel Platini m’a dit oui tout de suite»

Le journaliste de Radio France et fondateur du Variété avait eu cette folle illumination pendant un footing, le lendemain de la poignée de main entre Yasser Arafat, président de l’autorité palestinienne, et Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, à Washington. C’était début septembre 1993. L’URSS n’existait plus, l’ONU intervenait en Irak pour défendre un pays souverain, et l’époque était à l’euphorie ambiante et à la paix universelle. «On était tous un peu inconscients. Michel Platini m’a dit oui tout de suite, puis Blanco, puis Noah, puis Domergue. Tout le monde a donné son accord dans la seconde». L’organisation proprement dite est à peine plus compliquée. Ivan Levaï, directeur de la rédaction de France Inter, s’occupe de contacter les Palestiniens. Léon Schwartzenberg, le célèbre cancérologue, fait de même avec Israël. La FFF et la FIFA son aussi dans le coup. Le gouvernement français, lui, fait comme s’il n’avait rien vu.

«Alain Juppé, alors Ministre des affaires étrangères, n’a jamais rappelé Michel Platini, qui l’avait prévenu par correction», raconte Vendroux. Le Variété club de France, sans autorisation officielle, atterrit donc à Tel Aviv le vendredi 8 octobre. Au programme deux matchs, le premier à Jéricho contre une sélection palestinienne montée à la va-vite avec les 20 meilleurs joueurs du pays, le second à Tel Aviv le lendemain face à une équipe de vétérans israéliens. «On n’avait pas décidé de l’ordre, mais dans les faits, c’était une reconnaissance du peuple palestinien. On se mouillait politiquement». Jacques Vendroux se souvient encore du long chemin, en car, jusqu’au stade de Jéricho. «Des enfants palestiniens avec des drapeaux français de partout. Et à l’arrivée, 20 000 personnes dans un stade qui pouvait en contenir au maximum 5 000. Dans le vestiaire, un type est rentré pour nous lire une lettre d’Arafat qui nous remerciait».

«La tournée la plus symbolique du Variété»

Partis d’Orly en catmini, les joueurs du Variété deviennent en un après-midi des héros de la diplomatie. Mahmoud Jerad, l’unique buteur d’un match d’une heure, disputé sur un terrain sablonneux, est célébré comme un dieu vivant en Palestine. En France, la rencontre fait l’ouverture des deux 20h, tandis qu’une centaine de caméras immortalise l’évènement. «Vous avez réussi ce que nous, politiques, n’avons jamais réussi à faire», les félicitera Jacques Chirac à leur arrivée à Brive, le dimanche, pour un déplacement prévu de longue date. «Il ne faut pas se leurrer, on a joué du devant un public 100% palestinien à Jéricho et un public à 100% israélien à Tel Aviv, juge Jacques Vendroux avec le recul. Mais c’est de loin le match le plus symbolique de l’histoire du Variété». Et le plus précurseur, 21 ans avant Palestine-Japon, lundi, en Coupe d’Asie.

Une sélection palestinienne était déjà venu jouer en France en 1982, à l'initiative de la FSGT. Trois ans plus tard, des rencontres ont cette fois lieu en Palestine. Mais l'histoire ne retient pas ces rencontres dont l'initiative revient à la Fédération sportive et gymnique du travail, qui n'est pas affilié à la FFF.