Maxime Bossis: «Pas une semaine sans qu'on m'aborde pour parler de ce France-Allemagne!»

FOOTBALL L'ancien défenseur des Bleus raconte le France-Allemagne de 1982 et son tir au but raté

Propos recueillis par David Phelippeau
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Maxime Bossis et Harald Schumacher en 1982 à Séville.
Maxime Bossis et Harald Schumacher en 1982 à Séville. — AFP

Il nous raconte son France-Allemagne. Le 8 juillet 1982, à Séville, les Bleus perdent en demi-finale de la Coupe du Monde contre les Allemands aux tirs au but. L’ancien Nantais Maxime Bossis s’en souvient.

L’image de ce France-Allemagne?

La sortie de Schumacher sur Battiston. Je le vois faire une faute incroyable, l’arbitre reste stoïque. On a eu très peur pour Battiston. On critique les arbitres aujourd’hui mais sur ce genre de fautes, ils siffleraient tous faute et expulseraient sur le champ Schumacher.

Vous avez encore beaucoup de regrets par rapport au résultat?

La défaite a été la vraie déception. On peut s’en prendre qu’à nous-mêmes. Quand on mène 3-1 en prolongation, on doit évidemment dégager dans les tribunes. Mais on était une génération qui faisait du jeu sans penser à bien défendre. On l’a compris après ce match. Cette défaite nous a beaucoup appris notamment pour l’Euro en 84 (victoire des Bleus). Donc, oui, il y a des regrets éternels par rapport à ce match. On refait souvent le film du match. Et même si on voulait oublier ce match, ce n’est pas possible car on nous en parle tout le temps. Il ne passe pas une semaine sans qu’on m’aborde dans la rue pour me parler de la génération de 80 et au bout de 30 secondes, c’est ce France-Allemagne qui revient. Les gens se rappellent souvent ce qu’ils faisaient ce jour-là et où ils étaient.

Quand vous y repensez, qu’est que cela vous procure?

Cela ne me procure pas forcément de plaisir mais j’ai pris du recul par rapport à ça. Au départ, c’était de la tristesse et un sentiment de culpabilité quand on passe si près d’une finale de Mondial. Maintenant, je me dis que c’est un match qui restera dans la légende des rencontres de Coupe du monde.

Comment vivez-vous le fait d’avoir manqué un tir au but?

Je n’en ai plus jamais tiré depuis. Je suis resté traumatisé par ça. Après dans le jeu, je n’ai pas été traumatisé car j’ai enchaîné derrière avec une saison extraordinaire au FC Nantes avec un titre de champion de France en 83. Les tirs au but, en revanche, ça n’était plus pour moi après cet échec.

Vous avez dû vous refaire le film souvent?

Evidement, je me suis refait le film. Je n’étais pas prévu dans les cinq premiers tireurs donc je n’étais pas préparé psychologiquement à ce tir au but (il était le sixième tireur). J’ai hésité jusqu’au but pour savoir quel côté j’allais choisir. Je me suis toujours demandé pourquoi j’ai autant assuré le coup et essayé de placer le ballon alors que j’étais tout à fait capable de le placer de l’autre côté ou de tirer en force au milieu. Plus de 2.000 fois, je me suis dit que j’aurais dû tirer autrement ce tir au but. Après, j’ai vu que d’autres en ont raté comme Platini en 86 mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de tristesse et de culpabilité quand on rate un tir au but.

Vous vous souvenez parfaitement du moment où vous partez le tirer?

Je me souviens de mon départ du rond central et de ma marche jusqu’au point de penalty. Ça m’a paru durer une éternité. Je me rappelle aussi que je me disais: «Qu’est ce que je fais? Je place le ballon où? Je tire en force?» J’ai sans doute trop hésité avant ce tir au but. On me parle tout le temps de ce tir au but manqué. C’est impossible pour moi de ne pas m’en souvenir mais je n’en ai quand même jamais fait de cauchemars.