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Le crash d’un étage de SpaceX sur la Lune relance le débat sur la pollution de l’espace
Ordures en Orbite•Une partie d’une fusée de SpaceX a fini par s’écraser sur la Lune cette semaine, plus d’un an après son lancement. De quoi relancer la question de la gestion des débris spatiaux qui s’accumulent dans l’espaceQuentin Meunier
L'essentiel
- Un étage de fusée Falcon 9 de SpaceX s’est écrasé sur la Lune mercredi.
- Environ 34.000 débris de plus de dix centimètres et jusqu’à 128 millions de fragments de plus d’un millimètre sont recensés autour de la Terre.
- Le nettoyage de l’orbite terrestre se heurte à des obstacles techniques considérables et des considérations légales et économiques.
Un cratère grand comme un court de tennis, au fond d’un désert gris : c’est la trace qu’a probablement laissée l’étage supérieur d’une fusée Falcon 9 de SpaceX en s’écrasant sur l’hémisphère nord de la Lune, mercredi, à plus de 8.600 km/h. L’engin, lancé en janvier 2025, aurait dû s’éloigner du voisinage Terre-Lune une fois sa mission accomplie. Mais un cocktail d’activité solaire et de forces gravitationnelles l’a finalement précipité vers notre satellite. L’événement, sans danger pour la Terre selon la Nasa, n’a rien d’un cas isolé. Il relance une question prise très au sérieux par les astronomes : que faire des débris qui s’accumulent dans l’espace ?
« La présence de débris sur la Lune est un problème distinct de la pollution spatiale en orbite, mais lié », explique Olivier Sanguy, rédacteur en chef à la Cité de l’espace, à Toulouse. Lors d’un lancement, les opérateurs cherchent en priorité à éviter que les étages de fusée ne deviennent des débris incontrôlés, en les faisant retomber dans l’atmosphère terrestre. Cette fois, cette option n’existait pas : l’étage a donc été placé sur une orbite dite « poubelle », loin des trajectoires fréquentées en orbite basse, avant d’être finalement capté par l’attraction lunaire.
Aucune loi internationale
« Sur le principe, il faut évidemment éviter de polluer la Lune, mais le phénomène reste négligeable », tempère Olivier Sanguy. De fait, ce type d’impact n’a rien d’inédit : dès les missions Apollo, entre 1969 et 1972, les troisièmes étages des fusées Saturn V étaient volontairement projetés sur le sol lunaire. Aujourd’hui encore, la Lune, est jonchée d’environ 200 tonnes de débris, ordures et autres restes d’activité humaine.
C’est surtout autour de la Terre que la question devient pressante. On y recense aujourd’hui environ 34.000 débris de plus de dix centimètres, et jusqu’à 128 millions de fragments de plus d’un millimètre, selon les chiffres cités par Olivier Sanguy. De quoi nourrir la crainte d’un scénario dit « syndrome de Kessler », où l’accumulation de débris entraînerait des collisions en cascade, rendant certaines orbites inutilisables. « On n’est pas encore dans ce scénario », précise toutefois le rédacteur en chef de la Cité de l’espace. Le problème, souligne-t-il, c’est l’absence quasi totale de cadre contraignant :
« Il n’y a aucune loi internationale pour la gestion des débris, même pas de code de conduite comme en mer pour savoir qui doit manœuvrer en cas de risque de collision. »
Chaque État reste responsable des activités spatiales lancées depuis son territoire. La France dispose de l’une des législations les plus strictes au monde, imposant aux satellites d’emporter assez de carburant pour pouvoir redescendre d’eux-mêmes, mais cette règle ne s’applique qu’aux opérateurs français. Faute de régulation internationale, c’est surtout l’autorégulation du secteur qui prévaut.
« Les activités en orbite basse génèrent un business important. Les entreprises sont les dernières à vouloir que ça s’arrête. »
Un nettoyage difficile
Face à l’accumulation, l’idée de « nettoyer » l’orbite terrestre progresse, mais se heurte à des obstacles techniques considérables. Un rendez-vous en orbite basse est déjà complexe, il l’est davantage encore avec un « objet non coopératif », c’est-à-dire un débris incapable de manœuvrer et souvent animé d’une rotation sur lui-même. Il faudra sans doute combiner plusieurs solutions selon la nature des objets visés. Sans compter la question de qui doit financer ces opérations.
Autre écueil : le risque de simplement déplacer le problème. La rentrée atmosphérique des satellites en fin de vie provoque une pollution chimique de la haute atmosphère, aujourd’hui jugée négligeable mais dont l’évolution reste difficile à anticiper à mesure que les lancements se multiplient.
Notre rubrique EspacePour l’heure, le danger n’est donc pas tant que l’espace devienne infréquentable, mais que la durée de vie des satellites continue de se réduire à mesure que l’encombrement orbital augmente. Au risque, imagine Olivier Sanguy, « de rendre certaines activités spatiales non viables financièrement ». Et de ralentir tous les progrès permis par l’exploration spatiale.



















