Coupe du monde 2026 : Pourquoi la « bromance » entre Erling Haaland et Jude Bellingham affole les réseaux sociaux ?
frères ennemis•Anciens coéquipiers au Borussia Dortmund, Haaland et Bellingham se sont affrontés en quart de finale de la Coupe du monde. Si c’est l’Anglais qui est ressorti vainqueur de cette confrontation, c’est surtout leur amitié qui a retenu l’attentionFiona Bonassin
L'essentiel
- L’amitié entre les footballeurs Erling Haaland et Jude Bellingham fait sensation sur les réseaux sociaux car elle défie les codes de virilité du monde du football.
- Cette bromance visible entre deux joueurs permet de remettre en question les normes sociales en montrant une certaine vulnérabilité et une émotion partagée entre les deux joueurs.
- Le succès de cette amitié authentique et sans filtre illustre la soif que nous avons de parler d’amitié et représente une bouffée d’air frais dans un football souvent critiqué pour son individualisme et sa masculinité toxique.
C’est l’histoire qui fait fondre les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Deux des joueurs de football les plus suivis de la planète, assument leur complicité qui dépasse largement le terrain. Sur TikTok et Instagram, les montages s’enchaînent où l’on peut voir des bisous sur la joue, des câlins… Rien d’extraordinaire en apparence. Pourtant ces micro-interactions entre Erling Haaland et Jude Bellingham sont devenues des événements.
Très vite, les internautes se sont emparés des images pour en faire un phénomène qui oscille entre admiration et nostalgie de leurs matchs joués sous les mêmes couleurs. Bienvenue dans la bromance Haaland-Bellingham, le phénomène qui réconcilie (presque) tout le monde pendant cette Coupe du monde.
S’affranchir des codes sociologiques
Deux garçons qui montrent leur amitié devant les caméras du monde entier ne devraient pas créer autant l’évènement. Pourtant depuis quelques jours et même si Erling Haaland et Jude Bellingham se sont affrontés, on ne parle pas du terrain pour de leur relation sur les réseaux sociaux. Les deux stars qui se connaissent depuis des années n’ont jamais hésité à montrer leur proximité et dans le monde parfois encore très traditionnel du foot, se faire des bisous et des câlins relève de l’exploit et d’une pulsion de courage. Pour Alice Raybaud, autrice de Nos puissantes amitiés (ed. La Découverte) si les internautes sont surpris et friands de leurs liens, c’est qu’ils sortent de nos schémas de construction sociale. « Les petits garçons apprennent très tôt qu’ils seront valorisés s’ils arrivent à être entourés de nombreux potes masculins, mais sans se montrer trop intimes avec eux, explique-t-elle. Il faut faire partie du club des garçons. Mais cela suppose aussi de ne montrer aucune vulnérabilité dans leurs liens de camaraderie, car le partage d’émotions ou de tendresse physique est associé à des comportements féminins, que la société présente comme inférieurs. » Si entre elles les femmes peuvent montrer leurs sentiments, les relations entre hommes doivent souvent rester en surface, pour suivre les normes de virilité.
Et si cette glorification massive disait quelque chose de plus profond ? Dans une société où on questionne en permanence les codes de l’amitié entre hommes, cette bromance ultra-visible entre deux hétérosexuels peut servir d’exemple pour une génération qui souhaite s’affranchir des normes. Il existe une difficulté pour eux à exprimer leur besoin de tendresse comme le rappelle Alice Raybaud : « Avec les deux joueurs, on s’en émeut, on s’en étonne. Certainement parce qu’on a trop peu l’occasion de voir des hommes se faire des accolades affectueuses, filmées et retransmises, et en particulier dans le sport masculin, où la performance de la virilité est de mise, et où tout geste pouvant faire penser à une potentielle homosexualité est encore un péril pour la carrière. » Mais s’embrasser et se serrer dans les bras, cela peut faire du bien à tout le monde, même à vous messieurs.
L’amitié c’est tendance !
Cette bromance entre Haaland et Bellingham fascine et elle est célébrée parce qu’elle est perçue comme authentique, virile et tendre. Pendant leur confrontation sur le terrain remporté 2-1 par les Three Lions, tous les regards étaient braqués sur eux pour assister à leurs retrouvailles. Leur histoire d’amitié n’est pas sans rappeler le carton des new-romance sportives où les bandes de garçons sont liées par une passion commune et une histoire d’amour est la principale intrigue. Le trope de bromance est « très présent dans notre pop culture. Pendant longtemps, elle a même été la seule représentation vraiment visible de l’amitié dans la fiction, qui met généralement les relations amicales au second plan », juge l’autrice. Si on prend la littérature ces liens entre hommes sont de plus en plus racontés comme on a pu le voir avec le succès de la série Off Campus.
Dans un football souvent critiqué pour l’ego des joueurs, son individualisme et sa masculinité toxique, cette amitié tactile, sincère et sans filtre fait office d’antidote et de bouffée d’air frais dans les représentations de l’amitié. Pour Alice Raybaud la surreprésentation des deux footballeurs sur les réseaux sociaux montre « la soif que nous avons de parler d’amitié ! Il y a un peu un revival de l’amitié ces dernières années, dans des textes en librairie comme sur les réseaux sociaux, et c’est beau à voir, pour cette relation trop longtemps reléguée au second plan. » Haaland et Bellingham nous rappellent qu’au milieu des transferts à 100 millions et des ego surdimensionnés, une belle amitié reste plus importante que du football.


















