Sotchi 2014: Les Jeux de Simon, l’autre Fourcade
BIATHLON•Dans l’ombre de son frère cadet, le plus expérimenté des Fourcade vit des JO frustrants…Romain Scotto
De notre envoyé spécial à Sotchi (Russie),
A Sotchi, il ne suffit pas de porter le nom de Fourcade pour collectionner les médailles. Dans l’ombre de Martin, le double champion olympique de biathlon, son frère Simon vit des Jeux un peu plus contrastés. Tournant généralement autour de la 15e place, l’aîné des Fourcade a terminé la plupart de ses courses sans avoir eu l’impression de pouvoir s’exprimer. Frustré. «J’avais les jambes pour faire quelque chose de grand», «j’ai des regrets», «j’étais bien aujourd’hui», «c’est dommage pour moi», sont des phrases qu’il a l’habitude de distiller. A chaque fois, Simon Fourcade a manqué d’un soupçon de réussite comme lors de la mass start, qu’il a dû abandonner, le nez dans la neige après une chute. Ou peut-être «de ce petit brin de magie qui fait que tu passes de la dixième place au podium», commente son frangin.
Pour Martin, Simon réalise d’ailleurs «de bons JO», compte tenu de son début de saison poussif et de l’opération des deux tibias subie l’année dernière. Il serait même sur la bonne voie pour retrouver le niveau qui était le sien il y a trois ans, lorsqu’il s’était installé dans le top 5 mondial. «Ce n’est pas facile, mais je pense qu’il repart pour quatre ans. Je pense qu’il commence, à 30 ans, à toucher du doigt des choses qui l’ont limité jusqu’ici», analyse Martin, jamais bien loin.
Pas jaloux de son petit frère
Ces derniers jours, les deux frères ne se sont d’ailleurs pas quittés. Que ce soit pour leur footing matinal, les repas ou les soirées au village. Alité en raison d’une pharyngite, Martin se serait même fait servir le petit-déjeuner au lit par son frangin, bienveillant en toutes circonstances. Après les courses, c’est aussi Simon qui se prête au jeu des interviews fleuves pour décrypter la réussite familiale. Mettre des mots justes, parfois touchants, sur les exploits de ce frère «en or» et ce biathlète «dans la stratosphère depuis trois ans, si facile que ç’en est presque écœurant.»
A Vancouver il y a quatre ans, l’aîné avait pourtant beaucoup plus de mal à évoquer ce cadet précoce, médaillé d’argent pour ses premiers Jeux. A l’époque, Simon admettait une pointe de jalousie face à ce frère plus talentueux et désormais plus exposé médiatiquement. «Aujourd'hui, Simon partage la joie de son frère, mais il fait aussi sa carrière de son côté», glisse Marcel, le paternel. Lors de la première fête à la médaille, au club France, il aurait bien voulu trinquer avec ses deux fils, mais Simon a préféré rester au village, comme pour ne pas prendre la lumière réservée à son frère. Simon attend d’avoir sa propre médaille autour du cou avant de descendre. Avec le relais de samedi, il n’est pas impossible que les deux Fourcade fassent le trajet ensemble.


















