Stream : Entre partage de revenus et manque de modération, Kick tente de concurrencer Twitch
la concu' dans le retro•La plateforme est apparue en décembre 2022 et tente de s’imposer dans le paysage du streamLina Fourneau
L'essentiel
- Depuis sa création en décembre 2022, la plateforme de stream Kick tente de se faire une place sur un marché où Twitch en prend déjà beaucoup.
- Pour y arriver, le nouveau site a proposé des conditions avantageuses pour ses nouveaux streameurs, notamment le partage des revenus mais aussi des conditions plus souples. Trop souples ?
- Pour comprendre ses avantages et ses inconvénients, 20 Minutes a rencontré un streameur migrateur et un streameur repenti.
Ça ressemble à Twitch, mais ça n’est pas vraiment Twitch. Le logo violet à la bulle blanche a été remplacé par une image vert fluo avec un gros K pixélisé. Sur la plateforme de stream Kick, lancée en décembre 2022, les catégories correspondent à celles de sa concurrente. Pourtant pour se lancer sur le marché du stream, il faut se démarquer. Alors pour attirer les nouveaux streameurs ainsi que les vieweurs [nos plus plates excuses pour tous ces anglicismes], la plateforme américaine tente de se démarquer avec un marketing un brin agressif.
Sur le compte X (anciennement Twitter) de Kick, le recrutement se fait en direct. Pour chaque streameur annonçant avoir été banni de Twitch, la nouvelle plateforme s’empresse de lui envoyer un message public pour l’inciter à les rejoindre. Mais surtout, pour amadouer le chaland, Kick a misé sur des streameurs très célèbres à l’instar de « Chowh1 » qui a annoncé le 15 mai dernier le début « d’une nouvelle aventure ». Comme lui, « FacK7uP » fait aussi partie de ces streameurs pour qui la nouvelle plateforme a été une aubaine. Un contrat lui a même été proposé pour trois mois. « Renouvelable », certifie-t-il.
La monétisation, mais pas que
Au téléphone, le streameur « ne veut pas nous parler chinois ». « La rémunération est beaucoup plus intéressante sur la plateforme Kick ». Pour les streameurs migrateurs, le partage des revenus est en effet plus avantageux sur la nouvelle plateforme. Contre un partage à 50 % pour le streameur 50 % pour la plateforme sur Twitch (bien loin de la promesse de départ à 70-30), Kick propose un équilibre 95-5 à l’avantage du streameur. Mais il est bon de se demander si cet équilibre sera soutenable sur le long terme pour la plateforme ? Ne devra-t-elle pas recalculer ses parts, comme l’a fait Twitch précédemment ?
La monétisation n’est pourtant pas la seule raison qui a poussé « FacK7uP » à quitter Twitch, où il stream de nombreux jeux vidéo depuis 2016. « Bien sûr, il y avait la monétisation, mais ce n’est pas que ça ». Sur Twitch, le streameur décrit « un sentiment d’insécurité ». « Tu peux te faire mettre de côté, voire bannir pour des raisons injustifiées et injustes ». Un constat également partagé par « Akaru », un streameur plus petit qui lui s’est spécialisé dans tous les types de divertissement. « Fortnite, les appels téléphoniques ou encore la cuisine ». Il y a plusieurs mois, après de nombreuses incompréhensions sur les règles de Twitch, « Akaru » s’est lancé dans l’aventure Kick. Seulement, celui-ci rencontre une grande difficulté à trouver de nouveaux abonnés, contrairement à Twitch. « Pour y rester, il faut déjà sa communauté. C’est nettement plus adapté aux grands streameurs », regrette-t-il. Finalement, « Akaru » décidera de revenir à sa plateforme d’origine, d’autant plus que ses abonnés n’ont pas toujours approuvé son choix. « Ils étaient plutôt timides devant la propriété du casino en ligne ».
Une modération laxiste
Ici, « Akaru » fait référence au site Stake.com, un casino en ligne crypto qui aurait de nombreux liens étroits avec Kick, remarquait un précédent article du Washington Post.
Outre son appartenance floue, la nouvelle plateforme a été pointée du doigt à plusieurs reprises quant à sa modération un peu trop laxiste. Pendant le Super Bowl, en février dernier, le streameur américain Adin Ross a par exemple diffusé en direct l’évènement en omettant les droits de diffusion… sans être rappelé à l’ordre par la plateforme. Un même Adin Ross qui lors d’un direct en février dernier s’est rendu sur un site pornographique en affichant plusieurs secondes de vidéos X, raconte le site Dexerto. Toutefois les conditions d’utilisation du site l’attestent, il est pourtant interdit de mettre à disposition par la plateforme des contenus : de « nudité ou autre contenu sexuellement suggestif ». Mais aussi des « discours haineux, menaces ou attaques directes contre un individu ou un groupe, contenu abusif, harcelant, délictuel, diffamatoire, vulgaire, obscène, attentatoire à la vie privée d’autrui, haineux, racial, ethnique ou autrement répréhensible ».
Le compte d’Adin Ross n’a toutefois pas été suspendu. Sur la page principale du site, une catégorie « Pools, Hot Tubs & Bikini » apparaît nettement et met en valeur des contenus tout aussi suggestifs les uns que les autres. Pourtant, la catégorie s’avère aussi populaire que les streams autour du célèbre jeu Call of Duty, avec 50.000 abonnés pour chacune des catégories. De quoi laisser penser que Kick – qui n’a pas encore répondu à nos questions à ce jour – ne modérera pas de sitôt.



















