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EPO et transfusions: Le «système Armstrong» passé à la loupe

EPO et transfusions: Le «système Armstrong» passé à la loupe

CYCLISMEL'Agence antidopage américaine a publié mercredi, son dossier contre le septuple vainqueur du Tour de France et son équipe de l'US Postal...
Philippe Berry

Philippe Berry

202 pages rien que sur Lance Armstrong, plus 800 pages sur le reste de l'équipe US Postal: l'Usada a lâché sa bombe, mercredi, compilant ce qu'elle qualifie de «preuves accablantes» du «programme de dopage le plus sophistiqué jamais vu dans le sport». Morceaux choisis.

Les preuves matérielles

L'Usada a examiné neuf échantillons sanguins d'Armstrong prélevés sur les Tours 2009 et 2010. Ils sont «en accord avec un recours continu au dopage sanguin». Un taux «anormalement bas» de réticulocytes, ces jeunes globules rouges «dont la production est stoppée quand un athlète transfuse son propre sang», a été constaté. Selon le professeur Gore, la probabilité que le phénomène soit naturel est de 1 sur un million.

L'agence ne dispose pas de nouveaux tests positifs à un produit spécifique mais cite néanmoins le contrôle à l'EPO sur le tour 1999 révélé par L'Equipe. L'Union cycliste internationale n'avait pas validé le contrôle pour des raisons techniques, mais «il n'y a pas aucune base scientifique sur une détérioration des échantillons qui aurait pu provoquer l'apparition d'EPO». Selon l'agence, les six échantillons étaient positifs sur les trois critères principaux permettant de prouver un dopage.

Quatre échantillons «suspects» du Tour de Suisse 2001 seraient déclarés positifs s'ils étaient analysés avec les standards d'aujourd'hui, affirme l'agence. Cette dernière a demandé à l'UCI de les lui fournir pour qu'elle puisse les analyser. L'Union cycliste internationale a refusé car Lance Armstrong n'avait pas donné son accord.

Parmi les autres preuves, l'agence dispose de nombreux emails échangés entre Armstrong et le docteur Ferrari (banni à vie par l'Usada en 2010). Le Texan lui a versé plus d'un million de dollars au cours de sa carrière alors qu'il a longtemps nié avoir entretenu une relation professionnelle avec le médecin.

Les témoignages des ex-coéquipiers

11 anciens coéquipiers d'Armstrong à l'US Postal ont témoigné. Des noms connus, comme Hamilton et Landis. Et des nouveaux, comme Leipenheimer, Zabriskie et surtout Hincapie, qui a reconnu mercredi s'être dopé. Selon lui, tout a commencé en 1995, bien avant le cancer de Lance Armstrong. «Il y a eu un changement majeur dans le peloton. Ça devenait difficile de suivre le rythme», témoigne-t-il.

Après Milan-San Remo, Armstrong s'est emporté: «This is bullshit. Des gens prennent des trucs, on se fait laminer». Toute l'équipe ou presque a commencé à utiliser de l'EPO («pas plus dangereuse que du jus d'orange», selon le docteur Ferrari), de la testostérone (mélangée à de l'huile d'olive en massage) et des hormones de croissance.

Plusieurs équipiers, dont Jon Vaughters, affirment avoir vu Armstrong se faire des injections devant eux. «Maintenant que tu en as pris aussi, tu ne peux plus écrire un livre dessus», a plaisanté le septuple vainqueur du tour. Hamilton raconte une visite à la villa de Lance et Kristin Armstrong à Nice. «Mon taux d'hématocrite était bas. Lance m'a dit de me servir dans le frigo. L'EPO était à côté du lait». Landis, lui, s'est rendu à plusieurs reprises chez Armstrong en son absence «pour vérifier la température du frigo» afin de s'assurer que les poches de sang soient bien conservées».

Le rôle de Johan Bruyneel

Lance Armstrong a personnellement fait venir Bruyneel pour occuper le poste de directeur sportif de l'US Postal en 1999. Sa première décision, à la demande d'Armstrong, a été de licencier le médecin de l'équipe, jugé «trop conservateur» dans son administration de produits dopants, pour le remplacer par Luis Garcia del Moral. En 2001, Bruyneel a présenté à l'équipe le docteur Ferrari en expliquant aux coureurs qu'ils pouvaient avoir recours à ses services individuellement en lui versant un pourcentage de leur salaire.

Echapper aux contrôles et masquer les produits dopants

Pour éviter de se faire prendre, l'US Postal travaillait en équipe. Les coureurs avaient pour habitude de ne jamais ouvrir leur porte après une injection. Plusieurs membres évoquent certains hôtels, notamment en Espagne, où ils étaient «quasi-sûrs de ne pas être contrôlés». Des transfusions régulières de sang «propre» permettaient de ne pas ressortir positif à l'EPO, un produit de toute façon indétectable jusqu'en 2000. En cas de besoin, une poche de sérum physiologique n'était jamais loin pour faire baisser le taux d'hématocrite en urgence. Vaughters raconte comment le docteur Celaya, en 1998, a amené à Armstrong une poche en la cachant sous son imperméable «sous le nez des testeurs». Lors d'un contrôle inopiné en 2000, sachant qu'Armstrong venait de prendre de la testostérone sur le tour d'Espagne, Hincapie lui a envoyé un texto pour le prévenir. Le Texan a alors abandonné la course.

Intimidation de témoins

«Tu as fais une erreur en témoignant contre le docteur Ferrari. Je peux te détruire», a lancé Armstrong à Filipo Simeoni. La même, ou presque à Floyd Landis: «Quand tu seras à la barre des témoins, on va te massacrer. Je vais faire de ta vie un enfer.» Armstrong a encore envoyé plusieurs SMS d'avertissement à la femme de Levi Leipheimer.

Les réactions d'Armstrong et de l'UCI

Le coureur n'avait pas réagi, mercredi soir. Le président de la fondation Lance Armstrong, Doug Ulman, a toutefois publié un communiqué: «Nous sommes fiers du leadership et de ses incroyables exploits sur, et en dehors, du vélo». Malgré le scandale, l'association de lutte contre le cancer a récolté 33,8 millions de dollars sur les douze derniers mois.

L'Union cycliste internationale, elle, a expliqué qu'elle examinerait «toutes les informations reçues afin de considérer les questions d'appel, de reconnaissance, de compétence et de prescription, dans le délai d'appel de 21 jours, requis par le code mondial antidopage».Mais alors que le rapport l'accuse à demi-mot d'avoir couvert Armstrong pendant des années, faire appel obligerait l'UCI à porter l'affaire devant un juge qui se pencherait sur son rôle dans cette affaire.