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Malaise chez les créatrices de contenu X après le blocage de Pornhub ou YouPorn

« Notre situation n’émeut personne »… Malaise chez les créatrices de contenu X après le blocage de Pornhub ou YouPorn

Travail invisibleDepuis l’entrée en vigueur d’une loi plus stricte sur la vérification de l’âge des visiteurs de sites pornos, en janvier, les menaces de blocage de ces plateformes dérangent les créateurs et créatrices de contenus X
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Le groupe Aylo, incluant Pornhub, a temporairement bloqué l’accès à ses sites pornographiques en France pour protester contre une nouvelle réglementation exigeant une vérification stricte de l’âge des utilisateurs
  • Le blocage des sites pornographiques aux créateurs et créatrices de contenu français fait craindre un impact significatif sur leur visibilité.
  • Pornhub servait principalement de vitrine pour attirer des abonnés vers leurs contenus payants sur d’autres plateformes.

Le 4 juin, les sites de vidéos pornographiques du groupe Aylo annonçaient en grande pompe qu’ils ne seraient plus accessibles aux utilisateurs situés en France. Une suspension qui concerne notamment Pornhub, qui cumule environ 60 millions de visiteurs mensuels en France. L’éditeur avait pris cette décision en signe de protestation, après plusieurs passes d’armes avec le gouvernement français autour de la mise en œuvre d’une réglementation du 11 janvier. Depuis cette date (en théorie), fini le simple bouton « J’ai 18 ans ». Les plateformes pornographiques sont désormais tenues de vérifier de manière stricte l’âge de leurs visiteurs. Et Pornhub n’a pas voulu mettre en place les dispositifs. Mais un autre groupe de personnes est concerné par cette mesure : les créatrices et créateurs de contenus pornographiques.

Dans le milieu de la vidéo pornographique, pas facile de se passer de Pornhub. Le site, dont la France était, en 2024, la deuxième source de trafic, sert de vitrine. « Pornhub c’est surtout pour la visibilité, explique July November. J’y poste quelques vidéos gratuites mais surtout des teasers pour des vidéos payantes, avec pour but de me faire connaître et d’attirer les gens vers mon contenu payant. » Une stratégie répandue : depuis l’essor d’OnlyFans, la principale plateforme d’hébergement de contenus pornographiques payant, en 2020, de plus en plus d’acteurs et actrices y sont présents.

« Je risque de ne plus avoir de nouveaux abonnés »

Parce que, comme sur YouTube, Pornhub partage une partie des revenus publicitaires avec les vidéastes. Mais c’est loin d’être l’essentiel de leur modèle économique, qui repose bien plus souvent sur le contenu payant ou les collaborations commerciales. « Pornhub distribuent des revenus très faibles, autour de 60 centimes de dollars pour 1.000 vues », explique July. Pour 4.160.793, quatrième chaîne Pornhub la plus vue en France et dont l’activité emploie dix personnes, « c’est 1.500 dollars [1.280 euros] avant les taxes ». Une très faible part de leurs revenus.

Pour ces actrices francophones, le blocage de Pornhub en France a eu un impact direct sur leur visibilité. Le nombre de vues quotidiennes sur leurs vidéos a été divisé par deux pour la première, et carrément par 30 pour la seconde. Cette perte de visibilité les inquiète pour le reste de leur activité. « On a gagné un tout petit peu en chiffre d’affaires, mais c’est précaire, détaille Khalamité. Ça reste une perte de notoriété, et c’est ça qui compte pour être sûr que ça dure. » « En général, je vois ce genre d’effets sur plusieurs mois, reprend July. Mais ce qui est clair, c’est qu’il n’y a pas eu d’afflux sur les autres canaux… Sur les sites payants, une majorité m’a découvert via Pornhub, donc je risque de ne plus avoir de nouveaux abonnés. »

Quel canal reste-t-il ? « Pour les créateurs, ce qu’il va rester pour faire sa pub c’est Instagram, Twitch, mais ce sont aussi des plateformes où il y a aussi des mineurs, poursuit l’actrice. Je n’ai pas l’intention d’aller sur ces réseaux, pour des questions éthiques, mais aussi parce que ça représenterait beaucoup plus de boulot. Pour le moment j’attends de voir où se redirige le trafic, en espérant que le changement ne soit pas significatif. »

Une loi sur la vérification de l’âge très décriée

Les créatrices nourrissent enfin un ressentiment contre la réglementation de janvier sur la vérification d’âge demandée aux sites pornographiques. « J’ai du mal à croire que c’est cette loi qui va empêcher les mineurs d’accéder à la pornographie, estime July November. Ça risque de les reporter vers des sites moins contrôlés, les canaux Telegram ou des sites de leaks [des forums pirates qui s’échangent gratuitement des contenus payants]. » « On veut une vérification d’âge accessible, facile, et sécurisé, défend Khalamité. La solution actuelle n’est pas parfaite et les fuites de données, dans le porno, ça peut être très sensible. »

« Comme d’autres lois sur le travail du sexe, j’ai l’impression que c’est surtout pour se donner une bonne image morale, regrette July November. […] Je n’ai pas l’impression que notre avis compte beaucoup ni que notre situation n’émeuve beaucoup. Pornhub est une grosse entreprise avec ses qualités et ses défauts, mais c’est la seule à nous défendre. » En 2023, un rapport du Haut conseil à l’égalité, avançait que « 90 % des contenus pornographiques présentent des actes non simulés de violences physiques, sexuelles ou verbales envers les femmes ». Un même rapport qui avait aussi soulevé une levée de boucliers dans l’industrie du porno et chez certains experts pour sa méthodologie.

Khalamité, elle aussi, souligne à quel point il est « compliqué de se mobiliser » : « On a pas envie qu’on nous associe à des propos détournés qui sous-entendraient qu’on veut laisser les mineurs accéder au porno. » Les créateurs de contenus bénéficient en tout cas d’un sursis pour le moment : le 16 juin, le tribunal administratif de Paris a suspendu l’arrêté ordonnant le blocage de Pornhub, et la plateforme s’est décidée à rouvrir l’accès aux utilisateurs français. En attendant un nouvel épisode : Pornhub est aussi visé par une enquête de la Commission européenne concernant l’absence d’outils permettant de vérifier l’âge des utilisateurs.