Dopage: L’athlétisme peut-il se passer des chronos?

R.S.
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Les sprinters Asafa Powell (à g.) et Tyson Gay lors d'une course le 25 septembre 2009 à Séoul, en Corée du Sud.
Les sprinters Asafa Powell (à g.) et Tyson Gay lors d'une course le 25 septembre 2009 à Séoul, en Corée du Sud. — Sipa

«L’important, c’est la place. Pas le chrono.» Quel sprinteur ou coureur de fond n’a jamais prononcé un jour ces mots à l’arrivée d’une course? Aller plus vite, plus loin, plus haut et chercher à exister dans une course effrénée aux records est une chose. Devancer ses adversaires sans chercher à «claquer un temps» en est une autre. Alors que l’athlétisme est secoué par les contrôles positifs de Tyson Gay et Asafa Powell, l’idée de se passer du chronomètre pourrait être explorée pour assainir le sprint.

Pierre-Jean Vazel, ex-entraîneur de Pognon, Arron ou Fasuba, craint qu’une telle mesure ne change rien au problème. Pour lui, ce n’est pas une quête de la performance qui pousse au dopage, «mais plus une quête de l’apparence, un problème d’ego». Le dopage existant dans les sports de duels, dénués de toutes notions chronométriques, il n’y a aucune raison que l’athlétisme y échappe en cas de suppression des temps.

Au mieux, sur les épreuves de fond

En réalité, Vazel ne travaille ni sur les performances ni sur les places à l’entraînement. «On se concentre sur l’exécution de tâches maîtrisées. C’est là-dessus qu’on se focalise, sur le geste. Rien d’autre.» Pour ses athlètes, les chronos n’auraient donc déjà aucune importance et les supprimer n’aurait pas d’incidence. Au mieux, la solution pourrait être envisagée sur les épreuves de demi-fond ou de fond. Des courses où la tactique et la confrontation avec l’adversaire prennent tout leur sens.

Olivier Darnal, le coach de Myriam Soumaré, confirme que les athlètes s’entraînent très rarement pour un chrono. Sauf quand celui-ci est lié à un aspect pécuniaire. Un record battu en meeting s’accompagne souvent d’une prime. Idem pour un chrono sous les dix secondes par exemple, récompensé par un sponsor. «On leur dit, si tu fais tel chrono, tu auras tant d’argent. Ça joue aussi», analyse l’entraîneur qui ne connaît pas ce genre de soucis avec Soumaré. La championne de France du 100m est incapable de citer ses propres chronos et se désintéresse totalement records. Cela lui évite quelques vertiges à l’évocation des 10’49 sur 100m de Florence Griffith-Joyner.