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Sur les réseaux sociaux, faut-il se démarquer pour faire des vues ?
originalité 0•Sur Internet, tout le monde veut sortir du lot. Pourtant, à force de suivre les tendances, les vidéos finissent souvent par se ressembler. Est-il encore possible d’innover sur les réseaux sociaux, ou faut-il simplement maîtriser les codes existants ?Chloé Bertrand
L'essentiel
- Sur les réseaux, ce n’est pas vous qui choisissez ce qui marche : c’est l’algorithme
- La créativité est souvent une illusion. Entre modèles préconçus, effets CapCut et peur du « shadow ban », beaucoup de contenus ne font que rejouer des mécaniques bien rodées.
- Certains misent alors sur la carte de l’émotion : esthétique volontairement old school, émotions scénarisées… mais ces nouveaux formats finissent parfois eux aussi par devenir des tendances.
Effets Cap Cut, sons viraux, transitions vues mille fois : sur les réseaux sociaux, la créativité semble avoir un air de déjà-vu. Pourtant, ces plateformes nous avaient promis tout le contraire : un espace d’expression libre, où chacun pouvait proposer sa vision du monde.
Mais à force de chercher à « percer », tout le monde finit par utiliser les mêmes recettes. Alors, faut-il encore innover pour faire des vues, ou bien juste suivre les codes imposés ?
Ce n’est pas vous qui choisissez, c’est l’algo
Spoiler : sur TikTok, Instagram ou YouTube, ce n’est pas le plus original qui gagne, mais celui qui plaît à l’algorithme. Et il a ses préférences bien marquées : montages rythmés, textes en surimpression, visuels léchés, musiques populaires. Une esthétique codifiée qu’on résume parfois avec le terme : CapCut Core. La créativité devient alors une sorte de formatage maîtrisé.
Et attention à ceux qui s’en éloignent un peu trop. Le risque de « shadow ban » (visibilité réduite par l’algo des plateformes) pèse sur les créateurs de contenus. Des outils se développent donc pour aider à produire des formats mis en avant par la plateforme : templates CapCut millimétrées ou générateurs de scripts en intelligence artificielle, il est maintenant possible de créer une vidéo efficace en quelques clics.
Se démarquer à tout prix ?
Alors pour sortir de ce moule « parfait », certains essayent de résister. Une de ces armes : le « moche ». Police Comic Sans MS, paillettes façon Paint, animations kitsch : bienvenue dans le royaume du « ugly Internet », une esthétique volontairement ringarde, anti-algorithmique, qui fait un pied de nez au style épuré des créateurs classiques.
Un autre format qui sort de ce cadre met en avant les émotions « négatives », mais bien évidemment de manière très calibrée. Deuil raconté en voix off, lumière douce, musique triste : ces vidéos font pleurer… et font des vues. C’est ce qu’on appelle le « sadfishing » : mettre en scène sa vulnérabilité pour générer de l’engagement. L’émotion devient outil marketing, et la frontière entre sincérité et storytelling devient floue.
Quand tout devient TikTok
Aujourd’hui, l’esthétique TikTok dépasse largement l’application. Clips musicaux, stories Insta, campagnes de pub, communications politiques : tout le monde s’y met. Même Emmanuel Macron ou Gabriel Attal s’affichent dans des montages stylisés, avec musiques trendy et cuts millimétrés.
Les marques aussi surfent sur les codes viraux, jusqu’à commenter ironiquement sous des vidéos populaires pour passer pour « cool ». Résultat : un monde où tout se ressemble. Les contenus sponsorisés, institutionnels ou amateurs utilisent les mêmes outils, la même mise en scène… les frontières se brouillent.



















