Dakar 2014: «Beaucoup de gens ne comprennent pas le rôle de porteur d’eau»

Propos recueillis par Romain Baheux

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Michael Metge, porteur d'eau de Cyril Despres, le 14 janvier 2014 sur le Dakar.
Michael Metge, porteur d'eau de Cyril Despres, le 14 janvier 2014 sur le Dakar. — 20 MINUTES / DR

De notre envoyé spécial à Antofagasta (Chili)

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Il est son ombre. En moto, Michael Metge est ce qu’on appelle un porteur d’eau, un pilote chargé d’assister un autre pendant la course. Pour son deuxième Dakar, l’équipe Yamaha lui a confié comme mission de veiller sur le tenant du titre, Cyril Despres. Quatorzième au classement général au départ de la dixième étape mercredi, le Français vient pour acquérir de l’expérience, avec le rêve de remporter un jour ce rallye-raid.
 
Comment définiriez-vous votre rôle?
Je dois jouer la carte de Cyril. Il faut faire attention à la mécanique, ne pas endommager la moto et avoir les pièces tout le temps disponibles en cas de souci. Lors des étapes-marathons, j’ai ainsi préservé au maximum mes pneus pour lui donner le soir de la première partie de l’épreuve. En général, on est sur la même piste. L’obligation, c’est que je sois tout le temps derrière lui mais comme on est sur la même piste, il y a des chances pour que je lui tombe dessus s’il a un problème.
 
Qu’est-ce que Cyril Despres représente pour vous?
Mon père était concurrent sur le Dakar donc je regardais la course à la télévision. Ça me passionnait tellement que j’étais monté sur mon vélo Piwi en disant que j’allais le rejoindre. Plus tard, Cyril faisait partie des Français, et en l’occurrence un très bon. J’étais impressionné mais je le suis encore plus maintenant. Je comprends pourquoi il a gagné cinq Dakar en le voyant travailler.
 
Apprenez-vous des choses à son contact?
Certains disent qu’ils ne lâchent rien dans la spéciale mais lui, il le fait pour de bon. Le plus fort chez lui, c’est son mental. Il y a aussi une discipline à avoir. Quand on arrive, il est très discipliné et on se met rapidement à préparer nos affaires pour le lendemain et le roadbook. C’est une discipline qu’il faut acquérir, Cyril fixe une ligne de conduite. Je progresse plus vite en étant là que dans une équipe où je serai le pilote n° 1. Je ne peux pas prétendre à gagner le Dakar l’année prochaine ou même celle d’après. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.
 
Devez-vous vous retenir d’accélérer parfois?
Quand je rentre dans une spéciale, je me fixe un rythme et je ne le lâche pas pour bien sentir. Je m’en voudrais de ne pas pouvoir aider Cyril en course. A la base, je suis un garçon patient, qui prend le temps d’agir.
 
Comprenez-vous que votre statut suscite une certaine incompréhension?
Rien ne m’atteint. Le plus important, c’est d’être là. Je sais qu’il y a de la critique mais ça ne me touche pas. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce rôle-là mais il faut venir sur le Dakar pour se rendre compte de la difficulté de la course. Rouler vite, c’est facile sur cette course. Tenir longtemps, c’est difficile et il faut de l’expérience. J’évite de regarder mon téléphone, avec tous les messages que je reçois de France. Je n’ai pas envie de lire que je dois accélérer et que je peux faire une encore plus belle place.
 
Comment voyez-vous votre avenir sur cette course?
En me préparant bien physiquement et avec quelques conseils, je sens que je peux faire quelque chose de bien. J’emmagasine de l’expérience en espérant qu’un jour, peut-être, je pourrais viser plus haut.