Dépression chez les footballeurs: «Je pensais que j'étais malade», raconte Guillaume Borne
FOOTBALL•Ancien professionnel à Rennes et Boulogne, le défenseur raconte sa descente aux Enfers...Antoine Maes
«Je commence un petit peu à ressortir du trou». A 26 ans, Guillaume Borne n’est plus footballeur professionnel, mais il revient de loin. S’il joue aujourd’hui à Vitré (CFA), ses quelques mois de chômage l’ont plongé dans une dépression dont il sort à peine. Un cas absolument pas unique selon une étude de la FIFpro, le syndicat mondial des joueurs. L’ancien rennais a décidé de raconter son histoire, un sujet pourtant tabou dans le football.
Comment avez-réalisé que traversiez une période de dépression?
La dépression c’est vraiment une maladie et on ne s’en sort pas comme ça. J’ai eu une grosse baisse de morale, je me sentais inutile. Depuis l’âge de 13 ans, je fais du foot tous les jours, et je pensais que je ne pouvais rien faire d’autre. Je n’ai pas trouvé de club après Beauvais, il y a deux ans. J’étais scotché au téléphone pour qu’on m’appelle, et ça ne sonnait plus. Je me suis entretenu en juillet, mais en août, j’ai commencé à perdre confiance, je m’entraînais de moins en moins. Et en septembre, impossible de courir 20 minutes. J’ai perdu 8 kilos, je n’avais plus de muscle. Je faisais des crises d’angoisse trois fois par jour. Mon sternum se contractait, je n’arrivais plus à respirer. Je pensais que j’étais malade, mais je ne connaissais pas vraiment les termes de la dépression.
Est-ce que vous vous sentiez fragile même quand vous jouiez en pro?
C’est allé très vite pour moi, peut être trop, et au premier accro j’ai douté. Avant je réfléchissais trop. Dès que je faisais une mauvaise passe, je la ressassait pendant 10 minutes sur le terrain. Yann M’Vila a été critiqué, mais il a un mental, il ne doute jamais. Les médias, les spectateurs, ça joue, mais la pression on se la met soi-même. Moi je n’ai pas eu la carrière que j’aurai pu avoir à cause de mon mental. Là je ne réfléchis plus, je ne suis plus le petit gentil Guillaume.
Est-ce que les pros sont sensibilisés à ces risques?
Il faudrait qu’on le soit dans les centres de formation. A Rennes, il y avait un psy, mais ce n’était qu’occasionnel. Il n’y a pas de prévention. Et après, sorti de la famille et d’un ou deux potes d’enfance, on se retrouve tout seul. J’ai côtoyé des centaines et des centaines de personnes qui m’appelaient après les matchs. Là, c’est simple, j’ai effacé de mon répertoire les gens qui ne m’ont pas appelé: Je suis passé de 1000 contacts à 300.
Est-ce qu’on vous a fait comprendre qu’en tant que footballeur, vous n’aviez pas le droit de vous plaindre?
C’est vrai qu’au niveau financier on n’a pas le droit de se plaindre. Par rapport à un ouvrier qui se fait licencier, c’est délicat. Mais on est des humains, on a le droit de dire ce qu’on ressent. On va me dire que j’ai pris du pognon? Je me suis préparé depuis l’âge de 13 ans, âge auquel j’ai quitté ma famille, il y a des concessions que les gens ne voient pas forcément. Oui, pendant 5 ans, j’ai bien gagné ma vie. Mais la moyenne des joueurs de L1, c’est 40.000 euros par mois, je n’étais même pas à celle des joueurs de L2, il faut arrêter de croire que je touchais le million tous les ans.
Tout raconter peut-il vous nuire, en renvoyant l’image d’un homme fragile?
Si j’étais fragile, j’aurai fermé ma bouche, comme depuis le début. Oui j’ai été fragile, je le dis haut et fort. Mais là, je peux marquer cinq buts contre mon camp dans un match, sur le coup je serai dégouté, mais ce ne sera rien par rapport à ce que j’ai vécu et par rapport à des gens normaux qui se font licencier. Et un joueur censé qui peut raconter des trucs comme ça, ça peut aider dans un collectif et sur un terrain.


















