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Ciao l’anonymat ! Ces créatrices de contenus qui affichent (avec humour) leurs haters

Ces créatrices de contenus qui affichent (avec humour) leurs haters pour « que la honte change de camp »

Karma policeVidéo humoristique ou sélections des pires commentaires, des créatrices de contenus ont décidé d’afficher les commentaires dégradants reçus sur le principe du « retour de bâton »
Mathilde Durand

Mathilde Durand

L'essentiel

  • De plus en plus d’influenceurs et influenceuses affichent les commentaires haineux reçus sur leurs différentes plateformes.
  • Certaines créatrices de contenus ont trouvé des méthodes créatives pour dénoncer publiquement les auteurs de propos dégradants, en copiant leurs tenues ou mettant en avant leurs photos.
  • Une manière de reprendre le pouvoir et de se rendre justice, que 20 Minutes vous décrypte.

«Se taper ce truc ? Non merci ». « Illustre inconnue sans classe ». « La prochaine fois elle viendra avec une plume dans le cul ». Sur l’air de la chanson de Koxie Garçon, Ines a compilé quelques commentaires odieux dénichés sous une vidéo de l’influenceuse Léna Situations. Dans cette vidéo partagée près de 90.000 fois sur Instagram, les photos de profil de ces auteurs haineux, tous des hommes et parfois d’un certain âge, s’affichent. La légende est évocatrice : « C’est le camembert qui dit au roquefort tu pues ? »

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La trentenaire a lancé son compte « Lachetonassiette » il y a quatre ans, avec l’envie de raconter son combat contre les troubles alimentaires. Puis son contenu a évolué vers le rapport au corps et la lutte contre le bodyshaming. Sur les réseaux sociaux, elle a trouvé de la matière. « Peu importe qu’elles aient maigri ou grossi, peu importe leur tenue, dans tous les cas les femmes vont subir des remarques, constate-t-elle. Mon parti pris, c’était de faire que la honte change de camp ». La créatrice de contenus, qui compte 107.000 abonnés, a déjà publié une trentaine d’épisodes de ce format baptisé « Les Zhommes ».

Une forme de protection

Sur TikTok ou Instagram, des créateurs et créatrices de contenus n’hésitent donc plus désormais à partager publiquement les propos négatifs reçus, soit dans des vidéos dédiées soit en stories éphémères. Un geste qui permet de « rompre l’isolement, décrypte Yasmine Buono, intervenante et spécialiste de l’éducation numérique. En dénonçant les commentaires haineux, l’influenceur fait appel à sa communauté qui peut ainsi venir en soutien. Pour les victimes de haine en ligne, c’est une protection », indique-t-elle.

Selon une enquête de l’agence de marketing Reech publiée en 2024, 24 % des influenceurs interrogés disent avoir été victimes de cyberharcèlement. « Je reçois de plus en plus de commentaires dégradants », abonde Lilas Villeneuve, 120.000 abonnés sur TikTok et 60.000 sur Instagram. Cette étudiante a créé son profil il y a environ deux ans en proposant des contenus autour de sa passion : la mode. Elle constate quotidiennement la montée de l’idéologie masculiniste sur les réseaux sociaux. « Tout est fait pour me dénigrer, me rabaisser » confie-t-elle, témoignant d’insultes sexistes, d’appel au viol et de menaces. Un jour, elle tombe sur le profil d’un commentateur haineux et se rend compte qu’ils portent la même tenue. Elle rit. L’idée de la vidéo « Je m’habille comme mes haters » est née.

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Le principe est simple : Lilas sélectionne un commentaire désagréable et se concentre sur la tenue portée sur la photo de profil. Puis elle fouille dans son dressing - ou celui de ses parents - et propose une tenue inspirée de l’internaute, supplément style.

Barbe fluo et petits piques

Une riposte créative que pratique également Marie Gagné de l’autre côté de l’Atlantique. L’influenceuse canadienne, vivant à Montréal depuis douze ans, est présente sur les réseaux sociaux depuis 2018, proposant des formats autour des droits LGBT+ et de la mode. « Une de mes vidéos sur le droit des personnes transgenres est devenue virale. Et ce n’est pas passé pour beaucoup de gens », ironise-t-elle. Face aux milliers de commentaires reçus, haineux pour la plupart, elle se demande comment répondre. Et décide de mélanger les univers en proposant un « outfit of the day » à la sauce roast. « C’est une expérience sociale et créative vraiment intéressante », sourit-elle. Pour répondre à un homme qui la traite « d’attardée » tout en arborant une audacieuse barbe teinte en vert fluo, Marie doit sortir de son dressing en noir et blanc pour emprunter un sac flashy à l’une de ses amis.

@ma.gagne

De retour avec mes haters, can’t stop won’t stop 🫦 #fyp #fashion #ootd #queertiktok #mtl

♬ son original - Marie Gagné

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« Il y a une réappropriation de cette rhétorique de haine, j’aime répondre et les gens aiment aussi voir des vilains se faire un peu détruire », plaisante la trentenaire. Si elle affiche sans problème le nom et prénom de ses haters, elle ne veut pas non plus tomber dans la méchanceté. « Je reste dans les jeux de mots, les petites piques », assure-t-elle.

« Retour de bâton »

Car sur les réseaux sociaux, la limite peut être fine entre se défendre et créer à son tour un effet de meute. Une problématique qui interroge Lilas Villeneuve : « J’aime beaucoup faire ce format, il permet de libérer la parole et les gens s’amusent. Mais est-ce que c’est vraiment la meilleure façon de répondre à la haine ? » La créatrice a choisi de cacher l’identité des personnes dont elle utilise les commentaires pour ne pas « créer de haine en plus ». « Mon empathie me pousse à penser que ces personnes-là souffrent aussi », ajoute-t-elle.

Ines, de « Lachetonassiette », cache également le nom des auteurs désobligeants mais évoque plutôt un « retour de bâton logique ». « Ils ont un compte public, se sont permis de critiquer publiquement une personnalité publique », expose-t-elle. Et de nuancer : « Au-delà de leur physique, ce sont surtout les commentaires horribles qui sont mis en avant et les mots affreux utilisés. La photo de profil, c’est un peu la cerise sur le gâteau. »

Rendre justice

La spécialiste du numérique et de la violence en ligne Yasmine Buono voit dans cette tendance une réaction générationnelle : « Les plus jeunes ont intégré le fait que le numérique n’était pas régulé donc ils se rendent justice », analyse-t-elle. Notamment en retirant une arme importante à son adversaire : l’anonymat, qui autorise tous les dérapages. « Quand on prend un commentaire haineux, qu’on va chercher le profil de son auteur et qu’on l’expose, on envoie le message suivant "Ça ne me fait pas peur" », explique-t-elle, rappelant qu’il n’y a pas de profils type du harceleur en ligne. « Je trouve ces influenceuses très fortes et courageuses, poursuit-elle. Elles utilisent l’humour, de manière saine, et transforment une énergie très négative en quelque chose de positif. »

« Peut-être qu’avec plus de contenus comme ça, les gens n’oseront plus critiquer sur Internet ? », espère Ines, de « Lachetonassiette ». En attendant ce miracle, elle vient de poster son 37e épisode des « Zhommes » qui n’ont apparemment pas supporté la robe transparente de l’actrice Sydney Sweeney.