Affaire Jalabert: Le vélo doit-il tout déballer sur le dopage?

Bertrand Volpilhac et Antoine Maes

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Laurent Jalabert le 15 juillet 2007 sur le Tour de France.
Laurent Jalabert le 15 juillet 2007 sur le Tour de France. — F.FIFE/AFP

«Quand on est numéro 1 mondial dans les pires années du dopage et qu’on fait partie de la Once, il ne faut pas se faire d’illusions non plus.» A l’image de David Moncoutié, l’ancien coureur de la Cofidis, c’est peu dire que la révélation d’une prise d’EPO par Laurent Jalabert en 1998 n’a pas fait tomber les cyclistes à la renverse. 

Quinze ans après les faits, «Jaja» est pourtant officiellement entré dans la catégorie très fournie des coureurs dopés. Le tout sans reconnaître la prise d’EPO, s’enfermant dans un système de défense débité sur l’air du «à l’insu de mon plein gré». «Pour être crédible à l’antenne, il faut avouer la vérité, chose qu’il ne fait qu’à moitié. Le dopage était tellement généralisé à cette époque-là que les gens peuvent comprendre que c’était le système qui voulait ça», poursuit David Moncoutié.  

Engoulvent: «On a besoin de montrer aux gens que personne n’est intouchable, même les plus grands» 

Au-delà du cas du Mazamétain, des révélations quinze ans après les faits peuvent elles aider le vélo à passer à autre chose?  «Les affaires, ça fait toujours mal, et là c’est fait pour vendre du papier, regrette Jimmy Engoulvent, le Français de l’équipe Sojasun. Mais même si c’est tard, s’il paie tard, normal qu’il le paie un jour ou l’autre. On a besoin de montrer aux gens que personne n’est intouchable, même les plus grands.» 

Il y a quelques mois, l’idée d’une «commission vérité et réconciliation» avait fait long feu. Le but? Garantir à tous les dopés de venir témoigner en échange d’une immunité. Mais le projet ne verra sans doute jamais le jour. «J’ai du mal à croire que quelqu’un qui a fait une reconversion en dehors du vélo soit prêt à tout déballer, reprend Engoulvent. On avoue rarement comme ça, pour le plaisir d’avouer». 

Moncoutié: «La proportion s’est peut être inversée» 

Et quand les  brebis galeuses sont finalement rattrapées, même des années après, c’est le peloton actuel qui s’en trouve discrédité. Jimmy Engoulvent: «Dire que tout le peloton est sain, on est loin d’être dans ce cas là. Mais je vois des courses abordables qui ne l’étaient pas auparavant. Des jeunes arrivent à faire des perf dès le plus jeune âge. C’est rassurant.»  

Pour David Moncoutié, la proportion de coureurs dopés et de coureurs à l’eau claire (95% et 5%) «s’est même peut être inversée». Plus les révélations s’accumulent, moins il y a de chance que sa mésaventure du Tour de France 2002 arrive à un de ses successeurs. «Je termine 13e et si je ne dis pas de bêtise, les 12 devant moi ont eu une histoire. Mais bon, ça ne sert à rien de refaire les classements, de réécrire l’histoire». Et juste de la raconter telle qu’elle est?