Un doc en marge pour soigner les grands du large

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Ce n'est pas le médecin des marins. C'est un marin qui est devenu médecin. Jean-Yves Chauve a de l'eau salée dans les veines. Ce Pornichétin de 56 ans navigue depuis sa jeunesse. C'est pourtant en blouse blanche qu'il s'est lancé dans la vie professionnelle. Une fois ses études terminées, Jean-Yves Chauve entre comme médecin à l'hôpital de Saint-Nazaire. Mais la Grande Bleue ne le lâche pas. Il commence bientôt à écrire des articles sur la médecine à bord, puis viennent les livres.

En 1987, il propose à l'organisation de la Solitaire du Figaro d'accompagner les coureurs sur la mer et de leur offrir une assistance médicale. « A l'époque, il n'y avait pas de médecin pour les courses au large. J'ai dû m'imposer. J'ai fait ça sur le temps de mes congés, bénévolement. Il me semblait qu'il y avait des choses à faire. »

Sommeil, nourriture, bruit, ergonomie, médecine à distance... Jean-Yves Chauve défriche le terrain. Il se rend indispensable. Avec tant d'efficacité qu'en 1990, il quitte l'hôpital et devient le premier médecin référent français des courses au large. Désormais, depuis sa maison de Pornichet, il accompagne les skippeurs des Routes du Rhum, Vendée Globe et autres Solitaires.

Le grand public fait sa connaissance en 1993. Sur son bateau, Bertrand de Broc se coupe la langue. Depuis son domicile, Jean-Yves Chauve lui explique par fax comment se recoudre. L'opération, une réussite, passionne la France. « Beaucoup de choses ont changé depuis, précise-t-il. Grâce à Internet, les soins s'effectuent désormais en visioconférence. »

La médecine des courses étant devenue son métier, Jean-Yves Chauve consacre désormais son temps libre... aux liens de la mer avec la médecine. Avec la Fondation Nicolas Hulot, il a imaginé d'envoyer des enfants sortis d'une grave maladie faire un voyage en bateau. Pour qu'ils puissent transmettre avec ceux non encore guéris l'importance du milieu naturel marin et leur amour de la vie.

Catherine Normand

Bertrand de Broc, skippeur : « Nous, les navigateurs, on est toujours content de l'avoir au bout du fil. C'est quelqu'un de précieux, devenu incontournable dans le milieu maritime. » Jean Maurel, directeur de la Route du Rhum : « Avec Jean-Yves, on sait que le boulot sera bien fait. Il est disponible 24 heures sur 24. On peut se reposer sur lui. » Bernard Destrubé, ami et confrère : « Il est passionné, et arrive à communiquer sa passion. C'est quelqu'un qui a toujours des idées nouvelles, et qui les réalise avec enthousiasme. »