Coupe Davis: Et si Tsonga, Monfils, et les autres devaient quitter la Suisse à cause du forfait fiscal?
TENNIS•Un référendum national sur la situation fiscale des étrangers la semaine prochaine pourrait mettre fin aux privilèges des joueurs français….Julien Laloye
Des semaines qu’on vous rabâche les oreilles de ce week-end de Coupe Davis, comme si la vie du tennis français en dépendait. En fait, il se pourrait bien qu’on vous ait menti. Pour les joueurs tricolores, le dimanche le plus important de l’année, ce sera la votation du 30 novembre prochain, en Suisse. La question posée aux citoyens, sur le modèle d’un référendum: «Faut-il abolir les privilèges fiscaux»? Tous installés au pays des montages enneigées et des vaches à clochette en raison de la beauté des paysages et de la douceur du fisc local, Gasquet, Tsonga, Monfils, Simon et Benneteau peuvent trembler.
La fin de l'impôt à la dépense?
Si le «oui» l’emporte, c’en est fini du fameux forfait fiscal suisse, grâce auquel «les étrangers ne sont imposés ni sur leur patrimoine, ni sur leurs revenus, mais selon leurs dépenses, qui sont estimées à partir de différents critères», explique Philippe Kenel, avocat fiscaliste à Genève. Un peu différents selon les cantons, les critères en question, peuvent se résumer comme suit: soit le contribuable étranger est imposé sur la base de la valeur de son logement, soit, si le bien n’est pas assez cher, sur une assiette minimum de 300 000 francs suisses, environ 230 000 euros. Ce qui fait dans tous les cas beaucoup moins que s’il était imposé sur son revenu : l'impôt moyen annuel payé par les contribuables concernés a été d’un peu plus de 100.000 euros en 2012.
«Une formule spécialement faite pour les profiteurs, ces grandes fortunes qui font semblant de gérer leur holding depuis la Suisse», peste Frédéric Charpié, l’ancien président de La Gauche, l’équivalent du Front de gauche là-bas. C’est son parti qui est à l’origine de l’initiative populaire, laquelle a rassemblé à temps les 100 000 signatures nécessaires pour arriver jusqu’au vote national, grâce à un petit coup de main du PS, qui a trouvé le bouc émissaire parfait. «Pourquoi Stan Wawrinka paierait-il plus d’impôts que Jo-Wilfried Tsonga?», répète en boucle Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse. «Disons qu’il a pris la balle au bond, sourit Charpié. Mais ce n’est pas une mesure contre les tennismen. Tsonga, c’est des cacahuètes par rapport à ce que devrait payer le fondateur d’Ikea».
Le non devant dans les sondages
En effet, ni Tsonga, ni aucun de ses camarades ne figurent parmi les 300 résidents suisses les plus riches, au contraire des Hallyday, Aznavour ou Delon. «Je vais être méchant, mais vos tennismen ne sont pas top-top, confirme Kenel. Par contre, si l’initiative passe, tous les riches français et les autres quitteront le pays». Ce n’est pas le sens des sondages, qui donnent pour l’instant le non légèrement vainqueur. Et cela fait peu de cas de l’attachement développé par nos tennismen pour leur vie en Suisse: «Ce que j’aime ici, c’est que personne ne vient m’embêter, déclarait Tsonga cette semaine dans L’Equipe. Je suis aux pieds des montagnes, je fais des sorties à vélo, tout ce que j’adore. Ce n’est pas impossible que je reste ici une fois ma carrière finie». Forfait fiscal ou pas forfait fiscal?


















