US Open: Faut-il faire confiance à Gaël Monfils pour battre Federer?

TENNIS Le Français prouve à New York qu’il a mûri en tant que joueur et en tant qu’homme avant son quart de finale face au Suisse…

Julien Laloye

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Gaël Monfils, le 1er septembre 2014 à New-York.
Gaël Monfils, le 1er septembre 2014 à New-York. — Ella Ling/BPI/REX/REX/SIPA

Pas une glissade pour faire le show sur le court Arthur Ashe. A peine une petite colère passagère pour une sombre histoire de challenge non favorable. On n’a pas reconnu Gaël Monfils face à Grigor Dimitrov en huitièmes de finale de l’US Open. Depuis le début du Grand Chelem new-yorkais, le 24e mondial semble prendre un malin plaisir à démonter toutes les idées reçues qui circulent sur lui. Elles sont pourtant nombreuses.

Monfils est ingérable au quotidien

Ca pourrait être une question de Trivial Pursuit. Combien le Parisien a-t-il essoré d’entraîneurs depuis ses débuts en pro? Champion, Winogradsky, Gauthier, Chamagne, Rasheed, parmi d’autres, ont un jour pris sous leur aile ce garçon attachant. Avant d’être lassés par le caractère si singulier de la Monf’, capable de balancer un match à Miami «parce qu’il ne se sent pas bien dans sa tête», ou de sécher Wimbledon «car il a des problèmes personnels à régler».

A Roland-Garros, c’est son père Rufin, raquette à la main, qui faisait le job, au plus grand étonnement des suiveurs. «J’ai juste besoin d’être heureux dans ma vie pour être bon sur le court, rétorque Monfils. En ce moment, je parviens à mieux gérer mes émotions, et mes parents sont là pour me donner confiance en moi.» Tout Monfils est réuni là-dedans: un formidable athlète à la fragilité émotionnelle exacerbée, pour le pire et le meilleur. A New York, c’est tombé sur le meilleur.

Monfils n’a pas de fil directeur sur le court

Le Gaël tennisman peut être aussi déconcertant que l’homme. Capable de tenir tête à Djokovic au concours de barres à mines, comme de donner des envies de meurtre lorsqu’il se saborde tout seul face à Murray à Roland-Garros. A l’US Open, rien de tout ça. Monfils, concentré comme jamais, n’a pas lâché un set à Gasquet et Dimitrov. «Je crois qu’il a compris quelque chose, il a eu un petit déclic, confie Henri Leconte. Il a compris que pour battre les meilleurs, il fallait jouer du premier au dernier point, et toujours rester dans la même filière. S’il arrive à tenir cette cadence contre Roger Federer, on peut espérer une demie.»

C’est en tout cas la première fois que Monfils va si loin dans un Grand Chelem sans donner l’impression de marcher sur un fil. Mais ça ne veut pas dire que ça va durer, témoin ce mini pétage de plomb qui a failli lui coûter le deuxième set contre le Bulgare. «C’est la façon dont je me relâche, plaide le France. Quand je suis très concentré, sur ce type de match, je n’ai pas beaucoup d’émotions et du coup je bous, il faut que je me lâche.» Pas trop quand même.

Monfils n’exploite pas tout son potentiel

Les cadors, de Djoko à Murray en passant par Federer, sont unanimes. Il n’y a pas plus athlétique que «La Monf» sur le circuit, quand il n’est pas blessé. Sauf que cette soi-disant supériorité ne se voit pas assez sur le court. «C’est un athlète incroyable. Mais j’ai l’impression qu’il se sent presque trop fort. C’est le problème des athlètes immenses, ils se sentent trop en sécurité», avait un jour tranché Agassi. A Paris, Monfils avait ainsi tranquillement expliqué s’entraîner avec des sparrings de niveau deuxième série pour préparer Roland-Garros, ce qui ne l’avait pas empêché de passer à un set des demi-finales.

«J’ai toujours eu l’impression qu’il devait faire mieux, juge Gilles Simon. Quand je vois ce potentiel gâché, ça me gonfle.» «Gilou» a pris les choses en mains à New York, jouant carrément au coach de luxe pour remonter «La Monf» avant son quart de finale face à Federer. «Il y a des phases de jeu précises sur lesquelles j’ai insisté. Il peut se passer quelque chose ici contre Roger en cinq sets. S’il gagnait le tournoi, je ne serais pas surpris.» Nous non plus.