Sotchi 2014: Coline Mattel, la fille du jour J

Julien Laloye

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Coline Mattel, après sa médaille de bronze en saut à ski, lors des JO de Sotchi, le 11 février 2014.
Coline Mattel, après sa médaille de bronze en saut à ski, lors des JO de Sotchi, le 11 février 2014. — AFP PHOTO / JOHN MACDOUGALL

On pensait qu’un type qui a amené Fabrice Guy au titre olympique à Albertville en avait vu d’autres. Pourtant, l’éternel coach de l’équipe de France de saut à ski, a la larme facile quelques minutes après la troisième place de Coline Mattel, mardi soir, sur le petit tremplin de Sotchi. «Quel mental elle a, quel mental elle a… Hier [lundi], on n’en menait pas large. Elle n’avait fait que des mauvais entraînements depuis qu’on est arrivés, pas un seul saut dans les dix. Personne, pas un seul entraîneur ne la mettait sur le podium. Mais c’est Coline. Elle ne lâche jamais.»

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Même pas quand le talent ne suffit plus à la faire sauter plus loin et plus haut que ses rivales. Ovni de la discipline il y a encore deux ans, la Française avait peu à peu à reculé dans une hiérarchie mouvante, avant de se remettre en question fissa l’été dernier. Terminés les repas à rallonge et les petites gâteries en dessert, pour une fille trop sensible à la balance dans un sport où le moindre écart de poids ne pardonne pas. «Ça a été dur.  Je me suis tiré sur la gueule à l’entraînement toute la saison. Chez moi, j’ai arrêté les grignotages, j’ai pris l’habitude de me lever de table quand tout le monde se resservait. Le Réveillon, je suis allée me coucher tôt. Mais une soirée difficile à passer en échange d’une médaille olympique, ça vaut le coup!» La progression n’est pas immédiate pour autant. La faute à cette satanée tendance à sortir trop tôt du templin.

«Je me préparais pour la médaille, pas pour le reste»

«Coline est une fille agressive, là elle s’est concentrée à ne pas faire sa faute timing qu’elle fait souvent depuis deux ans, c’est pour ça que le deuxième saut est un peu juste ce soir.» Dommage, car le premier n'était pas loin d’être exceptionnel. Pas le plus long (99,5m, contre 103 pour Vogt, la médaillée d'or), mais le mieux noté par les juges, et de loin. La deuxième place provisoire de la sauteuse des Contamines pouvait alors laisser penser que l’exploit serait plus monstrueux encore. Tant pis «Je ne pense pas qu’elle doive être déçue, rassure Léa Lemare, sa copine d’entraînement. Le deuxième saut est moins bon, mais elle a la médaille. Avant de partir, elle était détendue, j’ai senti qu’elle savait ce qu’elle voulait, qu’elle savait qu’elle allait le faire.»

L’air un peu mutin, quelques jours auparavant au club France, Mattel avait annoncé que la Japonaise Takanashi n’était pas intouchable, et que sa septième place aux bilans mondiaux ne voulait rien dire. Elle ne s’était pas trompée. «J’ai longtemps douté cette saison parce que mes efforts ne payaient pas forcément. Mais je me préparais pour les JO, je me préparais pour la médaille, pas pour le reste.» C’est réussi.