Le home cinéma se met au parfum

christophe séfrin

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Voir et sentir un film avec la table ou l'enceinte Odoravision.
Voir et sentir un film avec la table ou l'enceinte Odoravision. — A. LOWE / REUTERSodoravision

Sentir l'odeur de la poudre d'une fusillade dans Le Bon, la brute et le truand ; humer la lavande dans La Fille du puisatier ou, pourquoi pas, se délecter les narines au côté de Juliette Binoche dans Le Chocolat : grâce au procédé Odoravision, un film peut désormais diffuser ses senteurs. L'idée n'est pas nouvelle. Dès 1904, il semble que celui que l'on appellerait plus tard « 7e art » tentait déjà d'assembler images et odeurs. « On a recensé une douzaine d'inventions », explique Philippe Bordier, concepteur d'Odoravision. La plupart sans suite, même si certains se souviennent des expérimentations menées par le cinéaste iconoclaste John Waters avec le film Polyester aux effluves pas toujours ragoûtants. L'idée d'Odoravision : associer un système de diffusion olfactif et un logiciel baptisé « See-Nez », qui permet de plaquer des odeurs sur des images.

Le sang et le tabac prohibés
Décliné sous la forme d'une table de salon (3 490 €), d'une dalle de plafond (1 782 €) ou d'une enceinte olfactive (1 782 €), Odoravision renferme 40 fioles d'odeurs natives à base d'essences naturelles. Associées entre elles, elles créent une atmosphère iodée, la senteur d'un étal de poissons ou d'un plat sucré. Odoravision peut même reproduire l'exhalaison d'une fumée chaude, d'un feu de broussailles, d'une fumée âcre, voire de résidus d'incendie. « On s'interdit le sang, la drogue, le tabac et l'alcool », rassure Philippe Bordier. A l'essai, Odoravision est assez pertinent, même si selon les spectateurs, certains parfums sont plus ou moins perçus. Bon point : ils disparaissent en quelques secondes, évitant les migraines au bout de plusieurs séquences. Reste au concepteur à imposer son innovation, fruit de sept années de travail. D'autant qu'à part la centaine de fichiers olfactifs de films mis en ligne par les personnes ayant déjà acheté son système, il n'existe aucun DVD encodé en Odoravision. Philippe Bordier veut rester confiant et prépare pour les salles obscures un système qui pourrait synchroniser les films diffusés avec les smartphones des spectateurs. Un petit appareil loué comme de simples lunettes 3D ferait alors office de diffuseur.