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Peut-on fabriquer du beurre en courant… et sans risquer l’intoxication ?

EcoTrail Paris : Est-ce que, comme les réseaux sociaux l’affirment, on peut fabriquer du beurre en courant ?

intoxication faite maison ?Une méthode totalement insolite pour fabriquer du beurre pendant un footing fait le tour des réseaux sociaux. On a testé pour vous
Est-ce que, comme les réseaux sociaux l’affirment, on peut fabriquer du beurre en courant ?
Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

L'essentiel

  • Le « churn and burn » challenge est une tendance venue des États-Unis qui consiste à courir avec de la crème liquide dans un sac pour la transformer en beurre.
  • Selon Augustin Monnier, artisan fromager, le principe fonctionne car « si tu secoues énergiquement et suffisamment longtemps de la crème, tu auras exactement la même chose. Les matières grasses vont s’agglomérer et petit à petit tu vas avoir des espèces de grumeaux solides ».
  • Cette tendance virale pose des questions sanitaires. Roxane Fourgous, ingénieure agronome, souligne : « Quand on fabrique du beurre dans une fromagerie, après conditionnement le produit est tout de suite mis dans une cellule froide […] pour limiter au maximum les contaminations. »

Les prochains coureurs de l’EcoTrail, ce samedi et dimanche, auront-ils de la crème dans leur gilet d’hydratation ? Depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, des sportifs font leurs runs avec des sacs de congélation remplis de crème liquide. Pourquoi ? Pour voir si en courant ils étaient capables de faire leur propre beurre.

À l’origine de cette expérience, on retrouve deux Américains (encore eux) installés dans l’Oregon. Un matin, ils ont tenté une expérience simple : courir avec de la crème dans un sac afin de voir si l’agitation produite par la course pouvait la transformer en beurre. Chez 20 Minutes, on a donc tenté aussi l’expérience pour savoir si c’était vraiment possible et si le produit était de qualité.

Baratter plus pour bouger plus !

Courir peut être pour une fois utile. Cette nouvelle tendance que l’on appelle « churn and burn » challenge, qui signifie « baratter et brûler » cartonne sur les réseaux sociaux. A en croire les coureurs, fabriquer son propre beurre serait un jeu d’enfant, il suffit de verser une brique de crème entière dans un sac avec une fermeture éclair et donc de courir. Ça, c’est l’étape facile, côté sport, il est conseillé de courir au moins 10 km et à une bonne allure. Si cela peut paraître totalement loufoque, cette idée n’est pas si bête.

Encore une folle idée des Américains... Faire du beurre en courant.
Encore une folle idée des Américains... Faire du beurre en courant. - Capture d'écran TikTok

« Pour faire du beurre c’est simple, c’est un produit qui est issu du barattage du lait puis de la crème. Donc ce qu’on va faire, c’est qu’on va agiter de la crème. Quand on fait du beurre aujourd’hui, soit dans des usines, mais même artisanalement, l’idée ça va être de battre la crème jusqu’à ce que le petit-lait et le beurre se séparent du gros de la matière grasse », explique Augustin Monnier, artisan fromager à la Fromagerie Chataigner à Paris.

L’artisan ajoute que « si tu secoues énergiquement et suffisamment longtemps de la crème, tu auras exactement la même chose. Les matières grasses vont s’agglomérer et petit à petit tu vas avoir des espèces de grumeaux solides. Pour ensuite avoir une boule solide et du petit-lait qui va se séparer ». C’est pour cela qu’en courant assez vite et en secouant le sachet certains arrivent à faire du beurre.

Attention aux contaminations

Si cette tendance est marrante et peut pousser des personnes à courir via des challenges ludiques, une question sanitaire se pose. Est-ce sans danger de faire son beurre et de le consommer ? « Les professionnelles et professionnels suivent des règles strictes pour éviter les risques de contamination au maximum. Et ici, ce n’est pas le cas. Il y a plusieurs risques », prévient Roxane Fourgous, ingénieure agronome qui doute beaucoup de l’hygiène du résultat. « Quand on fabrique du beurre dans une fromagerie ou une laiterie, après conditionnement le produit est tout de suite mis dans une cellule froide pour atteindre le plus rapidement 2 °C à cœur. Ça, c’est pour limiter au maximum les contaminations. Et chez nous, dans nos maisons, on ne peut pas le garantir. »

Même si l’idée fait beaucoup sourire le fromager et l’agronome, cette dernière doute fortement du résultat, « l’idée originale pour appréhender le concept de comment on fabrique du beurre, c’est intéressant de le comprendre. Mais bon de là, à faire son beurre soi-même en courant, il y a un gap. Pour des questions de sécurité alimentaire et de régularité sur le produit. »

Une tendance qui regroupe ce qu’on aime le plus

Si certains Américains prennent le risque de goûter le beurre une fois la course terminée, d’autres s’amusent juste à tenter l’expérience. Mais pourquoi alors aimons-nous regarder et faire des challenges aussi bizarres ? « Ce genre de contenus sont assez viraux sur le côté test culinaire, un peu What The Fuck. Là, on est en plein dedans. Le deuxième format qui fonctionne excessivement bien en ce moment, c’est tout le volet Do it Yourself. Cela va nous donner envie d’essayer de faire soi-même du beurre en courant ou du pain au levain », explique Anaïs Loubère, experte en communication digitale qui ajoute qu’un troisième contenu fait succès sur les réseaux : « le running ». « Ça devient aujourd’hui pour les moins de 40 ans, le seul contenu un peu légitime à poster. Parce que c’est healthy et que ça montre qu’on bouge. Le sport devient, entre guillemets, la nouvelle preuve sociale acceptable », conclut l’experte. La tendance « churn and burn » regroupe alors les trois plus gros formats qui cartonnent en ce moment sur les plateformes.

Retrouvez nos artlcles By the Web

Bons journalistes que nous sommes, nous avons vérifié si ce qu’on voyait en vidéo sur TikTok était réel. Pour que cela fonctionne il faut que la température soit entre 13 et 18 degrés, courir plus de 10 kilomètres et à un bon rythme. C’est ce que nous avons fait. Une fois un sac congélation rempli de crème, il a suffi de le glisser dans un gilet d’hydratation et de se mettre en route. Quarante-cinq minutes après avoir couru sur des chemins et à haute intensité, le résultat est bluffant. Le liquide est en effet un peu plus solide mais il est très chaud à la sortie du sac. On va donc éviter de se faire une tartine.

Retrouvez notre vidéo de test en tête de cet article.