Ian Thorpe: «Le cerveau a besoin d'une substance de remplacement», selon Laurent Karila, addictologue

ADDICTION Comme l'ex-vedette de la natation australienne Ian Thorpe, retrouvée dans une rue de Sydney après une surdose de médicaments dimanche, beaucoup de sportifs de haut-niveau à la retraite souffrent d'addictions...

Propos recueillis par Camille Belsoeur

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Ian Thorpe devant la maison de ses parents à Sydney, le 2 février.
Ian Thorpe devant la maison de ses parents à Sydney, le 2 février. — Justin Lloyd/Newspix/RE/REX/SIPA

Le problème n’est pas nouveau. Une fois leur carrière terminée, loin des paillettes, des mises au vert et de la gloire des stades, beaucoup d’athlètes de haut-niveau gèrent mal la transition brutale avec la vie réelle et sombrent dans la dépression, qui va souvent de pair avec l’addiction à l’alcool ou la drogue. Le cas Ian Thorpe, ex-roi des bassins retrouvé hébété dans les rues de Sydney après l’ingestion d’un cocktail de médicament, illustre parfaitement ce problème majeur dans le monde du sport de haut-niveau. Une thématique que connaît bien le docteur Laurent Karila, psychiatre spécialiste des addictions et auteur du livre «Accro».

Pourquoi, comme Ian Thorpe, de nombreux sportifs à la retraite s’abîment dans l’alcool ou toutes sortes de drogue, une fois leur carrière terminée?

C’est comme dans toutes les populations qui sont vulnérables, il y a des gens qui cherchent de fortes sensations. Les sportifs eux cherchent une substitution à l’adrénaline qu'ils pouvaient éprouver en compétition. Leur cerveau a besoin d’une substance de remplacement. C’est ce phénomène qui déclenche l’addiction.

Quels sont les sports les plus touchés par ce phénomène d’addiction?

Je vois des sportifs de toutes les disciplines. Mais c’est un phénomène qui est le plus répandu dans des disciplines comme le cyclisme, l’haltérophilie ou le rugby. Ce sont des addictions plus liées au dopage dans le cyclisme ou l’haltérophilie. Pour le rugby c’est différent, ce sont plutôt des addictions à l’alcool avec notamment la fameuse 3e mi-temps des rugbymen. Mais globalement, des sportifs de toutes les disciplines sont touchés.

A quelle moment l’addiction touche t-elle les sportifs à la retraite?

Parmi mes patients qui sont d’anciens sportifs de haut-niveau, je vois beaucoup de sportifs à la retraite depuis pas mal de temps: parfois plusieurs mois après, plus souvent quelques années.

Comment limiter ces pratiques addictives pour prévenir des cas comme celui de Ian Thorpe?

Il faut faire de la prévention dans le monde du sport, et repérer les athlètes susceptibles d’avoir des comportements à risques. On peut le faire. Cela passe par des campagnes de dépistage. Il faut les suivre tout au long de leur carrière.