Cette intelligence artificielle rivalise voire dépasse les pros de la dégustation de vin
innovation•Contre la fraude, la start-up lyonnaise M&Wine mise sur l’IA et les données minérales pour offrir au vin une véritable carte d’identitéMathilde Fulleringer-Roy
L'essentiel
- La start-up M&Wine utilise l’intelligence artificielle pour analyser la composition minérale des vins. Ce qui permet d’identifier leurs origine, terroir et méthode de culture avec une grande précision.
- Cette technologie, qui coûte 150 euros par échantillon analysé, séduit les professionnels du vin pour diverses applications, notamment la lutte contre la fraude.
- Lors d’un challenge organisé par M&Wine, l’IA a surpassé des experts humains en dégustation, démontrant son potentiel, même si l’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de l’accompagner.
Cint cent trente millions d’euros de pertes chaque année à cause de la contrefaçon de vin en Europe, dont 136 millions rien qu’en France, selon l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). C’est ce constat qui a poussé Théodore Tillement à co-fonder la start-up lyonnaise M&Wine. Grâce à l’intelligence artificielle, il propose de certifier l’origine des vins en s’appuyant sur leur composition minérale.
« Chaque vin a son propre passeport minéral, un peu comme un ADN. Celui-ci dépend du terroir, du type de viticulture – bio ou pas –, et des choix de vinification. C’est ce qui rend chaque cuvée unique », explique le jeune homme de 26 ans. Depuis son laboratoire, il a adapté une technologie issue du monde médical – l’ICP-MS, une spectrométrie de masse à plasma induit par couplage inductif avec ablation laser – pour analyser finement la composition minérale du vin. Une fois collectées, ces données sont confiées à une intelligence artificielle capable de reconnaître des profils, comparer des origines, identifier des terroirs.
Un outil de confiance pour toute la filière
Deux millilitres de vin suffisent pour l’analyser. L’échantillon est dilué dans de l’acide nitrique, puis injecté dans la machine ICP-MS. L’analyse prend seulement six minutes. Les données sont ensuite comparées à une base de plus de 40.000 profils. À force d’entraînement, l’intelligence artificielle reconnaît des échantillons jamais vus auparavant, en les rapprochant de ceux qu’elle connaît déjà. L’approche séduit les acteurs du terrain : vignerons, œnologues, maisons de négoce, organisateurs de concours. Certains viennent sécuriser une cuvée primée, d’autres souhaitent anticiper l’effet d’un passage à l’agriculture biologique, ou affiner leurs pratiques d’assemblage. Cette technologie a un coût : 150 euros par échantillon de vin analysé. Ce tarif inclut la préparation, l’analyse, la comparaison avec la base de données et l’interprétation par l’IA.
Le cœur de la promesse, c’est la fiabilité. « Aujourd’hui, il y a des tricheries sur les millésimes, sur les médailles, sur l’origine. Nous, on veut sécuriser ça », précise Théodore. Lorsqu’un vin est analysé, son profil minéral – constitué de quarante éléments – est enregistré dans la base. Cette trace, stable dans le temps, devient une référence. Cette méthode se distingue radicalement des contrôles antifraude actuellement utilisés, qui s’appuient principalement sur les molécules organiques pour authentifier un vin. « Le souci, c’est que l’organique évolue avec le temps : oxydation, élevage, conditions de stockage… Ça bouge. Les minéraux, eux, restent. Ils sont stables, et c’est ça qui nous permet d’avoir une lecture claire, même des années plus tard. »
Experts vs IA
La démonstration est claire : face à des experts, l’intelligence artificielle de M&Wine tient tête – et les dépasse. C’est ce qu’a prouvé le challenge DeepRed, organisé par la start-up le 15 mars. Douze vins anonymisés par huissier ont été analysés par l’IA, puis intégrés à son modèle prédictif chargé d’identifier pays, région et cépage. En parallèle, un panel de onze dégustateurs professionnels, dont un vice-champion du monde de dégustation à l’aveugle, a relevé le même défi. Les résultats parlent d’eux-mêmes : l’intelligence artificielle a identifié la totalité des pays, 83 % des régions et des cépages. Les dégustateurs, eux, ont trouvé la moitié des pays et des cépages et 20 % des régions. « On les a battus, oui, mais ce n’est pas une guerre homme contre machine. C’est une preuve qu’on peut faire mieux ensemble », sourit Théodore.
En plus de la traçabilité, M&Wine développe aussi des usages tournés vers la création. L’intelligence artificielle permet déjà d’imaginer des assemblages cohérents, guidés par les données. De là est née BeaujolAI, une cuvée conçue en partie par l’IA et vinifiée dans le Beaujolais.
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