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Quand les skippers mettent la course au large au service de la Science

Ocean Race Europe : Des instruments à bord… Quand les skippers et la course au large se mettent au service de la Science

à l’abordageDe nombreux skippers embarquent des instruments scientifiques à bord de leur bateau afin de collecter des données précieuses sur l’océan
Manon Minaca

Manon Minaca

L'essentiel

  • Les skippers de courses au large embarquent des instruments scientifiques pour collecter des données sur les océans, une pratique de plus en plus courante.
  • Ces voiliers permettent aux scientifiques de récolter des données précieuses dans des zones peu fréquentées qui sont pourtant au cœur de la compréhension du réchauffement climatique.
  • Les skippers s’engagent volontiers dans cette démarche, et cette collaboration est encouragée par les organisateurs de courses, qui ont développé des partenariats avec l’Unesco et l’Ifremer.

Top départ pour les skippers, mais aussi pour une nouvelle vague de science embarquée. Les sept Imoca – une catégorie de voiliers monocoques – engagés dans l’Ocean Race Europe, une course en équipage par étapes dans les mers européennes, partiront de Kiel (Allemagne) ce dimanche à 15h45 pour un peu plus d’un mois de course. L’occasion de se tirer la bourre et de recueillir des données grâce à des instruments scientifiques embarqués sur les voiliers de course, une pratique de plus en plus courante qui transforme les skippers en véritables alliés scientifiques.

En France, la collaboration entre marins engagés dans la course au large et scientifiques de l’Ifremer a commencé dès les années 2000, sous l’impulsion de la chercheuse Fabienne Gaillard, qui avait développé un capteur à mettre sur les voiliers. « La communauté Imoca a vraiment emboîté le pas il y a environ six ans, en réalisant que son grand terrain de jeu se détériorait », raconte Thierry Reynaud, ingénieur de recherche au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale de l’Ifremer.

La Science embarquée

Preuve de cet engagement, de nombreux skippers embarquent désormais des instruments scientifiques sur leurs bateaux. Sur le dernier Vendée Globe, parti des Sables d’Olonne (Vendée) le 10 novembre dernier, plusieurs bouées météo ont été déployées et dix marins ont pris le départ avec un flotteur Argo, qui mesure la température et la salinité de l’eau jusqu’à 2000 m de profondeur. Six bateaux étaient aussi équipés d’instrument de mesure de la salinité et de la température des océans en surface tout au long du parcours, et un avait intégré un système permettant de prélever chaque jour plusieurs tailles de plastiques dans l’océan.

Sur l’Ocean Race Europe, dont le départ est donné ce dimanche, chaque équipage embarque au moins un instrument scientifique. Il s’agit notamment de capteurs de la pression atmosphérique, de la vitesse et la direction du vent ou de la température de l’air, d’appareils de mesure du CO2, de la salinité et de la température de l’eau, d’instruments d’échantillonnage des microplastiques ou de dispositifs permettant l’étude d’organismes marins.

Récolter des données dans des zones reculées

Pour la recherche, ces courses au large représentent donc un vrai atout. « Les Imoca vont dans des régions très au sud ou très au nord dans le cas du Vendée Arctique, pose Thierry Reynaud. On a peu de volontaires pour aller faire des mesures dans ces zones alors qu’elles sont très importantes dans l’étude du réchauffement climatique. »

Dans ce domaine, le Vendée Globe, « parcours unique qui traverse des régions dans lesquelles très peu de bateaux vont », est la course la plus intéressante, estime le chercheur à l’Ifremer. « Avoir plusieurs navires qui sillonnent ces régions en mesurant les mêmes paramètres permet d’avoir un scanner des masses océaniques dans ces zones qu’on n’a pas autrement. » Les données récoltées par ces « navires d’opportunité », comme les scientifiques les appellent, sont donc extrêmement précieuses.

« Une petite pierre à l’édifice »

Pour les équipes de course au large et les skippers, l’engagement semble évident. « Les marins ont une relation très forte avec l’élément naturel, ils naviguent grâce au vent et à l’océan, donc c’est important qu’ils jouent un rôle. D’autant que nous naviguons déjà, donc nous utilisons simplement ce que nous faisons » pour faire avancer la Science, estime Bianca Bertolini, gestionnaire de projet et de développement durable d’Allagrande Mapei Racing, le projet Imoca d’Ambrogio Beccaria. Le skipper italien prendra le départ de l’Ocean Race Europe avec un appareil d’échantillonnage des microplastiques.

« La navigation, c’est évoluer en pleine nature et essayer de la comprendre, donc c’est forcément un sujet sensible pour nous, les marins », appuie Romain Attanasio, skipper français qui a embarqué un thermosalinographe sur son bateau pendant le dernier Vendée Globe. Sur la question du réchauffement climatique, « on voit bien qu’il y a des choses qui changent mais on a du mal à quantifier quoi, explique le navigateur. Donc je fais bien volontiers tout ce que je peux pour aider un peu l’écologie et la compréhension de la nature, c’est ma toute petite pierre à l’édifice ».

Une démarche encouragée

Un coup de pouce qui ne coûte grand-chose aux marins, si ce n’est un peu de temps pour entretenir leur instrument, de tranquillité – « le plus embêtant est le bruit » pour Romain Attanasio – et quelques kilos ou dizaines de kilos supplémentaires sur le bateau. « Ce sont certes quelques contraintes à se rajouter sur une course qui en a déjà bien assez, mais le jeu en vaut la chandelle », tranche le skipper français. D’autant que les scientifiques s’attellent à « fournir des équipements à la fois robustes et simples d’utilisation pour permettre aux marins de ne pas avoir à trop se préoccuper de leurs petits passagers », détaille Thierry Reynaud.

La démarche est vivement encouragée par les directions de courses elles-mêmes. « La classe Imoca et le Vendée Globe sont à fond pour qu’on fasse ces relevés, tout le monde pousse », indique Romain Attanasio. Les deux entités ont un partenariat avec l’Unesco pour participer à la recherche sur la compréhension des océans, partenariat aussi développé avec l’Ifremer.