Cyclisme: Génie du sprint ou tête à claques, mais qui est vraiment Nacer Bouhanni?

CYCLISME Le Français dispute la course en ligne des Mondiaux dimanche, précédé de quelques faits d'armes et d'une sulfureuse réputation…

Romain Baheux

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Nacer Bouhanni sur le Giro le 16 mai 2014.
Nacer Bouhanni sur le Giro le 16 mai 2014. — Fabio Ferrari/AP/SIPA

A la FDJ.fr, Nacer Bouhanni ne postule plus au titre de l’employé du mois. La faute à une interview parue début septembre dans L’Equipe Magazine où le sprinteur a dézingué son futur-ex patron Marc Madiot et la gestion de son cas. Privé de course sous le maillot de sa formation en guise de sanction, Bouhanni a donc dû préparer les Mondiaux, où il est l’un des atouts tricolores dimanche sur la course en ligne, seul sur ses routes vosgiennes.

Passé professionnel en 2011, le Français ne s’est jamais embarrassé des convenances et divise le monde du vélo. Dans le peloton, on s’est habitué à ses coups de sang et son ambition dévorante. Cette dernière a poussé le meilleur sprinteur du dernier Giro à fuir la FDJ.fr, qui lui a préféré Arnaud Démare pour le Tour, et à rejoindre Cofidis, équipe entièrement organisée pour lui préparer des arrivées sur mesure. Ses nouveaux partenaires vont devoir s’habituer à ses exigences. «Dans ce milieu, celui qui ne dit pas que tout est rose, qu’il est ravi d’une deuxième place, il dérange, glissait-il dans les colonnes de L’Equipe Magazine. Moi, je dis les choses, poliment et droit dans les yeux.» «Il a horreur de perdre, confirme son ex-équipier à la FDJ.fr, Sandy Casar. En cas de défaite, il pouvait nous dire des choses vexantes qu’il ne pensait pas forcément. Une heure après, c’était oublié mais il fallait le laisser à ce moment-là.»

«Les coureurs qui font des vagues ne sont pas bien vus»

Teigneux, Bouhanni ne craint pas grand-chose. Pas même d’aller frotter dès sa première saison à un vieux roublard du sprint comme Alessandro Petacchi pour se faire un nom. L'Italien n'est pas le seul à avoir pesté contre les arrivées folles du Français. Kamikaze? «A ses débuts, il se moquait de savoir qui était à côté de lui au sprint et il faisait pas mal d’écarts, explique Sandy Casar. Maintenant, il a pris de l’assurance et il s’est calmé.» «Les risques qu'il prend, c'est dans les 400 derniers mètres alors que certains font des trucs stupides toute la journée. Cavendish est plus dangereux que lui, poursuit Romain Feillu, coureur chez Bretagne-Séché. Il ose pas mal de choses mais ça reste dans les règles.»

Et en dehors du vélo? Ses sautes d’humeur dans la défaite et son obsession de la victoire renvoient l’image d’un personnage arrogant et pas très abordable. «Dans les faits, il est assez sympa et ne prend personne de haut, décrit Romain Feillu. D’autres incarnent les gendres idéaux sur la photo et sont beaucoup moins ouverts dans les faits.» «On rigole pas mal et on s’apprécie, raconte Samuel Dumoulin, coureur chez AG2R La Mondiale. Il n’a pas un mauvais fond et son discours est plutôt courageux dans ce milieu car les coureurs qui font des vagues ne sont pas toujours bien vus.» Ça, Nacer Bouhanni s'en préoccupe assez peu.